CHAPITRE y
CONSIDÉRATIONS SDR LES MÉDICAMENTS OPHTIIALMIQUES.
Quoique, dans le cours de cet ouvrage, j'aie déjà parlé de la manière d'employer sur l'œil différents médicaments, cependant je rassemblerai ici quelques considérations qui n'ont pas pu trouver place ailleurs, et contribueront peutêtre à faire mieux appliquer les moyens ophthalmiques qu'on ne le fait babituellem^nt. Je ne parlerai pas de ceux dont l'emploi n'offre rien de particulier ; je me bornerai à dire quelques mots sur l'application à l'œil des collyres, onP"uents , poudres, vapeurs, de la douche, de l'électricité et du galvanisme.
1° Collyres.
Autrefois on donnait le nom de collyre à tout médicament employé sur l'œil ; quoique la signilication de ce mot ait été restreinte de nos jours, elle n'est cependant pas la même pour tous les médecins : car, tandis que les uns ap-
pellent ainsi tout médicament sec, liquide on gazeux, qu'on applique sur les yeux, les autres ne s'en servent que comme synonyme d'eau ophthalmique, et c'est dans cette dernière acception que nous l'emploierons,
La composition des collyres varie beaucoup ; le plus souvent ce sont des solutions d'extraits, de teinture, de sel ou d'oxydes dans une eau distillée. Pour donner unq odeur agréable au collyre , en emploie fréquemment Venu de rose, à laquelle quelques auteurs ont même attribué une propriété légèrement astringente : chez les pauvres l'ean distillée suffit. Afin de modérer l'action irritante de quelques collyres, on y ajoute du mucilage de semences de coings ou de gomme arabique, à la dose d'un gros pour trois à quatre onces de véhicule;^ en commençant l'usage des substances irritantes par de petites doses, on pourra se dispenser d'ajouter du mucilage aux collyres, excepté dans les cas où l'on voudrait suspendre dans un véhicule line poudre insoluble. Suivant les cas, on donne aux eaux ophthalmiques une température plus ou moins élevée, en plaçant la fiole dans de l'eau plus ou moins chaude ou sur un bain de sable, ou en versant une partie du collyre dans une cuillère qu'on chauffe à la flamme d'une bougie ou d'une lampe à esprit de vin.
Les collyres s'appliquent sur les paupières ou sur l'œil lui-même. Dans le premier cas on s'en sert comme fomentations, ou bien on lave seulement le bord des paupières avec une éponge ou un/ linge trempés dans le collyre, en ayant soin d'essuyer les paupières après l'application, afin d'empêcher que le liquide , en s'évaporant lentement, ne produise un mauvais effet ou du moins une sensation désagréable. Lorsque le collyre doit être porté sur le globe de l'œil, et que le malade est obligé de le faire lui-mêmcj il y parvient le mieux en trempant dans le collyre une pe-
tite éporrge fine, qu'il applique à l'œil puis, en entrouvrant les paupières en même temps qu'il comprime l^éponge, il fait pénétrer dans l'œil quelques gouttes du liquide. Une méthode qui est préférable surtout chez les enfants, consiste h faire coucher le malade sur le dos , la tête bien basse, à verser quelques gouttes du collyre dans une cuillère à café ; puis , cntr'ouvrant les paupières , à instiller le liquide dans l'œil , ou bien h le verser dans l'angle interne de l'œil lorsqu'on ne parvient pas à ouvrir les paupières ; en abaissant alors légèrement la paupière inférieure, le collyre s'introduit de lui-même. Dans les cas où il s'agit de n'appliquer à l'œil qu^une ou deux gouttes d'un liquide, ou de porter un médicament très-actif sur telle ou telle partie de la surface de l'œil , on se sert d'un pinceau qu'on trempe dans le liquide et qu'on applique à l'œil après avoir écarté préalablement les paupières; si le médicament est très-actif, et qu'on ne veut pas qu'il prolonge son action ou qu'il s'étende sur les parties environnantes, on passe avec un pinceau trempé dans de l'huile sur l'endroit qui vient d'être touché par le médicament actif.
