LES ŒUVRES SCIENTIFIQUES
La préparation aux fonctions coloniales.
La formation d'un cadre sérieux de fonctionnaires et d'agents est une condition sine qua non de réussite d'une entreprise coloniale ; mais c'est là une œuvre de longue haleine dans laquelle il faut procéder méthodiquement et avec prudence.
L'Etat indépendant, après avoir pratiqué d'abord la méthode de la formation de ses agents sur place, en Afrique même, s'est décidé depuis quelques années à faciliter cette formation par une préparation en Europe.
L'école coloniale a été instituée pour donner aux nouveaux agents qui se destinent à la carrière coloniale, un ensemble de connaissances qui leur permet de remplira l'entière satisfaction du Gouvernement, tous les devoirs inhérents à leur nouvelle situation et les met en garde contre les écoles très compréhensibles d'un début.
Les cours comprennent : l'organisation — l'administration militaire — la comptabilité — la géographie — le droit — l'hygiène — les règlements militaires — des cours de langues, notamment de Ki-Swahili — des conférences sur la géologie pour certains agents — des leçons spéciales pour différentes catégories d'élèves adéquates à leurs fonctions futures et enfin une section juridique.
La moyenne du nombre des élèves est de 120 par session et le nombre de sessions a été fixé à 4 par an.
L'école de médecine tropicale, de fondation plus récente, prépare les médecins au service colonial. Les cours ont un caractère pratique. Les médecins-élèves y disposent d'un outillage scientifique excellent et suivent des cours théoriques de pathologie et d'hygiène coloniale, des cours pratiques de technique de laboratoire, des cours pratiques et théoriques de zoologie et d'entomologie médicales, des conférences sur les épizooties africaines et un cours de clinique des affections tropicales donné à la villa coloniale de Watermael.
Une section élémentaire donne aux futurs chefs d'observation médicale et aux missionnaires, une préparation scientifique que complète un stage pratique accompli au laboratoire de Léopoldville.
D'octobre 1906 à décembre 1910 les treize sessions avaient été suivies par septante-huit médecins et six vétérinaires.
Des bibliothèques ont été fondées dans tous les chefslieux de district et dans un certain nombre d'autres localités importantes : plus de 6.000 volumes — ouvrages scientifiques, de culture générale ou de littérature — ont été expédiés au Congo ; de plus 12 journaux quotidiens belges et étrangers et 20 revues périodiques sont adressés régulièrement aux bibliothèques en question.
Le Musée colonial de Tervueren.
Le Musée colonial de Tervueren est divisé en différentes sections : la section de botanique — la section de zoologie — la section de géologie, de minéralogie et de paléontologie — la section d'anthropologie et d'eUinographie et la section de commerce et d'exportation, auxquelles on a ajouté récemment une section des sciences politiques et morales ; de plus la section économique a été complètement remaniée et développée dans des proportions considérables.
Le Musée publie dans ses Annales des travaux scientifiques d'histoire naturelle, d'ethnographie, etc. ; il sera bientôt doté d'une bibliothèque.
Des missions spéciales travaillent au Congo à recueillir des données ethnographiques, des objets de collections, des échantillons botaniques, des spécimens
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de la biologie lacustre et fluviale, etc., de manière à enrichir le patrimoine scientifique du Musée.
Les services que celui-ci a rendus et rendra encore dans l'avenir, sont énormes et les contributions qu'il apporte aux connaissances humaines ont été appréciées en termes élogieux par les premiers ethnographes d'Allemagne, de France et d'Angleterre.
CONCLUSION
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CONCLUSION
Dans une esquisse du genre de celle que nous venons de présenter au lecteur, une question se pose à chaque page : « Où faut-il s'arrêter dans l'énumération des noms de ceux qui dans l'œuvre congolaise, ont apporté leur pierre à l'édifice ? »
Et à ce sujet nous ne pouvons que faire nôtres les paroles pleines d'à-propos prononcées le 6 juin 1909, à Anvers, par M. Corty, président de la Chambre de commerce :
« Tout d'abord,...., je réprime la tentation d'évoquer ici des noms qui sont d'ailleurs dans tous les cœurs et sur toutes les lèvres. J'en devrais citer trop et j'en oublirais peut-être encore plus I
En effet, pour exalter le noble et gigantesque effort accompli depuis trente ans par les enfants de ce pays^ les plus distingués comme les plus humbles, en vue d'écrire l'une des pages les plus glorieuses, quoi que Ton dise, de l'histoire de la civilisation humaine, pas n'est besoin de faire ici la mesure des services de chacun. Le plus valeureux et les plus méritants seraient les premiers à ne pas le vouloir.
