‹ L'œuvre complet de Eugène Delacroix, peintures, dessins, gravures, lithographiesChapitre 63 sur 114 · BIBLIOTHÈQUE DU PALAIS BOURBON · texte numérisé non relu

BIBLIOTHÈQUE DU PALAIS BOURBON

Peintures décoratives exécutées au Palais Bourbon, à Paris. — Le catalogue A. Moreau contient, aux pages 212 et 21 3, la simple nomenclature des vingtdeux sujets.

La décoration de cette bibliothèque, commencée en i838, fut terminée en 1847. Nous en réunissons ici tous les motifs. Elle se compose de deux hémicycles et de cinq coupoles divisées chacune en quatre pendentifs. Les hémicycles sont peints sur le mur enduit d'une préparation à la cire. Dans le principe, ils devaient être peints sur toile et marouflés ensuite; le premier sujet, VOrpliée . t ut exécuté ainsi, mais des tassements s'étant produits dans la maçonnerie, la toile se rompit et Delacroix dut recommencer son travail. Ils représententdcux dates extrêmes de la civilisation : i" Orphée apportant la civilisation à la Grèce: 2" Attila ramenant la barbarie sur l'Italie ravagée. Comme ils semblent symboliser, par ces deux grands faits de l'histoire, l'éternelle lutte du bien et du mal, de la paix et de la guerre, on leur a donné le nom d'hémicycle de la Paix et d'hémicycle de la Guerre. Les coupoles sont peintes h l'huile sur toile marouflée sur enduit. Chaque coupole se compose de quatre pendentifs et comprend par conséquent quatre sujets, que le maître a choisis dans un même ordre d'idées \ \'> la Poésie; 2" la Théologie ; 3" la Législation : 4" la Philosophie; 5" les Sciences. Les pendentifs sont reliés entre eux par une bande d'ornements et séparés par des cartouches décorés de mascarons tous différents. Il y a vingt mascarons. On en a vu plus haut quelques-uns que nous reproduisons d'après les dessins du maître.