Pour favoriser l'action d'un collyre, le malade doit garder les yeux fermés pendant quelque temps; s'il ne l'applique qu'une fois par jour, il fait bien de s'en servir avant de se coucher.
Après l'application sur l'œril d'un médicament irritant, le malade sent de la douleur ; l'œil est plus rouge , plus sensible, larmoyant. Ces symptômes persistent pendant quelques minutes, un quart-d'heure; la douleur se dissipe d'abord, et plus tard les autres symptômes : si ces derniers n'ont pas disparu au bout d'une demi-heure, l'action du médicament a été trop forte; on en diminue la dose ou on l'affaiblit en l'étendant. Si , au contraire, l'instillation
n'a causé au malade aucune sensation désagréable, aucun eCFet apparent, le collyre est trop peu actif.
2° Onguents ou pommades ophthalmiques.
On les prépare avec du beurre, de l'axonge, de la cire et de l'hnile d olives ou d'amandes douces , du beurre de cacao, auxquels on incorpore les substances actives. Je me sers de l'axonge ,. parce qu'il ne rancit pas aussi vite, ou du moins pas plus vite que le beurre, le cérat et les antres graisses : j'y ajoute par gros cinq à dix grains de cire, lorsqu'à cause de la température élevée de l'atmospiière , l'axonge a peu de consistance et laisserait tomber au fond les substances pesantes, telles que les oxydes métalliques, qui doivent y être incorporées et également réparties. Ces pommades peuvent être conservées pendant buit à dix jours sans rancir.
On applique les onguents ophtbalmiques sur le bord des paupières ou sur le globe de l'œil : dans le premier cas on les étend avec le doigt , dans le second on se sert d'un pinceau, et on fait clore les paupières après l'application. Le plus sotivent on ne s'en sert qu'une fois par jour; c'est alors en se couchant, que le malade doit l'appliquer; le matin il se lavera les yeux avec un peu d'eau tiède, pour enlever4es restes de l'onguent.
Quelquefois, surtout chez les personnes qui ont la peau très-fine, les pommades occasionnent une inflammation érythémateusc de la peau; dans ce cas on se désiste de l'emploi des graisses, et on a recours aux collyres ou aux poudres.
3° Poudres ophthalmiques.
Elles doivent être impalpables , alin de ne pas trop irri-
ter l'oeil ; on les porte sur cet organe par rinsufllation ôu au moyen d'un pinceau humide, qu'on charge de la poudre. Pour l'insufflation on prend un tuyau de plume ouvert aux deux extrémités, dans l'une desquelles on met la poudre ; on souffle ensuite par l'autre en dirigeant le tuyau vers l'œil du malade, dont on a ijréalablement écarté les paupières : après l'application, celles-ci doi'ient rester fermées pendant quelque temps.
4" Vapeurs.
Celles qu'on dirige vers l'œil proviennent ou bien de l'évaporation de liquides chauds , ou bien de la combustion de certaines résines ou gommes résines , ou bien , enfin , de la volatilisation de quelques substances, telles que l'ammoniaque, l'éther et les huiles essentielles. Dans le premier cas le malade tient l'œil an-dessus du vase qni contient le liquide, et, au moyen d un linge ou même des mains , empêche les vapeurs de s'échapper trop promptement. Les vapeurs résineuses se dirigent facilement vers l'œil, en rapprochant cet organe de la braise ou de la plaque de fer ou de Irôle. sur laquelle la résine est consumée, ou en renversant sur elle un entonnoir, dont on dirige l'orifice vers l'œil. Enfin, pour appliquer à l'œil les vapeurs ammoniacales et éthérées, on verse quelques gouttes d'ammoniaque, d'éther ou d'huile essentielle dans la paume de la main , on les y étend rapidement, et on approche la main de l'œil; ou bien on verse quelques gouttes de ces liquides sur une soucoupe légèrement chaulTéo ou dans un verre d'eau tiède, et on tient l'œil par-dessus.