Car, mieux que tous, ils savent que dans les efforts comme ceux où se sont illustrés leurs noms, les directions les plus sûres, les plus fermes, les plus sages, les plus éclairées, ne mèneraient à rien d'efficace, de solide et de durable, sans la contribution des humbles, sans le
concours de ces réserves d'énergies pratiques et de vigueurs morales dont notre pays s'est révélé si richement dépositaire.
Aussi, Messieurs, je ne crains pas de le proclamer dans cette imposante assemblée d'hommes mêlés pour la plupart à la vie des affaires, si notre situation de grande place commerciale et maritime nous justifie certes de célébrer plus particulièrement les avantages économiques que nous attendons pour Anvers et pour la Belgique de notre expansion coloniale, nous sommes avant tout fiers d'avoir vu se révéler parmi nous une élite d'hommes d'action, de prévoyance et d'initiative dont l'œuvre demeurera glorieuse devant l'histoire, non seulement par les résultats admirables qui la couronnent, mais par les prodiges de ténacité tranquille et d'abnégation parfois héroïque qui ont illustré ses développements.
Eh bien, Messieurs, en cette journée triomphale, que tous ceux qui ont été à la peine soient à l'honneur.
Je bois aux pionniers de la première heure, à ceux qui de prime abord ont compris la pensée du Roi, qui ont partagé sa confiance et qui se sont appliqués à l'inspirer au pays sans se laisser rebuter par les indifférences et les préjugés des premiers jours.
Je bois à ceux qui sur le sol africain même ont posé les premiers jalons de la pénétration belge et ouvert les voies où se sont résolument engagés à leur suite nos ingénieurs, nos agronomes, nos commerçants, nos officiers, nos soldats, nos missionnaires.
Je bois à cette légion de nos compatriotes qui sont allés
témoigner à travers les difficultés et les périls du continent noir que les Belges n'ont rien à envier à personne de ce qui fait les nations honorées : ni l'esprit d'entreprise, ni la science industrielle, ni la valeur militaire, ni les soucis du relèvement moral des populations inférieures ou en décadence.
Je bois à la presse et aux publicistes de tout rang qui se sont fait honneur de consacrer leur talent à défendre l'œuvre coloniale belge contre les préventions des indifférents ou la malveillance systématique des curieux et des calomniateurs.
Je bois aux fonctionnaires de tous grades de l'ancien Etat indépendant du Congo, dont le pays n'oubliera pas les services éminents et incomparables.
Je bois aux divers cabinets belges qui se sont succédé depuis trente ans et qui tous n'ont cessé de seconder l'œuvre royale dans la mesure indiquée par les circonstances, en dehors de toute considération d'esprit de parti et sans autre préoccupation que l'intérêt national.
Je bois en particulier au Gouvernement actuel qui a eu l'honneur d'attacher son nom à l'acte d'annexion du Congo et de voir choisir parmi ses membres le premier Ministre des Colonies. »
Nous avons décrit les glorieux faits d'armes des officiers et sous-officiers belges en Afrique ; nous avons rendu hommage au dévouement et à l'abnégation des missionnaires et des médecins, aux qualités d'organisateurs des fonctionnaires, à l'impartialité des juges.
Mais tous ces efforts n'eussent pas produit les résultats
obtenus à ce jour s'ils n'avaient reçu une impulsion unique canalisée dans un but déterminé ; supposez à la tète de ce personnel dévoué un Gouverneur-général incapable et vous aboutissiez à un résultat médiocre.