En févritr 1S81, le bureau de la Chambre des députes nommait une commission « chargée d'étudier les mesures qu'il pourrait y avoir lieu de prendre pour préserver les peintures de Eugène Delacroix des dégradations qui paraissentles menacer «.Cette commission était composée de MM. de Mahy, Madier de Montjau et Margainc, questeurs ; Turquet, Noël Parfait, Lockroy et Antonin Proust, députés ; Ballu, Bœswilwald, Charles Garnier, de Joly et Vaudremer, architectes ; Pierre Andrieu, Etienne Arago, Barbet de Jouy, Philippe Burty, Galland et Charles Blanc. Après avoir examiné l'état général de la décoration dans les hémicycles et les pendentifs delà bibliothèque, elle a prié MM. Ballu, Bœswilwald, Garnier et Vaudremer, auxquels était naturellement adjoint l'architecte du monument, M. de Joly, de rechercher les causes des dégradations dont les peintures de Eugène Delacroix semblaient menacées, et d'indiquer les moyens de remédier au mal ou, tout au moins, d'en arrêter les progrès. La commission a chargé en même temps MM. Andrieu, Etienne Arago, Barbet de Jouy, Burty, Galland et Charles Blanc, de constater tous les dommages qu'auraient pu éprouver les peintures de Eugène Delacroix. Les rapports des deux sous-commissions ont été faits, l'un par M. Charles Garnier, l'autre par M. Burty. Le premier, parlant au nom des architectes, a signalé comme étant les causes des lézardes remarquées dans les hémicycles, le tassement des maçonneries et le jeu des constructions en fer, dont les armatures ont repoussé l'enduit en s'oxydant, ou bien déterminé une rupture dans ces enduits, en fléchissant sous le poids de la voûte. Après avoir proposé les moyens pratiques de s'opposer aux tassements et aux fléchissements ultérieurs, M. Garnier se montre assez peu effrayé des altérations qu'a subies la peinture du maître et des fissures qu'elle présente en plusieurs endroits. Ces accidents, si on les empêche de s'aggraver, lui paraissent même donner parfois un certain charme et un certain caractère à la décoration murale, et il cite Michel-Ange comme ayant pris plaisir à feindre des crevasses dans le plafond de la chapelle Sixtine. Il pense que les peintures exécutées sur toiles et marouflées sur les voûtes n'ont rien à craindre des légers tassements qui pourraient encore se produire », et il ajoute que « les préoccupations que l'on a pu concevoir à leur égard n'ont pas de raison d'être ». L'honorable rapporteur conclut que, pour ce qui est des Assures, « bien que cet effet soit fâcheux, il ne doit rien être tenté ni pour y remédier au présent, ni même pour l'arrêter à l'avenir. 11 faut donc se résigner et laisser les coupoles en l'état actuel ». Le rapport de M. Burty ne témoigne pas de la même sérénité. Les termes en sont beaucoup moins rassurants. La sous-commission a regardé de très près aux demi-coupoles auxquelles on accède par une galerie ; elle a ensuite examiné, lorgnettes en main, les dégradations des pendentifs, dont la plupart d'ailleurs sont visibles du sol même, et elle a constaté les fentes qui se sont produites dans les murs concaves des hémicycles, les écailles qui s'en sont détachées et qui, en laissant reparaître l'enduit, forment des taches blanches, les boursouflures qui se manifestent dans les toiles marouflées sur les pendentifs, les chancis qui appellent un nettoyage, les retraits de la toile qui demandent un léger raccord. Toutes ces détériorations ont été soigneusement décrites dans le rapport très bien motivé de M. Philippe Burty, qui conclut ainsi : « A l'unanimité des membres présents dans la sous-commission de peinture, dit M. Philippe Burty, nous croyons que les graves altérations qui avaient éveillé l'attention du bureau de la Chambre sont de nature à légitimer l'inquiétude, à provoquer de prompts secours. Le travail de Eugène Delacroix, entrepris en 1844, terminé en 1847, honore au plus haut degré la France du xix'^ siècle. Il témoigne de lectures considérables et bien coordonnées, d'un goût supérieur dans le choix et la variété des épisodes, d'une originalité magistrale dans les moyens d'exécution, d'un instinct des ressources picturales dans la décoration, qui placent notre école au pair de ce que le passé avait produit de plus distingué. L'ensemble de ces peintures, qui portent en elles le charme de l'enseignement, est comme un dépôt sacré sur lequel la France doit veiller jalousement. Il n'est point de sacrifices qu'il ne faudrait faire pour le transmettre intact aux générations qui vont suivre, et qui acclameront le mouvement intellectuel et artistique de ce siècle. » La commission, après avoir entendu la lecture des deux rapports, a décidé que les travaux de réparation demandés par M. Garnier pour le bâtiment architectural seraient effectués ; elle a donné en même temps satisfaction au rapport de M. Philippe Burty, en ce qui concerne les mesures à prendre pour la conservation des peintures. — La vue d'ensemble de la Bibliothèque reproduit un dessin de M. Fichot {Illustration, 1847).

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N"* 896 : Hémicycle de Ui Paix Orphée vient enseigner aux Grecs les arts de la . Paix

Pointure à la cire. — Dimension au développement du grand cintre, io'"98; diamètre, 7"'35. — Cat. A. Moreau, pp. 212, 3o8.

L'idée qui a présidé aux décorations du Palais Législatif oH'rc l'intérêt d'une large conception historique, qui se résume par les termes opposés dans les deux hémicycles, représentant, l'un <; le Berceau », l'autre, <i le Tombeau de la civilisation antique ». Ces deux compositions ont été choisies par le peintre avec un art consommé, s'il a voulu prouver la souplesse, la variété et rétendue de son propre talent, intcrprétateur et pittoresque. Le premier hémicycle montre Orphée venant policer les Grecs encore barbares et leur enseigner les arts de la paix. Dans réther d'un ciel elyséen, inondant la nature de clartés ravonnantes. Minerve et Cérès, les chastes divinités, mères de l'Abondance et des Arts, planent d'un légervol sur un groupe de pâtres à demi-nus, de chasseurs ployant sous le gibier, de centaures haletants de leurs courses aux collines prochaines, de femmes, d'enfants, de nymphes encore humides de la molle étreinte des Heuves, d'animaux eux-mêmes qui se pres'sent, avides d'entendre le verbe du chantre inspiré qu'ils couvrent de leurs regards. Ses paroles coulent douces comme le miel sur les lèvres du divin poète, leur chaleur pénétrante gonHe ces cœurs grossiers, leur sève parfumée fait éclore déjà sur le front dur des nomades les jeunes fleurs de l'intelligence. Aux abords de ce groupe, les premiers essais d'agriculture sont tentés, les génisses courbent sous le joug leur nuque docile, et prêtent aux^mains des femmes leur pis gonflé de lait. D'un autre côté, quelques hommes, se répétant les leçons du maître, cherchent à lire, dans les entrailles fumantes des victimes, l'immédiat avenir de la tribu dont Orphée chante la gloire lointaine sur sa Ivre aux accents ineffables. — Voir les n»' 83o, 83 1, 832, 833.