C'est aussi par l'eflet des émanations aromatiques qu'agissent les sachets , qu'on fait ordinairement avec du son . ou des fleurs de camomille ou de sureau , qu'on met dans
un petit sqc en toile bien serrée , afin que la poussière n'en sorte pas : on attache ces sachets au front, et on les laisse pendre au devant de l'œil, qu'ils ne doivent point comprimer, ni tenir trop chaud. En guise de sachets, on se sert aussi avéc avantage de compresses chauffées, qu'on frotte avec du camphre.
5° Douche.
Il en est question a la page 113.
6° Électricité et galvanisme.
Ces moyens ont été employés principalement dans famaurose et les paralysies des paupières. Sur le glohc de l'œil on ne peut employer que l'électrisation par pointes et aigrettes; celle par étincelles s'applique aux paupières ou sur les nerfs sous-orbitaire et frontal , soit directement , soit en la combinant avec l'acupuncture. Le galvanisme ne s'applique également qu'à ces dernières parties. On doit toujours prendre la précaution de commencer par les chocs les moins violents ; par exemple, lorsqu'on se sert d'une pile voltaïque dont les disques ont un pouce de diamètre, il vaut mieux essayer d'abord si cinq paires produisent une action quelconque sur le malade, que de risquer de causer un dommage quelquefois irréparable ; le plus souvent on sera obligé d'augmenter le nombre des disques, d aller jusqu'à quinze , trente , même cinquante paires. L'application de l'un des pôles se fait ordinairement à la région des nerfs frontal et sous-orbitaire; tandis qu'avec l'autre pôle on touche l'occipital, la nuque , ou l'eau dans laquelle le malade plonge la main. Il ne m'est pas bien démontré encore qu'il y ait de l'avantage à placer sur le nerf l'un des pôles de préférence à l'autre ; du moins les effets sensibles
immédiats sont variables : tantôt c'est le pôle positif, tantôt le négatif, qui, appliqué au nerf, produit le clioc le plus fort et la plus grande douleur ; j'ai même observé ces deux ellets chez le même malade, sans pouvoir découvrir la cause de cette irrégularité : il est vrai de dire cependant que d'ordinaire le pôle positif agit plus violemment. Pour empêcher que l'action du galvanisme ne lèse trop fortement la partie de la peau à laquelle il est appliqué) on se sert de fils conducteurs, munis à leur extrémité libre d'une petite boule, qui , mise en contact avec la peau , irrite celle-ci moins vivement qu'une extrémité pointue.
Ordinairement on emploie l'électricité et le galvanisme une ou deux fois par jour : au commencement on ne se sert que des degrés les plus faibles : mais peu a peu on en augmente la force, soit en faisant durer leur application plus longtemps, soit en rendant les commotions plus fortes ou plus nombreuses. *
7° Formulaire ophthalmique.
Après avoir indiqué les formes sous lesquelles on emploie les médicaments ophthalmiques, il me reste encore a indiquer les doses des principaux de ces moyens.
Aiuîi [sulfate acide d'alumine et de potasse pur). En solution à la dose de quatre h six grains par once d'eau.
Ammohiaqbe. Sur le globe de l'œil on dirige les vapeurs ammoniacales (voyez art. Vapeurs, pag. 362). soit pures, soit mêlées h des vapeurs éthérées ; dans ce dernier cas on se sert souvent de la formule suivante du professeur Gn^;FE (1).
(1) c. GB.EFE, Reperlorium augenarztlicher Heilfoi tneln^ Berl.,\8\l,S9'l.
Pr, : OIct tnentbss pip Blj<
Liq. animon. caust. . . . 3'J* Solut. adile
Naphth. suif. ...... 9j.
OU (le celle de M. Débours (I).
Pr. : Spjr. vin. rectif. ....
Balsam. Fioraventi. . ' . . . 3^J* Ammon..llq 3i*
Les mêmes préparations, ainsi qne le liniment volatil, servent à faire des frictions autour de l'orbite et sur les paupières. Enfin, on emploie fréquemment aussi, dans les maladies des yeux , la pommade ammoniacale de Gondret, dont voici la formule :
Pr. : Adipis pore, paululutn liquefacti.