Parmi ceux qui furent investis de la liante fonction à laquelle nous venons de faire allusion, il en est un dont le nom est inséparable de l'histoire de l'Etat du Congo : le lecteur a déjà nommé le Lieutenant-général baron Wahis, qui consacra à l'œuvre africaine une large part de son existence. Dès le 19 novembre 1890, il est nommé vicegouverneur-général et le 4 mai 1905, nous le voyons encore se rembarquer pour le Congo ; pendant l'intervalle qui sépare ces deux dates, il a, alternant généralement avec M. Fuchs, présidé à l'occupation du territoire, à l'organisation de ses forces militaires, au développement de ses institutions judiciaires, à l'exécution de travaux publics et à l'introduction de nombreuses réformes.
Parmi ceux qui, avant ou après le baron Wahis, assumèrent encore la lourde tâche de la direction du gouvernement local, citons MM. Camille Janssen, Wangermée, Costermans et Lantonnois.
Si, comme nous l'avons vu, les Belges ont fourni dans l'œuvre civilisatrice la grosse part des travaux et des sacrifices, il serait profondément injuste de ne pas rendre hommage à la collaboration des éléments étrangers, en majeure partie militaires.
Suédois, Norwégiens, Danois et Italiens ont rivalisé là-bas de zèle et de dévouement, portant ainsi au loin le
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renom de leur pays et prouvant, ce qui à vrai dire n'avait plus à être démontré, que l'esprit d'abnégation est la qualité dominante des officiers et sous-officiers de tous les pays.
L'étude des services rendus par les agents de nombreuses sociétés établies au Congo nécessiterait à elle seule de multiples pages ; que l'on ne mesure donc pas leur part dans l'œuvre au nombre de lignes que nous leur consacrons.
Lorsqu'il est question de collaboration à une œuvre de civilisation il n'est pas possible de passer sous silence l'influence très réelle exercée par la femme blanche.
(( Je dis que la présence de la femme dans la Colonie », disait M. Renkin, Ministre des colonies, dans un de ses discours à la Chambre, « est une condition essentielle des progrès de la civilisation et je ne saurais exprimer assez haut ma reconnaissance et mon admiration pour les nombreuses concitoyennes que j'ai vues au Congo dans les postes les plus éloignés et qui, par leur présence dans des milieux encore barbares, rendent les plus grands services à la cause de la civilisation. »
Dans un autre ordre d'idées quel plus bel éloge peuton adresser aux sœurs blanches qui se dévouent en Afrique, que celui que leur décerne M. Thesiger, consul britannique : « Les malades, dans toutes les phases de la maladie du sommeil (parmi eux se trouvent même déjeunes enfants), sont soignés par les sœurs attachées à la mission, qui se sont données à celte œuvre avec
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un dévouement admirable dont seules peuvent n'être pas frappées les personnes qui ignorent tout des terribles et repoussants détails de cette maladie. »
Tout le monde s'est empressé d'applaudir à la décision que prit M. le Ministre des Colonies de se rendre au Congo pour apprécier de visu et en connaissance de cause, quelles étaient les ressources, quels étaient les besoins de l'immense -territoire dont la direction venait de lui être confiée : ce fut là un acte de ministre tout-àfait moderne, plus gros de conséquences qu'on ne se le figure généralement; et quant à sa courageuse compagne, le bel exemple qu'elle a donné a déjà porté ses fruits.
Que dire enfin du voyage de S. A. R. le Prince Albert, aujourd'hui Roi des Belges ?
Il est difficile d'exprimer, à propos des actes d'un Prince, tout le bien qu'on en pense ; le reproche de courtisanerie est là qui vous guette.
Et cependant, rien n'obligeait, en somme, Son Altesse Royale à entreprendre ce voyage : le Congo était repris par la Belgique ; il avait donc à sa tête un Ministre responsable ; il suffisait que celui-ci, soucieux d'être à hauteur de sa tâclie, étudiât de près la jeune Colonie.
Les risques courus furent très réels : malgré toutes les précautions prises, une mouche malencontreuse pouvait fort bien communiquer la maladie du sommeil ; la fièvre et l'hématurie guettaient le Prince, autant que les autres blancs, et quant aux ennuis du voyage, les
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caravanes indisciplinées de porteurs se chargèrent de corser le programme de numéros imprévus.