N" 897 : Hémicycle de la Guerre Attila et les barbares foulant aux pieds l'Italie et les Arts

Peinture à la cire. — Dimensions au développement du grand cintre : io'"g8; diamètre : 7"^35. — Cat. A. Moreau, pp. 212, 3o8, 322.

Par flots^ par torrents, par trombes, au galop furieux de leurs chevaux sauvages, aux lueurs des incendies et des e'clairs, les Huns descendent du haut des Alpes, massacrant, pillant, brûlant, poussant devant eux, comme un troupeau, les vieillards, les femmes et les enfants échappés au carnage. Eperdus, les fuyards hâtent le pas vers la mer, qui étend à perte de vue son implacable azur; ils fléchissent sous le poids des dieux domestiques, des débris de l'art, des malades, arrachés aux flèches ou à la hache des envahisseurs. Attila, féroce sur son cheval aux crins incultes, à l'œil curieux, et qui lui-même prend part h la furie de l'action sous le cavalier aux yeux de flamme, — Attila domine toute l'action avec une brutale et superbe violence. Magnifique sous sa peau de loup, c'est la sublime image du roi barbare. Orphée — le calme, les parfums agrestes, la douceur lactée ; Attila — l'ivresse du sang, l'horreur et l'épouvante ! — Le rayon et la foudre! Entre ces motifs, le contraste est tellement grand, qu'une glorieuse coquetterie d'artiste ne me paraît pas étrangère à ce hardi rapprochement; coquetterie légitime, s'il en est, noble ambition, d'ailleurs, que celle qui consiste h se poser à soi-même de tels problêmes, où le cerveau joue un rôle puissant, où la main doit être si ferme et en même temps si souple, qu'elle sache renoncer à ses prestigieux caprices, et suivre, traduire fidèlement les plus fines nuances de la pensée maîtresse. — Voir les n°*' 834, 835. 836, 837. Nous avons omis de dire que la restauration des peintures de la Bibliothèque fut confiée à M. Andrieu, qui l'exécuta avec le plus grand soin.

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N^^'SçS, 899, 900, 901 : Première coupole. La Poésie

Peintures à riiuilc sur toile marouflée. — Dimensions, en diamètre vertical : 2"'2i ; en diamètre horizontal : 2'"qi; en diagonale oblii.]ue : 2'"67. Les côtés, dans Tordre des dimensions, mesurent : i"'82, i'"76, i"'o6,o"'65. — Cat. A. Moreau, pp. 2i3,3o9.

r^— 1" l^remier pendentif. — Alexandre et les poèmes d'Homère. — j^^,('.(c^ - L'hommage rendu par un héros au génie d'un poète. «Alexandre, i^^t^ -^^^ -- '"'CpK après la bataille d'Arbelles, faisant enfermer dans une cassette //'^jT^'^^'ii ■ \ d'or les poèmes d'Homère », inspirera de nouveau Delacroix; il /^'s'iS'"^" '"'^ sujet le motif d'une des voussures de la croisée de la : •^^j^^i'"'' bibliothèque du Luxembourg (voir à l'année 1845). — «Chose l't^f'^ extraordinaire, tant de tableaux, si variés d'aspect, si divers par sh^if les sentiments qu'ils manifestent, par des figures appartenant aux XÎ^'^T^ir races les plus ditférentes et à des époques fort éloignées l'une de vJ^nW l'autre, tant de tableaux ne forment pas, comme on pourrait s'y attendre, une bigarrure. Tous les ensembles séparés ne composent qu'un seul et indissoluble ensemble. L'imagination la plus abondante, la plus fiévreuse qui lut jamais, s'est enchaînée pour se soumettre à un ordre régulier, à une secrète pondération. L'enthousiasme du peintre a été contenu, refréné par la sagesse du pocte recueilli. Rien ne détonne, tout se tient à merveille, et pourtant quel intervalle à franchir entre les pendentifs de la Poésie, et le dernier hémicycle correspondant à celui où les arts de la paix sont apportés h la Grèce, au son de la lyre, par Orphée! « (Ch. Blanc.) — Voir les n"* 838, 839.