Sebi ad candelas liqueracti. . . 5i< Xixta conjice in lagenam perrecte obturatani ; adJe
Ammon liquid. (25°}. . . . 3''j' — M. agitando hermeticeque obtara. . .
Appliquée pendant cinq minutes, cette pommade rougit la peau : dans l'espace de quinze à vingt minutes, elle produit la vésication, et au bout d'une heure une véritable cautérisation. On applique ordinairement cette pommade au front, aux tempes ou derrière les oreilles.
(1) Précis théor. et prat. sur les maladies des yeux, pag. 468.
Parmi les préparations ammoniacales on emploie encore le sel ammàniac [muriate d'ammoniaque) en solution, à la dose de dix à quarante grains par once d'eau ; on en instille quelques gouttes dans l'œil, une ou deux fois par jour, contre les taies de la cornée.
Belladone. Pour fomentations calmantes, on fait usage d'une infusion préparée avec un scrupule de feuilles de belladone par once d'eau.
Pour dilater la pupille , on instille dans l'œil quelques gouttes d'une infusion de dix grains de feuilles de belladone dans une demi-once d'eau, ou d'une solution de cinq grains d'extrait de belladone dans un gros d'eau; ou bien l'on fait deux fois par jour des frictions autour de l'orbite, avec une pommade composée d'un demi-gros h un gros d'extrait de belladone et d'une demi-once de graisse. Ces frictions ne dilatent la pupille qu'au bout d'un temps quelquefois considérable , tandis qu'une demi-heure ou une heure après l'instillation , la dilatation commence déjà à se faire, surtout lorsqu'on a employé le médicament tiède. La dilatation de la pupille persiste quelquefois pendant plusieurs jours.
Le docteur OEnLEn (1) a récemment fait connaître une préparation 'qji'il nomme Atropine, et qui, suivant lui , employée en instillation dans l œil , h la dose d'un grain étendu dans quelques gouttes d'eau , dilate la pupille au bout de quelques minutes. L'atropine dont se sert M. OEii- LER est préparée d'après le procédé suivant par M. "Witx- STOCK, pharmacien à Berlin. Les feuilles de belladone sont mises en digestion avec de l'alcool et très-peu d'acide sulfurique : au bout de quelque temps on sépare les feuilles
(1) AMMoij's Zeùschrift , etc., tom. il , pag. 223.
de l'alcool par le moyen du filtre ; cet alcool alors est soumis a la distillation , qu'on pousse jusqu'à un certain point; le résidu est dissous dans l'eau et filtré; on y ajoute de l'acétate de plomb liquide, aussi longtemps qu'il se forme un précipité ; on chauffe ensuite la liqueur et on la filtre. A la partie filtrée on ajoute'd'abord de l'acide sulfurique, ensuite on y fait entrer un courant d'hydrogène sulfuré, jusqu'à ce que l'oxyde de plomb qui s'y trouve soit précipité. La liqueur étant filtrée de nouveau , on l'évaporé au bain-marie à consistance d'extrait, en y ajoutant de la magnésie, et on fait dissoudre cet extrait dans de l'éthec sulfurique alcoolisé. Cette liqueur éthérée est également évaporée à consistance d'extrait, et celui-ci dissous dans de l'eau distillée: ces deux dernières opérations sont répétées une seconde fois. L'extrait ainsi obtenu n est pas cousidéré comme de l'atropine pure par le docteur OEni,Eii(l), mais comme un extrait essentiel de belladone.
Borax [sous-boraie de soude). Comme collyre ; à la dose d'un demi-gros à un gros par once d'eau.
Chlorure dk chaux. Comme collyre ;ùn scrupule à deux gros par once d'eau.
Cuivre. Ze sulfate ctVacétale de ce métal sont employés contre les maladies des yeux. Le premier [vitriol bleu) est appliqué, soit en substance comme caustique, soit en solution comme collyre, à la dose d'un demi-grain à deux grains par once d'eau.
