‹ L'Odéon; histoire administrative, anecdotique et littéraire du second théâtre françaisChapitre 91 sur 221 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

tomba lourdement, malgré les efforts de Ferville et de M n,c Dorval. (Provost, Duparai, Félix L., Delaistre, Moëssard, Arsène, Jemma, Davesne, Albert, Paul, Edouard, Tournan ; M meï Lagardèrc, Dubourjal.)

Pour soutenir sa double entreprise, Harel emprunte au répertoire du boulevard :

RocnESTER, mélodrame en trois actes, de Benjamin Théodore, avec M"' Dorval et Gobert (29 janvier); Les marchandes de modes, ballet en deux actes (31 janvier), et Farruck. le Maure, drame en trois actes, en vers, du pauvre Escousse (3 février).

Le 5 février, Provost joue Figaro du Mariage, M ,nt Dorval joue la Comtesse.

Le l tr mars, Une révolution d'autrefois ou les Romains chez eux, comédie en trois actes, en prose, de MM. Félix Pyat et Théodose Burette. Le public fit le plus grand succès à cette pièce, dans laquelle il trouva matière à une allusion politique. Qu'on juge de la transparence :

Caligula tombe sous le poignard des assassins au moment où il sort du cirque des gladiateurs ; les tribuns qui conspiraient contre lui veulent proclamer la république, mais les prétoriens, qui tiennent à être gouvernés par un empereur, amènent Claude et le couronnent en scène. Un personnage fait ainsi le portrait de celui qu'il s'agit de substituer au féroce Caïus : « Oh ! j'en connais un, pour ma part, un empereur... Il est imbécile des pieds a la téte : ce sera la crème des empereurs. Figurez-vous qu'il est gros, gras et bète, qu'il mange plus que lu ne

bois, qu'il reste à table plus qu'un prétorien à sa faction. Quand vous connaîtrez mon Claude, vous ne regretterez

pas Caligula. »

Le républicain Chéréas finissait ainsi la pièce : « Tuer Caligula pour avoir Claude, c'était bien la peine ! »

Sous le nom de Claude, les auteurs eurent-ils l'intention de désigner Louis-Philippe? On le croit, puisqu'ils refusèrent à la seconde la suppression des passages soulignés par les applaudissements du parterre. Harel, effrayé, fit d'office, malgré les protestations de F. Pyat, les coupures demandées. La seconde eut lieu, mais le public ayant réclamé violemment les mots supprimés, on dut faire évacuer la salle, et la pièce ne put être terminée. La police, craignant de nouvelles scènes de désordre à la troisième, l'interdit définitivement. Une Révolution d'autrefois 1 ne parut plus sur l'affiche, — mais l'allusion « gros, gras et bête » en fit conserver le souvenir.

Provost obtint les honneurs de la soirée dans le rôle d'Asinius ; après lui on remarqua Lockroy, Moëssard, Arsène, M me * Lagardère et Mélanie.

Le i3 mars, Mariette, petite comédie insignifiante en trois actes, en prose, de MM. Léopold Brunot et J.-J. Ader, que le public accueillit sévèrement. Quand Davesne vint annoncer : « La pièce que nous avons eu l'honneur de représenter devant vous est... » — « stupide ! » s'est

4. Après la Commune, Pyat fonda, de sa cachette, un journal, la Révolution, dans lequel il raconte de la façon la plus complète les incidents de cette représentation. Ce numéro est curieux. Avis aux amateurs de brochures sur le théâtre.

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