Partie de Southampton le 3 avril 1909, S. A. R., accompagnée du vice-gouverneur général Malfeyt, et de Son officier d'ordonnance, le lieutenant-colonel baron
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de Moor, arrivait au Cap le 20, à Broken Hill le 26, puis, après un voyage de huit jours à travers la brousse, atteignait enfin la frontière méridionale de la colonie. Le croquis ci-dessus indique les étapes au Congo même.
Embarqué à Borna le 27 juillet, le Prince Albert arrivait à Anvers le 16 août et les acclamations qui saluèrent Son retour, Lui prouvèrent à suffisance combien la population Lui savait gré de Son beau geste et appréciait la joie de revoir sain et sauf, Celui en qui elle a placé ses meilleurs espoirs.
Au cours de cette étude, nous avons évoqué surtout Le Passé : il fut glorieux pour la Belgique ; et quant à L'Avenir, les viriles paroles prononcées par le Roi Albert lors de son avènement ne laissent place pour aucune inquiétude à son sujet : « Et quand la Belgique prend l'engagement d'appliquer au Congo un programme digne d'elle, nul n'a le droit de douter de sa parole. »
L'histoire de la colonisation nous montre que les grandes entreprises dans les pays lointains coïncident avec la période la plus brillante de la vie des peuples : celle où ces derniers atteignent leur maximum de puissance politique, productrice, intellectuelle et industrielle.
La Belgique n'échappe pas à la règle commune et le Congo aura été pour cette ** Amérique d'occident »» nonseulement une pépinière de héros, mais encore et surtout une fontaine de Jouvence de l'énergie et de l'activité nationales.
La colonisation est à la fois une manifestation du progrès et une expression de la solidarité humaine ; elle réclame, en effet, des 'facultés exceptionnelles et fait appel à l'élite d'une nation en même temps qu'elle
rapproche les races inférieures de celles qui se sont tracé comme rôle de les tirer de la barbarie pour les élever moralement et pour améliorer leurs conditions d'existence.
Si l'on tient compte de l'étendue du territoire, de l'état de dispersion des populations, de l'insécurité continuelle, résultat des guerres continuelles et des razzias arabes, du caractère même du noir, de son immobilisme et de son indolence, on conviendra que c'est un exemple qui restera longtemps unique dans l'histoire, que cette réunion d'éléments imbus de séparatisme, en une nation gouvernée par les institutions libres des peuples civilisés, qui fut réalisée par le Gouvernement du Congo belge.
En plaçant à la base de sa législation, de sa jurisprudence et de sa politique, le principe de la minorité des aborigènes, l'Etat du Congo a prouvé qu'il était apte à gouverner en s'appuyant non-seulement sur les lois supérieures de l'humanité, mais encore sur les données de la science.
Dès avant 1889 les indigènes avaient, grâce à la sollicitude du Gouvernement, franchi la barrière qui, d'après Tacite, sépare la barbarie de la civilisation par la substitution du travail régulier et soutenu Siidore parare au travail obtenu Sanguine.
« Vous pouvez ouvrir les annales de l'humanité. Nulle part vous ne trouverez l'exemple d'un peuple comme le nôtre, qui, après des siècles de domination étrangère, refait sa destinée, reconquiert son indépendance, prend, malgré l'exiguïté de son territoire, une des premières
places dans le commerce du monde et fournit à la fondation d'une colonie, tous les explorateurs, tous les soldats, tous les missionnaires, tous les administrateurs qu'elle exigea ».
(Discours de M. Renkin, ministre des Colonies, à la Chambre, 25 avril 1908.)
« Une œuvre de Titan accomplie par des pygmées » (de Brazza). Rien ne saurait mieux que ces paroles caractériser la colossale importance du travail accompli par les Belges au Congo.
Noire dernière pensée se reporte tout naturellement vers ceux qui, héros modestes, dorment de leur dernier sommeil sous la terre africaine. Leur sacrifice n'a pas été inutile et leur abnégation a contribué à doter la Patrie d'un accroissement de territoire qui place la Belgique au cinquième rang des puissances coloniales.