ISacélate de cuivre (vcrdet, œrugo) n'est employé que sous cette dernière forme, à la dose d'un à trois grains par once d'eau. Il forme aussi l'un des principaux ingrcdiens de Veau céleste ou aijua saphyrina Taylori, beaucoup em-
(1) Loc. cit., § 315.
ployée autrefois contre les oplUhalmies, et dont voici la composition :
Pr. : /Ernginis S""- fi-
Sal. ammoniac gr. v.
Aquae calcis, ..... §j,
M. f. collyriuni.
Eau de iaukier-cerise. On peut ajouter un ou deux gros de cette eau à un collyre de trois onces ; ou bien on l'instille dans l'œil soit pure, soit tenant en dissolution quelque oxyde ou sel métallique. i
Huiles essentielles. Elles sont employées comme l'ammoniaque, en vapeurs et en frictions. Les huiles dont on se sert le plus souvent, sont celles de camomille, de cannelle, de fenouil, de jférofle, de lavande, de menthe poivrée , de thym , de valériane : on les emploie pures , ou combinées entre elles, ou unies a l'ammoniaque (voy. .4»?moniaque).
Iode. Cette substance, récemment introduite dans le formulaire ophthalmique , peut être appliquée à l'œil en solution ou incorporée dans de l'axonge. M. Ldgol se sert, comme collyre, d'une solution d'un demi-grain ou un grain d'iode, et un ou deux grains d'hydriodate de potasse, dans quatre onces d'eau: il applique aussi au bord des paupières, et instille même dans l'œil, sa solution iodurée rubéfiante, composée d'une demi-once d'iode et d'une once d'iodure de potassium sur six onces d'eau distillée. Les pommades ophthalmiques iodurées se préparent avec un ou deux grains d'iode, ou deux h quatre grains d'hydriodate de potasse, pour un gros d'axonge.
JusQuiAME. Cette plante a sur l'œil une action pareille h celle de la belladone, mais moins énergique; aussi les doses peuvent-elles être un peu plus fortes : on s'en sert de la
même manière comme de la belladone. Pour dilater promptement la pupille, le docteur OEhler (l) s'est servi d'une préparation qu'il nomme Extrait essentiel de semences de jusquiame , qu'il obtient en faisant digérer, à une température de 60 a 70° R., dans de l'alcool à 0,85°, des semences de jusquiame. Après avoir renouvelé deux fois l'alcool , il réunit les trois portions , les filtre et fait ensuite évaporer à une douce température. L'extrait ainsi obtenu est traité par l'eau; cette solution, filtrée et évaporée, fournit l'extrait essentiel. Les expériences que j'ai faites avec l'extrait ainsi préparé, m'ont fait voir que la pupille commence à se dilater fortement dix ou douze minutes après qu'on a instillé dans l'œil deux ou trois gouttes d'une solution de cinq gouttes d'extrait dans vingt gouttes d'eau distillée. 3'ai instillé dans un œil affecté de cataracte deux gouttes de cette solution la veille de l'opération, et seize heures après l'instillation la pupille était encore extrêmement dilatée. L'ej,trait essentiel de semences de jusquiame et l'atropine sont des préparations fort utiles dans les cas cille médecin doit examiner sans délai les parties profondes de l'œil, ainsi que dans les cas de cataracte centrale ou de taie centrale mais peu étendue de la cornée, où les malades ne voient que lorsque la pupille est dilatée, et où par conséquent les préparations de belladone et de jusquiame, eu maintenant la dilatation de la pupille, dispensent le malade d'une opération dont l'issue est toujours plus ou moins incertaine.
Mercdre. Ce métal fournit plusieurs moyens fort usités dans le traitement des maladies des yeux.
On se sert de 1 onguent napolitain, quelquefois aussi de
(1) Ahmon's Zeitschrifl, etc., tom. II, pag. 223.
Vonguént gris, pour faire des frictions autour de l'orbite; on incorpore souvent h ces onguents de l'opium en poudre ou en teinture , de l'extrait de belladone ou de jusquiame. On prend ordinairement un scrupule h un gros de ces substances narcotiques pour une demi-once d'onguent . et on fait les frictions une ou deux fois par jour.
