‹ L'Odéon; histoire administrative, anecdotique et littéraire du second théâtre françaisChapitre 80 sur 221 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

soldat citoyen. » La Parisienne, attaquée tout à coup par l'orchestre et reprise en chœur par le public, éteint la discorde.

A la fin du troisième acte, Éric-Bernard, qui représentait le précepteur de Childebert, et qui s'était costumé avec une soutane d'ecclé>iaslique moderne, fut interrompu au milieu d'une tirade et prié de chanter la Marseillaise. Enfin, au milieu du cinquième acte, au moment où M"" Georges (Clodwinde) allait subir l'épreuve du feu en plaçant son bras sur un brasier ardent, on l'arrêta net pour demander à Ligier de lire Une Semaine a Paris, poésie en vogue de Casimir Dclavigne. L'infortuné /toi fainéant n'eut qu'une seule représentation, et le nom de rauteur ne fut même pas demandé. Ancelot relira sa pièce. (Ligier, Lockroy, Éric-Bernard, Cliilly; M" r Georges.)

Le il octobre, grand succès avec le beau drame en cinq actes, en prose, de Al M. Mazères et Empis : La Mère et la Fille, un des meilleurs ouvrages de l'époque (repris à la Comédie- Française le 1G juin I83Û et à l'Ambigu en 1864) ; Frédérick-Lemaître fut admirable dans le rôle de Duresnel. (Ferville, Vizentiui, Delafosse, Davesne; M"'" Moreau-Sainli, A. iNoblet.)

Le 1 er novembre y La Séparation, comédie en trois actes, en prose, de Mélesville et Carmouclie, réussit.

(Ferville, Duparai, Delafosse, Chili) ; M mw Moreau- Sainti, Falcoz.)

Le 6 novembre, L'Abresse des Ursulines ou le Procès et la Mort d'Urbain Grandier, drame en trois actes,

en prose, « tiré des journaux du temps » (sic), fut malmené. Frédérick-Lemaître et M 110 Georges, dans une belle scène, furent couverts d'applaudissements; cet « effet » ne put préserver des sifflets les noms de MM. Charles et Arthur, derrière lesquels se cachaient Ch. Desnoyer et J. Mallian.

(Delafosse, Lockroy; M ncs Noblet, Georges cadette.)

Le H novembre, Paul Foucher donne Ysellt et Rumbald, drame historique en quatre actes, en vers; succès d'estime. (Ligier; M mc Noblet.)

Le i" décembre, Alfred de Musset, à peine âgé de vingt ans, voit tomber brutalement sa première comédie : La Nuit vénitienne ou les Aoces de Laurelle, trois actes, en prose. Cette charmante nouvelle dialoguée, celle fantaisie élégante pouvait-elle trouver grâce aux yeux de spectateurs habitués à une littérature mélodramatique? « Des entrées peu motivées, des promenades continuelles, des tirades démesurées ont indisposé un public aussi peu nombreux que peu patient 1 . » On a sifflé et fait le plus grand tapage; pour comble de malheur, le treillage d'un balcon sur lequel s'appuyait la jolie M 11 * Bérenger ayant déteint sur sa robe blanche,

I. Le National. — Le Courrier des Théâtres fut plus cruel : « Cette rapsodie, cette soi-disant pièce a été jouée au milieu des buées et des sifflets du parterre. Nous croyons cependant avoir eutendu prononcer le nom de M. Alfred de Musset » ; et Charles Maurice ajoute prophétiquement : « Voilà un nom qui ne sortira jamais de son obscurité! »

La Nuit vénitienne fut imprimée en 1834, dans la S« livraison d'un Spectacle dans un fauteuil.

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