‹ L'Odéon; histoire administrative, anecdotique et littéraire du second théâtre françaisChapitre 71 sur 221 · CHAPITRE VII. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. m

Le 13 février. — On maltraita aussi le Pamphlet, ou l'Adjoint dans l'embarras \ comédie en trois actes, en prose, de Georges Duval. ( Duparai, Delafosse; M me * Saint-Amand, Dupuis.)

Le 18 février. — L\ Mort de Molière', drame en trois actes, en prose, terminé par un épilogue en vers, couplets et apothéose. Singulière pièce, n'offrant qu'une suite de tableaux affligeants. Qu'on en juge par la dernière scène : Molière est là, inanimé; à côté de lui on prépare ses funérailles. En ce moment poignant, le rideau du fond se lève ; on aperçoit le buste de Houdon sur un piédestal ; une jeune ûlle, dans le costume de Thalie, entourée de quelques figurants, récite des vers ; puis, tout à coup, le chef d'orchestre lève son archet, et les acteurs que l'on voyait pleurer près du lit de mort de l'auteur de Tartuffe, se redressent et entonnent, sur l'air du vaudeville d'Cne Heure de folie, quatre couplets, à la grande stupéfaction des spectateurs.

Voici le couplet au public :

L'auteur qui trace ces essais Les offre d'une main timide Au public qui fait les succès Et que le bon goût toujours guide;

1. La pièce s'appelait d'abord le Sous-Préfet. La censure exigea un autre titre.

2. Dumersan écrivit au ministre de l'intérieur pour obtenir la permission de faire terminer sa pièce par le tableau de WaOard, célèbre alors, les Deux Sœurs de charité. On le lui défendit. Je voulais, dit-il, terminer par ces mots: « L'hypocrisie a tourmenté sa vie, la vraie religion le console à sa mort. »

Sans doute on le critiquera, Mais pour réussir, il espère Dans l'habitude que Ton a D'applaudir le nom de Molière.

Lockroy portait à son chapeau une plume blanche, bleue et rouge qui fit plus d'effet que la pièce. La censure exigea à la seconde la suppression de ce panache aux couleurs proscrites. (Lockroy, Ferville, Yizentini ; M" c Delattre.)

Lundi 22. — Petit succès avec la Sœur cadette. comédie en un acte, en vers, de MM. Aug. Arnould et N. Fournier, imitation de la Coquette corrigée. (Lockroy, Duparai; M" 10 ' Delattre, Noblet, Thénard.)

Le 3 mars. — Lk Veuf amoureux 1 , comédie en trois actes, en prose, donna lieu aux scènes les plus singulières. Le premier acte fut écouté avec calme. Le second, qui se passe dans la nuit, étrange imbroglio où chaque acteur ne songe qu'à se cacher et à disparaître comme dans un exercice d'escamotage, fut poursuivi de ricanements et de sifflets; le tapage devint tel, que le régisseur fit baisser le rideau avant la fin du deuxième acte. Après un entracte interminable, M me Astruc et M 110 Noblet, poudrées et costumées en Louis XV, entrent en scène. Le public veut recommencer son tapage, mais la jolie prose qu'il entend ne lui donne pas prise. Duparai , en habit à la française, paraît à son tour. Étonnement général ! Comment une pièce dont l'action a com-

<. C'était le Veuvage el les Fiançailles, pièce donnée le 27 octobre 1824, que I on avait réduite à trois actes.

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