Le calomel [mercure doux, muriate de mercure sublimé, lyroto- chlorure de mercure) est surtout employé en poudfo uni à du sucre, à la dose de quelques grains par gros de sucre , ou même à parties égales avec ce dernier. Combiné avec l'eau de chaux, le calomel forme le hlaclt wash, beaucoup employé en Angleterre, et Vaqua ophthalmica nigra du professeur Gkjîfe (1). Cette dernière, qu'on emploie en fomentations dans les oplithalmies purulentes lorsque la douleur a diminué d'intensité, est composée ainsi qu'il suit :
rr. ; Mercur. dulcis 9j.
Aq, rosar gi.
Aq. calcis vivje §vj,
Extr. hyoscyami 5j3*
Le sublimé corrosif [muriate de mercure oxygéné, deutoclilorure de mercure) s'emploie comme collyre, à la dose d'tm demi-grain à un grain dans quatre onces d'eau distillée. En ajoutant h cette solution un h deux gros de laudanum liquide de Sydenham, on obtient le collyre trèsusité en Allemagne sous le nom A'nqua Conradi.
Le précipité blanc de mercure [muriate de mercure sous-
(1) c. GH/I4FE, ReperLoj-iufrt, etc., S 315.
Qfijgéné, protO'phlorure de mercure) est appliqué h Vm^ sous forme d'ongnent ; on en prend un a >dix grains pap gros d'axonge. Il est le principal ingrédient de la pommade ophthalmîque de Janin, dont voici la fornnule :
Pr. : Merc. prsec. albi. ■ ... . . 3'* '
Tutlae praep
lioti armen. Âà. .. . . . . 5'-''
AxuDg. porc. ...... ■
Cet onguent est beaucoup trop irritant pour être employé pur, surtout avant que l'œil ne soit habitué aux substances irritantes on peut en mêler une partie à trois ou quatre parties d'axbnge.
Le précipité rouge de mercure [oxyde de mercure rouge, dcutoxyde de mercure) est plus actif que le blanc; on l'emploie également incorporé à de la graisse, h la dose d'un h cinq grains par gros d'axonge. Il forme la partie princi^ pale du haume ophthalmîque de Saint-Yves, qui est corn*posé ainsi qu'il suit :
Pr. ; Merc, prœc. rwbr. , .
Tutise praepar
Camphorae vjtel. ovl subact< Butyr. récent, insuis . . .
Cerœ alb
Les pommades ophthalmiqucs de Janin et de Saint- Yves ont joui d'une grande célébrité, et sont cnajrc employées quelquefois par les médecins et le public nonmédical. On se sert beaucoup aussi des deux pommades suivantes , dont la première est employée h l'Hôtcl-Dieu
par M. DupuïTRBs , et la seconde est recommandée par le professeur RnsT.
Pommade de Dupuytren^
Pr. : Merc. pr. rubr. . . . gr.
Suif, zinci gr. xx.
Axung. porc Jij^
Pommade de Rust.
Pr. : Mepc. pr. rubr. ( v. albl ) . gr. tlij— tJ. Aceti saturn.
laud. liq. Syd. ââ. . . SJJ.
Butyr. rec. insuis. . . 3'j*
Le précipité roujje entre aussi dans la composition des pommades opJitlialmiques de Grandjean , de Régent et de la plupart de celles vendues par les charlatans et oculistes ambulants.
On fait bien de se servir aussi peu que possible de ces pommades composées; le plus souvent on réussit tont aussi bien en n'incorporant à la graisse qu'une seule substance active, dont on varie alors la dose suivant le degré de la maladie et la susceptibilité de l'organe affecté.
Outre les préparations mercurielles indiquées jusqu ici, on emploie fréquemment en Angleterre les deux onguents olTicinaux suivants :
IJnguent. nitratis hydrargyri mitius pharm. Edinh.
pr. : nydrargyrj purif. . . . ^ij. Acldl nilrici. . . . f. g^.
Adipis praep.
Olivœ olei ,
Unguent. hydrargyri nitrîco-oxydi pharm. Lond.