2° Deuxième pendentif. — L'Education d'Achille. — « L'Education /^^ï^' -^I^T^^r^^ d'Achille est un des morceaux les plus attachants de cette mngni- '''^0^^^/ Tj^T^x fique décoration, de laquelle on a tant de peine h détacher ses regards. Le centaure Chiron, chargé de l'éducation d'.Vchille, lui ^^xL^'^~^ '-y '^iiseigne à tirer de l'arc et lui montre du doigt la proie qu'il doit ^\ ^^^^t'^l^^ '-^ viser. Le jeune héros, monté en croupe sur le centaure, et vu de NBi^gRaJTx?^!' dos comme lui, lance une flèche et développe dans son action des ^^^^^i^w' formes juvéniles d'une beauté charmante, qui seraient dignes du '^'^''t'resi elles étaient transposées de la peinture dans la statuaire, ^^^^y Je connais et j'ai bien souvent regardé le dessin au crayon fait par Delacroix du centaure Chiron et de son élève, et je puis affirmer que ce dessin est excellent; qu'd est ferme avec souplesse et qu'il est savant sans pédantisme. Bien que dénué de son grand moyen d'expression, qui est la palette, Delacroix nous a prouvé , dans cette première pensée, qu'il n'était pas, comme dessinateur, ce que l'on croit généralement et ce que nous avions cru nous-méme. On voit seulement , en regardant bien l'esquisse dont je parle, que le peintre l'a crayonnée en projetant de plonger ses formes dans l'air ambiant. » — 'Voir les n»* 840, 841, 842', 843, 844, et h l'année i8()2".

3" Troisième pendentif. — Ovide cheî les barbares. — Cette œuvre ilfflv^g^;7 si mélancolique, où la tristesse et toutes les charités de l'exil sont i^^^^"^' ^' noblement exprimées, remet en mémoire les réflexions d'I'aidore <^^^^iWî ^^^ôi^^ dans les Martyrs de Chateaubriand : « Un jour, ayant passé l'Ister •W'^-'i*^* '-j^k^K^^> vers son embouchure et étant un peu écarté de la troupe des chas- ^^^j^R^^ns»^^^^^^^^ seurs, je me trouvai à la vue des flots du Pont-Euxin. Je découvris T^^»^ 'i^ifc**^ un tombeau de pierre, sur lequel croissait un laurier. J'arrachai les ^ra^^^fea^ herbes qui couvraient quelques lettres latines et bientôt je parvins xS^^jfô' à lire ce premier vers des élégies d'un poète infortuné. — Mon livre, vous irez à Rome, et vous irez à Rome sans moi. — Je ne saurais vous peindre ce que j'éprouvai en retrouvant, au fond de ce désert, le tombeau d'Ovide. Quelles tristes réflexions ne tis-je point sur les peines de l'exil, qui étaient les miennes, et sur l'inutilité des talents pour le bonheur! Rome, qui jouit aujourd'hui des

tableaux du plus ingénieux de ses poètes, Rome a vu couler d'un œil sec les larmes d'Ovide. Ah ! moins ingrat que les peuples d'Ausonie, les sauvages habitants des bords de l'Ister se souviennent encore de l'Orphe'e qui parut dans leurs forêts 1 Ils viennent danser autour de ses cendres; ils ont même retenu quelque chose de son langage , tant leur est douce la mémoire de ce Romain qui s'accusait d'être le barbare, parce qu'il n'était pas entendu du Sarmate! » (Charles Blanc.) — Voir les n^^ 845, 846,847 et aux années iSSg, 18G2.

