PORTRAITS DE
N' ous plaçons ici. ii titre de préface, deux portraits écrits, l'un par Th. Gautier, qui peint hdélement le Dtlacroi.x. de i83o, l'autre par Al. Dumas, qui retrace avec verve la physionomie du maître, arrivé presque au terme de sa longue carrière artistique. Le premier de ces portraits fut écrit, de souvenir, en iS6f : le voici : «Delacroix, que nous rencontrâmes pour la première fois quelque temps après iS3o, était alors un jeune homme élégant et frêle, qu'on ne pouvait oublier quand on l'avait vu. Son teint d'une pâleur olivâtre, ses abondants cheveux noirs qu'il a gardés tels jusqu'à la fin de sa vie, ses yeux fauves à l'expression féline, couverts d'épais sourcils dont la pointe intérieure remontait, ses lèvres fines et minces, un peu bridées sur des dents magnifiques et ombrées de légères moustaches, son menton volontaire et puissant, accusé par un méplat robuste, lui composaient une physionomie d'une beauté farouche, étrange, exotique, presque inquiétante. On eût dit un maha-rajah de l'Inde, ayant reçu à Calcutta une parfaite éducation de gentleman et venant se promener en habit européen à travers la civilisation parisienne. Cette tète nerveuse, expressive, mobile, pétillait d'esprit, de génie et de passion. On trouvait que Delacroix ressemblait ii lord Byron, et pour faire mieux sentir cette ressemblance, Devéria. dans une même médaille, dessinait leurs profils accolés. Les succès refusés au peintre, r.homme du monde -Delacroix le fut toujours) les obtenait sans conteste. Personne n'était plus séduisant que lui lorsqu'il voulait s'en donner la peine. Il savait adoucir le caractère féroce de son masque par un sourire plein d'urbanité. Il était moelleux, velouté, câlin comme un de ces tigres dont il excelle à rendre la grâce souple et formidable, et, dans les salons, tout.le monde disait : « Quel dommage qu'un homme si charmant fasse de semblable peinture! » — Le second portrait ne dilTére" du premier que par la forme qui distingue les deux écrivains. Au lieu d'images savantes, de psychologie profonde, le lecteur trouvera une improvisation brillante, mais il y reconnaîtra cependant le Delacroix des anciens jours, le même homme, n'ayant point perdu, malgré vingt années de luttes et de souflrances, son originalité native ; o Delacroix est de la tai'lle de Vcrnet. presque aussi mince que lui, très propre, très élégant, très coquet. 11 a cinquante-cinq ans, les cheveux, les favoris et les moustaches noirs comme à trente: les cheveux ondulent naturellement, les poils de la barbe sont rares, la moustache est un peu hérissée et ressemble ;i deux pincées de tabac à fum.er ; le front est large, bombé, terminé à sa base par deux sourcils épais, recouvrant des yeux petits, qui etincellent pleins de flamme entre deux longues paupières noires ; la peau est brune, bistrée, mobile, se plissant comm.e celle du lion i" les lèvres sont épaisses, sensuelles, promptes au sourire, et en souriant découvrent des dents blanches comme des perles. Tous ses mouvements sont vifs, rapides, accentués; sa parole peint, ses gestes parlent ; son esprit est subtil, discuteur, prompt à la répartie; il aime la lutte et s'y déploie ctincelant d'aperçus nouveaux, justes, brillants: à côté d'un talent hasardeux, plein de caprices, rempli d'écarts, il est sage, sobre de paradoxes, classique même; on dirait que la nature, qui tend a tout équilibrer, le place comme un habile cocher, bride en main, pour retenir ces deux chevaux fougueux, l'un l'Im-aeination, l'autre la Fantaisie. » — D'autres portraits écrits se trouvent soit par fraements, sbit plus complets, dans les diverses études que ses contemporains ont