Pr. : Hydrarg. nitrico-oxydl; . . , ?|
Cera; albae • '
Adipis prœp. . ' % ■
Ces onguents sont appliqués sur le bord des paupières
soi. , ,/„„L:rs:.ti;i;r/rir;;::ï:
a» . ces fnclioDs a«c une pommade dan, lL„e]le e„Tr, "n n,édica™en, fo^l ntUe d „s tr„;''„::
Pierre divise (lapis divinvs). On appelle ainsi une substance dont Saint-Yves (1) indique ainsi la préparation :
Pr. : Vilriol. de cypro Hitrl
Aluminus âà. . . , , . , Jj^j, Cont, et pulv. in vasevitreo
cal. arense liqueractls, adcle
Camphor. trit 3ij.
Mixtam et réfrigérât, massam
serva. S. lapis divinus.
Au sulfate de cuivre Béer. (2) substituait l'acétate, tandis que le Codex parisien n'a fait que changer les proportions de Saint-Yves, en prenant trois onces de chacune des trois premières substances et un gros de camphre. C'est la dissolution d'un gros de cette dernière préparation dans deux livres d'eau , qui porte dans le Codex le nom de collyres des sels fondus au feu. Il vai-t mieux ne pas s'en tenir h cette solution officinale, et modifier la dose de la pierre divine suivant le besoin d'un à dix grains par once d'eau.
Pierre iNrERNALE ( nitrate d'argent fondu). Lorsque cette substance est appliquée h l'œil comme caustique, on passe immédiatement après sur la place cautérisée un pinceau trempé dans de l'huile ou dans une solution de gomme, afin d'enlever les parties de la pierre infernale (]ui pourraient être restées sur l'œil, et qui étendraient la cantéri-
(1) saint-Yves, Nouv. traité des malad. des yeux. Amst. , 1730, pag, 148.
(2) Beeb, Lchre, etc. , tom. l", pag. 811.
sation a des parties qu'on voulait ménager. On emploie aussi comme collyre le nitrate d'argent en solution , à la dose d'un demi-grain à quatre grains par once d'eau : qnelquefois on incorpore ce caustique dans de la graisse. M. GuTHRiE (1) se sert de la pommade suivante, qui est assez répandue parmi les médecins anglais ; mais qui ne convient que dans les cas où l'atonie de la conjonctive est très-forte.
Pr. : Argent, nitrat gr. ij. ad gr. x.
Liq. plumbt subacet. . . gtt. xv, Dngt, çetacei 5j»
Plomb. Parmi les préparations saturnines, l'extrait et le sucre de Saturne sont les seules encore employées aujourd'hui dans les maladies des yeux : on s'en sert sous forme de collyre ou de pommade ophlhalmiquc.
La dose de Vexirait de Saturne [sous-acétate de plomb liquide) est de quelques gouttes jusqu'à deux scrupules par once d'eau, et de quatre h dix grains par gros d'axongç. On peut aussi se servir de Veau de Goulard comme collyre ou pour fomentations.
Le sufire de Saturne ( acétate de plomb cristallisé) s'emploie à la dose d'im h cinq grains par once d'eau , ou par gros d'axongc.
Potasse caustique [pierre à cautère). Cette substance est employée soit pure, comme la pierre infernale et avec les mêmes précautions, soit en solution a la dose d'un demigrain à deux grains par once d'eau.
(1) The Lancet, 1828—1829, vol. S, pag. 678.
Tautre stidié [tartrate de potasse antimonié). Confine collyre, à la dose d'nn à quatre grains par once d'eau ; comme pommade, h la dose d'un demi-grain à deui grains par gros d'axonge.