— — 4" Quatrième pendentif. — Hésiode et la Muse. — Ce pendentif j^^^^^=f^-''" -^^L a été reproduit en héliogravure inédite, d'après un dessin de M. A. ' /S^^^fejv, ■'J^i -'^^^ Robaut, dans les dimensions de o™i 2 I sur 0^145. « Quelle distance , /^^-«^^ij^^^N^^ 4^*^, morale entre la Muse d'Hésiode ci\a grande peinture d'Attila qui ferme le cycle de la décoration ! Le poète àesTravaiix et des Jours "--C/0ii^^:'L^^^^^'' est endormi, la tête renversée, sa houlette entre ses jambes; son x^ssS^^^â^^^^ troupeau est épars dans la vallée, au-dessus de lui plane sa Muse, • ''''^-^ÊIMw enveloppée dans une draperie que soulèvent avec grâce les souffles '^^^^^fff de l'air. Le spectateur reçoit ici une sensation de plaisir et de fraîvf^^y cheur, de félicité et de repos. Là, au contraire, toutes les horreurs que peut rendre la peinture par les couleurs exaltées du prisme, sont rendues avec une vibration qui en redouble la violence. » Et Charles Blanc termine sa remarquable étude par ces lignes : « Oui,, on peut le dire avec résolution, il est bien peu d'ouvrages qui fassent plus d'honneur à l'Ecole française que les peintures de Eugène Delacroix, dans la Bibliothèque des députés, au Palais Bourbon, et rien ne pouvait venir plus à propos, au point où en sont notre littérature et notre art, qu'un témoignage de sollicitude, publiquement donné par le bureau de la Chambre, au sujet de ces nobles peintures , dans lesquelles un artiste, dont l'esprit avait des ailes, a su montrer, non pas cette petite vérité, prétendue réelle, qui est la prose, mais cette grande vérité d'au delà, qui est la poésie. » (Charles Blanc.) — Voir les n»' 848, 849, 85o, 85 1.

N°^902, 903, 904, 905 : Deuxième coupole. La Théologie

Peintures à Thuile sur toile marouflée. — Dimensions, en diamc-tre vertical : 2'"2i ; en diamètre horizontal : 2'"9i ; en diagonale oblique : 2™6-. Les côtés, dans Tordre des dimensions, mesurent : i"'82, i'"76, i"'o6, o'"65. — Cat. A. Moreau, pp. 213,309.

■ -"^^^1. '° Premier pendentif. — Adam et Eve. — N'est-ce pas un perpétuel z*^^^^^' '-^^^ emerveillem.ent que de voir avec quelle ingénieuse variété Dela- .-^-''^k croix fait se mouvoir son dessin dans la monotone géométrie de j^^:'é^-^Y/^^'\^^^^ ce cadre baroque des pendentifs sans base^ assis sur une pointe. ^^^"^ ^J^'^'^^^^^^^ Mais la difficulté n'est-elle pas le meilleur éperon des talents généreux? Nous aurons à appeler l'attention du lecteur sur lacom- ^^àar*-y5~^wi^j^ position en forme de T du « Numa et Egérie » au premier pen- ^^^jÉ^^t dentif de la troisième coupole. Dans 1' « Adam et Eve » le maître ^^^^^W superpose trois figures dans une perpendicularité ondoyante en Y^^^^ forme d'S avec la grâce d'un serpent ondulant debout sur sa queue. Je ne voudrais pas affirmer que la pensée de rappeler ainsi l'image du tentateur s'est formulée avec précision dans l'esprit de Delacroix, peut-être sa main a-t-elie exprimé le mouvement d'une inconsciente association d'idées errantes en son cerveau. En tout cas, le rapprochement méritait d'être signalé. Ce qui est également bien digne de remarque, c'est que le peintre ait réussi à remplir, avec cette perpendiculaire, le champ d'une toile en largeur. Le secret de cette victoire n'est autre que celui des magies de sa palette. D'un rayonnement de couleur il emplit et anime l'espace. Posez un tel problème à l'un de ces peintres qui s'attribuent le privilège exclusif d'être des dessinateurs, il est absolument impossible qu'il en sorte à son honneur. — Voir les n"" 852, 853, 854, 855

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2" Deuxième pendentif. — La Captivité à Bahrinne. — Ce pendentif a été f^ravé sur bois en forme hexagonale pour la Galette des Beaux-Arts du i'''' février 1864, dans les dimensions de o"'o85 sur o"Mo2. (x'tte gravure a paru encore dans les Beaux-Arts illustres du 2S août iS-G, et dans les Artistes de mon temps, de CJiarles l^ianc. — a Une famille juive, le père, la mère et un enfant sont assis dans l'attitude de l'abandon et du désespoir, sur les bords de l'Euphrate,;! l'ombre d'un saule auquel est suspendue une harpe {super flumina Babvlonis). Plus loin, une jeune temme, couciièe sur le ventre, jette un regard lixc vers l'horizon lumineux où l'on aperçoit la ville de Sémiramis que dévore le soleil. C'est encore par le jeu des couleurs, par le contraste des complémentaires que le peintre s'est procuré les tons incandescents de la lumière lointaine. Il éveille en nous un sentiment de tristesse par des moyens inattendus, c'est-à-dire en employant les teintes les plus brillantes. Le soleil est beau, la nature est belle, semblent dire les captifs, mais cette nature et ce soleil ne sont pas la nature et le soleil de notre patrie. L'effet est à la fois splcndide et triste; il est mélancolique en pleine lumière ! » (Charles Blanc.) — Voir les n»* 856, 857.

