CHAPITRE VIII
La révolution de 1830 porta un coup terrible à Harel. Le trouble était dans la rue, l'OdéOD faisait des recettes dérisoires; les 13,000 fr. de subvention mensuelle suffisaient à peine aux frais journaliers, et encore on ne savait s'ils allaient être payés longtemps. Un jour qu'en sa qualité de commandant de la garde nationale, Harel déjeunait aux Tuileries, il demanda au roi un secours de 40,000 fr. : « Je suis désolé de ne pouvoir vous obliger, lui répondit Louis-Philippe, mais si j'avais la somme que vous me demandez, je ne vous la prêterais pas, je vous la donnerais. La liste civile est obérée, et, si elle vous accordait le secours que vous désirez, vous seriez obligé de lui faire crédit : désolé, vraiment! » Ce refus refroidit le zèle militaire du directeur de l'OJéon. Plusieurs de ses artistes avaient signé avec la Comédie- Française; Jouslinde la Salle, son auxiliaire le plus utile, l'abandonnait aussi pour passer à la rue de Richelieu ; il fallait se remettre avec activité aux travaux du théâtre et faire de l'argent à tout prix ; l'épopée napoléonienne était à la mode, Harel pria Dumas de lui fabriquer une grande pièce sur ce sujet, avec Frédérick dans le principal rôle 1 .
I . Que d'empereurs sur la scène à ce moment ! Gobert, à la Porte- Saint-Martin ; Génof, à l'Opéra-Comique; Cazot, aux Variétés; Béranger, au Vaudeville; Joseph, à la Galté; le petit Isidor, chez Comte; Francisque, à l'Ambigu; Edmond, chez Franconi. Tous s'ingéniaient à
m L'ODÉON.
En huit jours, Alex. Dumas, aidé, dit-on, par Cordelier-Delanoue, écrivit le drame demandé. On profita de la clôture ordonnée par le ministère, à cause de l'émotion que causait alors le procès des ex-ministres, surtout dans le quartier des écoles, pour répéter sans perdre un instant. L'Odéon, qui servit pendant ces troubles de corps-degarde à un détachement de gardes nationales, rouvrit le 26 décembre avec la Mère et la Fille, Métope et le Gentilhomme de la Chambre 1 .
Le il janvier, première représentation de Napoléon Bonaparte ou Trente ans de l'histoire de France, drame en six actes et vingt-trois tableaux. Dans un de ses feuilletons dramatiques de la Presse, A. Dumas dit plus tard : « Ma pièce était mauvaise » ; elle était bizarre, incomplète. Pouvait-il en être autrement?
reproduire les traits et la démarche de Napoléon. Virginie Déjazet ellemême, o»ait-on prétendre, faisait illusion avec le petit chapeau, quand elle disait, dans Bonaparte à Rricnnc : <r Soldats, je suis content de vous ! »
1. Th. Sauvage ajouta les couplets suivants au vaudeville final :
Confiant dans la nation, J'ai vu notre roi, franc luron.
Prendre du bivouac le. bouillon.
Via d'ia bonne restauration.
L'peuple et Philippe n'ont qu'une loi, C'est l'ordre, et j'ilis, quand je voi L'peuple serrer la main du roi :
C'est l'enseigne de la bonno foi.
Liberté (bis).
Sois donc une vérité.
Liberté ! (bis) Plus de féodalité !