On emploie très-souvent dans les maladies des yeux la pommade et l'emplâtre stibiés pour produire la révulsion. La pommade stihiée ou à'Autenrieth se prépare avec un gros de tartre stibié et deux à six gros d'axonge: on en fait des frictions a la nuque matin et soir, pour provoquer l'éruption de pustules semblables aux boutons varioleux. Au lieu de la pommade , on peut se servir de ï emplâtre stibié , qu'on prépare avec un gros de tartre stibié et trois h six gros d'emplâtre citrin , d'emplâtre de diachylon gommé, ou de tout autre emplâtre agglutinatif. Au bout de deux ou trois jours de l'application de cet emplâtre, les boutons commencent à se développer; aussi longtemps que ceux-ci sont très-petits , on peut continuer l'usage de l'emplâtre stibié: lorsqu'ils deviennent plus gros, on remplace cet emplâtre par celui de diachylon gommé ou par l'emplâtre citrin; mais on revient au premier aussitôt que les boutons tendent a sécher : on continue ainsi aussi longtemps que la révulsion doit être entretenue. L'emplâtre stibié présente l'avantage d'être plus propre que la pommade d'Autenrieth , d'exiger moins de soins et d'avoir une action limitée; tandis que la pommade est quelquefois étendue sur de grandes surfaces par les gens peu soigneux, ou par les mouvements des malades. Cette pommade a par contre l'avantage de provoquer l'éruption plus vile que l'emplâtre.
Zinc. Les fleurs de zinc [oxyde de zinc) et la tutie (mélange d'oxyde de zinc et de zinc h l'état métallique) s'emploient sous forme de collyres ou de pommades ophthalmiques, à la dose de cinq à quinze grains par once d'eau.
et de deux à dix grains par gros d'axonge. Quelquefois, aussi on se sert de ces deux substances en poudre pour l'insufflation, et on les mélange alors h du sucre par parties égales , ou en prenant deux ou trois fois autant de sucre que de tutie ou de fleurs de zinc.
Un des moyens qu'on emploie le plus fréquemment dans les maladies des yeux , c'est le sulfate de zinc [vitriol blanc). Pour un collyre on en prend un à six grains par once d'eau ; pour une pommade ophthalmiqne, deux à dix grains par gros d'axonge. Au lieu de cette pommade, on se sert aussi d'un blanc d'œuf fouetté, auquel on a préalablement ajouté vingt à trente grains de sulfate de zinc ; ou bien on coupe en deux un œuf dur, on en sert le jaune, puis, après avoir rempli la cavité de sulfate de zinc pulvérisé, on réunit les deux portions et on les maintient au moyen de fils; lorsqu'on suppose que le sulfate de zinc est dissous, on exprime et on se sert de cette liqueur, qu'HuFELAND (1) recommande dans toutes les ophthalmies chroniques; mais surtout pour en enduire le bord des paupières dans l'ophtbalmie varioleuse, qui persiste après la dessiccation des pustules.
Quelques médecins substituent au sulfate de zinc le sulfate de cadmium , qui cependant ne présente aucun avantage réel.
(I) C. w. HuFELAHD, Bemerkungen ûherdie naliXrlichenunct inoeulii-ten Blattern, etc. Berlin y 1798 , pag. 135.
TABLE DES CHAPITRES
Introduction. 1
CHAPITBB PREMIER. Maladies des organes lacrymaux. . . 10
Section !" Glande lacrymale
lo Inflammation de la glande lacrymale ih.
2° Squirrlie et carcinome de la glande lacrymale. . . -13
3° Atrésie des canaux excréteurs de la glande lacrymale. 15
4° Dacryops. , , jj^
6° Hydatide de la glande lacrymale ^ . 17
6° Épiphor». .■ , . . ,• ,• , . ,• . ... 18
Section- II. Caroncule lacrymale. . . . . , . . . 20
Inflammation de la caroncule lacrymale , * . . . . j'ô.
Section Illi Points et conduits lacrymaux. * . . . . 21
Occlusion et paralysie des points et conduits lacrymaux. ib.
Section IV. Sao lacrymal et canal nasal 23
1" Inflammation du sac lacrymal et du canal nasal.. . ib.
20 Tumeur lacrymale.- 29
3o Fistule du sac lacrymal jj^
4"» Obstruction et oblitération du canal nasal. ... 33
Opération de la Ostule lacrymale. . 33
60 Atonie du sac lacrymal. . . . ... ; . , 5I
Blessuresdcs organes lacrymaux. 53