3" Troisième pendentif. — La mort de saint Jean-Baptiste. — « Si les pendentifs des cinq coupoles offrent tous des beautés d'un ordre supérieur, il en est qui sont plus admirables que les autres ou qui ! i A-^.2^'l A -'ttirent plus fortement l'attention : la (Captivité des juifs à Baby- ^^'1 ( %T^Ji JiT^ lone, par exemple, et la mort de saint .lean-Baptiste. Ici, le précurseur gît décapité sur les marches du palais d'IIérode, et une jeune lille, d'une élégance farouche, vient demander la tète coupée du saint que lui livre le bourreau, appuyé sur une épée rouge de sang; le jeu de deux couleurs complémentaires, le jaune et le violet, engendre une aigreur et comme qui dirait une dissonance merveilleusement sauvée. Une draperie que la danseuse a posée sur la rampe de l'escalier vient former, par sa teinte violacée, une opposition vive au jaune sali des murailles de la prison; l'eUét est sniistre. » Ajoutons à ce qu'en dit Charles Blanc, qu'en cette toile l'intensité du ton puissamment montée n'est comparable qu'à l'audace de certains rapprochements de couleurs, le bleu, le blanc et le rouge du costume du bourreau, par exemple, qui sont exactement le bleu, le blanc et le rouge de notre uniforme militaire au temps des buftletcries blanches. Et l'on sait avec quelle unanimité les peintres ont toujours déclaré que cette combinaison tricolore était anti-pittoresque. \'oilà donc la déclaration mise à néant du coup par le pantalon rouge du bourreau. Que de prétendus principes le génie coloriste du maître a mis ainsi et glorieusement à néant! C'est toujours l'histoire des quintes successives reprochées à Beethoven. « Eh bien, moi, je les permets. » — Voir les n"* 858, 85g, 860, 861.

4" Quatrième pendentif. — La Drachme du tribut. — Saint Pierre trouvant dans un poisson la drachme pour payer le tribut, complète par un sujet du Nouveau Testament la série des compositions bibliques personniliant la Théologie. « Sur toutes ces compositions plane le génie d'un incomparable coloriste : le dessin, le choix des formes et des draperies, l'intervention des accessoires, la place que chaque objet devra occuper sur le théâtre du tableau, tout cela est subordonné au triomphe de la couleur. Le peintre se ménage des espaces pour celle qui doit dominer, et il se prépare des prétextes pour les échos qui doivent rappeler le ton dominant. Il obéit, dans la disposition de ses ligures, tantôt à la nécessité de juxtaposer les contraires, tantôt à la convenance de rapprocher les semblables. Mais comme, après tout, la couleur est, chez Delacroix, son instrument favori pour manifester les sentiments qu'il éprouve et ceux qu'il veut nous faire éprouver, il se trouve que les sacritices commandés f>ar la couleur sont amplement rachetés par l'émotion communiquée à l'àme, au moyen de leH'et produit sur les yeux. » (Charles Blanc.) — Voir les n"* 8G2, 863, 864.

906, 907, 908, 909 : Troisième coupole. La Législation

Peintures à Thuile sur toile marouflée. — Dimensions, en diamètre vertical : 2'"2i; en diamètre horizontal : 2"'qi ; en diagonale oblique : 2^67. Les côtés, dans Tordre des dimensions, mesurent :'i'"82, i-^-ô, i-^oô, o'"65. — Cat. A. Moreau,'pp. 2 1 3, Sog.

1° Premier pendentif. — Numa et Egérie. — Ce pendentif a été gravé à l'eau-forte par L. Flameng, dans les dimensions de o'"i46 sur 0^195. — « Les choses et les personnes que l'esprit voit surnager sur la mer des histoires, ont, pour le poète et pour le philosophe, des dates secrètes qui sont tout aussi justes à leur manière que les dates véritables, inscrites dans le calendrier des annalistes. En pensant à la législation antique et aux plus illustres orateurs de la Grèce et de Rome, le peintre s'est rappelé naturellement Numa Pompilius et Lycurgue, Démosthènes et Cicéron. Le législateur de l'ancienne Rome, couché sur la mousse dans un bocage, recueille les paroles de la nymphe Egérie qui a quitté sa grotte et qui a encore un de ses pieds dans l'eau. » Ajoutons à ces quelques paroles de M. Ch. Blanc, qu'il y a, même dans l'œuvre du maître, peu de compositions si hardies, une ligne horizontale sur une verticale, un T. La souplesse du modelé intérieur en ces deux figures est telle qu'elle suffit h masquer la savante rigidité de cette disposition si rare et d'une audace si singulière. — Voir les no^ 865, 866, 867.

2° Deuxième pendentif. — Lycurgue consulte la Pythie. — Lycurgue, voulant consulter la Pythie, s'avance vers elle en tenant une branche de laurier et montrant l'agneau qu'il vient de déposer sur l'autel. A distance comme de près , l'impression est saisissante. On peut répéter du « Lycurgue » ce que Ch. Blanc dit du « Sénèque et du Pline » : « Sans rien savoir encore de la signification du tableau, de la pantomime des figures, de leur rôle, on est prévenu de l'émotion qu'on ressentira, de telle façon que le tableau renversé, la décoration vue à l'envers, produirait déjà l'impression voulue, ou du moins, frapperait sur l'âme les premiers coups, comme font ces préludes qui nous préparent à écouter une mélodie grave ou légère, mélancolique ou superbe, une symphonie funèbre ou un air de bravoure. » — Voir les n^s 868, 869, 870.

3" Troisième pendentif. — Démosthènes harangue les Jlots de la mer. — « Démosthènes, s'exerçant aux luttes de la tribune, se promène sur le rivage de la mer , et il harangue les flots, en faisant le geste d'un tribun qui apostrophe la foule. La figure de l'orateur est encadrée dans un petit golfe formé par deux promontoires qui laissent voir le ciel de l'Attique. Des Athéniens l'observent du haut d'un rocher.» On trouvera un peu plus haut, et aussi à l'année iSSg, les vignettes de variantes où ce très beau motif a été repris et renouvelé par Delacroix avec cette passion du mieux qu'il poursuivait sans relâche et sans fatigue dans les sujets qui avaient une fois fixé sa prédilection. — Dans le dernier pendentif de cette coupole, le maître a représenté Cicéron dénonçant Verrès et montrant au peuple, qui s'agite sous les portiques du Forum, les vases précieux volés par le proconsul. Nous donnons cette indication ici, afin de nous réserver au numéro suivant la place nécessaire pour reproduire les très remarquables observations de Ch. Blanc sur l'ensemble de la deuxième et de la troisième coupole. Elles sont détachées d'une étude sur les peintures de la Bibliothèque du Palais Bourbon, publiée dans le journal le Temps., par Ch. Blanc au moment de la restauration de cet oeuvre. — Voir les n»^ 871, 872, et a l'année iSSg.

4"^ Quatrième pendentif. — Ciceron .icciise Verrùs. — « Tels sont les sujets que représentent les pendentifs de la seconde et de la troisième coupole. A la variété de ces tableaux, correspond une prodigieuse variété dans le coloris. Supérieur, si on le considère seulement comme coloriste, aux grands maîtres qui l'ont précédé, même aux plus illustres, même à Véronèse, même à Rubens, Eugène Delacroix, semblable à un chanteur qui posséderait tous les registres de la voix humaine, monte aux notes les plus aiguës et descend aux notes les plus profondes. Tandis que Rubens demeure toujours lumineux, frais et rose, même lorsqu'il peint les plus horribles scènes, celle, par exemple, des damnés précipités en enfer, Delacroix dispose d'une palette plus riche, plus variée, plus vibrante aussi, plus prestigieuse et surtout plus expressive. — Voiries n»^ 873, 874,875.

N''''9io, 911, 912, 91^ : Quatrième coupole. La Philosophie

Peintures à l'huile sur toile marouflée. — Dimensions, en diamètre vertical : 2"'2i; en diamètre horizontal : 2"'9i; en diagonale oblique : 2"'67. Les côtés mesurent : i'"82, i"'jb, i'"o6, o'"65. — "Cat. A. Moreau, pp. 2i3, 3o8, 309.

1" Premier pendentif. — Hérodote interrof^e les traditions des Mages. — Voulant écrire le récit des guerres médiques, Hérodote entreprit de parcourir les contrées où s'étaient accomplis ces grands événements dont il avait été le témoin. On suppose que l'Egypte fut le premier objet de ses recherches. Quoique ce pays fût presque neuf pour les Grecs et que Hérodote y eût tout h découvrir, il vit tout avec une si merveilleuse perspicacité, le décrivit avec tant d'exactitude, que les efforts de la science moderne n'ont eu d'autre résultat que de constater la justesse de ses observations. Delacroix nous le montre debout, respectueux, plein cependant d'une noble assurance, au seuil du temple de IMemphis, où l'accueillent les prêtres égyptiens, dépositaires des traditions de la civilisation la plus reculée. En cet immense travail de décoration, « où chaque image est une pensée, où chaque figure personnifie un monde», comme le dit excellemment Charles FManc, Delacroix ne s'est pas outre mesure embarrassé de couleur locale, de restitution archaïque. Son génie plane au-dessus de ces douteuses vérités d'archéologue et s'en tient à l'éternelle vérité humaine. — Voir les n"^ 876,877.

2" Deuxième pendentif. — Les bergers clialdéens inventeurs de l'astronomie. — C'est en de telles révélations que se manifeste le génie d'un grand artiste. Sans doute, comme l'a très bien dit Charles Blanc, le seul énoncé d'un tel ensemble, tel que Delacroix se l'est tracé à lui-môme, est « comme un tableau à grandes lignes de l'histoire universelle, un index du grand livre de l'humanité, un abrégé encore plus laconique, mais non moins fier que celui de Bossuet ') ; mais ce qui nous frappe le plus en cette conception, c'est la constante élévation de la pensée. La grandeur morale en cette invention de l'astronomie, le trait de génie, c'est d'avoir allirmé si nettement que la science humaine « l'invention » prenait sa source dans l'admiration des choses créées, dans l'adoration du Créateur. Dans le vaste espace des grands pâturages, dans le recueillement de la nuit, dans l'universel silence, ces pâtres tombent prosternés devant l'admirable spectacle du monde stellaire. Ils adorent, ils savent. « Os homini sublime dédit, cœlumque tueri jussit. » C'est une incomparable réalisation pittoresque des paroles du poète latin. — \'oir les n"' 878, 879, 880, 881.

artères, la daiit faire défaite de

3" Troisième pendentif. — Sénèqite se fait ouvrir les veines. — Etrange différence des hommes et des temps ! Deux princes sont élevés par deux philosophes, Alexandre par Aristote, Néron par Sénèque. Le prince grec reste l'ami de son précepteur, s'intéresse toujours à ses travaux, les encourage, les facilite ; le prince romain impose maintes bassesses au sien, en fait un très misérable courtisan, et, après l'avoir autant que possible avili, lui envoie l'ordre de mourir. Sénèque, aussi rhéteur, quoique philosophe, que son homonyme « le rhéteur », dicte avant de mourir un pompeux discours à ses secrétaires, puis en stoïcien, tend son bras à l'esclave qui va lui ouvrir les veines. A mesure que le sang s'écoule de ses sérénité, semble-t-il, rentre en son âme, dont les défaillances ne peuvent cepenoublier les mouvements généreux. Il est vieux, veut mourir debout, craint la la chair, et £i cet effet se fait soutenir. — Voir les no« 882, 883, 884, 885, 886.

4" Quatrième pendentif. — Socrate et son démon. — Ce motif a inspiré à Charles Blanc une de ses meilleures pages : « La tranquille méditation du philosophe, le calme qui règne dans son esprit sont exprimés, comme ils le seraient chez Rembrandt, par une peinture en quelque sorte silencieuse. L'artiste nous a transportés au bord de l'Ilissus, au milieu d'un bocage plein de mystère, sous les ombrages où le maître se plaisait à disputer avec Phèdre sur l'essence du beau. Socrate est enveloppé d'une robe, dont le ton rouge est grandement rompu par les ombres transparentes et multipliées que forme la souplesse des plis. A ne voir que son masque écrasé, fauncsque et vulgaire, cette figure de Socrate serait sans mtérêt, sans dignité aucune, sans noblesse ; mais le peintre l'a représenté accompagné de son génie, et, comme la peinture est un art qui doit donner un corps à toutes ses conceptions, il est personnifié, ce génie, entourant d'une auréole de lumière le front du philosophe, dont il semble faire éclore les pensées, comme un oiseau divin, sous la protection de ses ailes étendues. La douce lumière qui émane de cet ange encore païen est une lumière surnaturelle, purement idéale et qui vient de l'esprit, car le bocage est fermé aux rayons du soleil, le mystère en creuse les ombres et les tranquillise. Cependant le tableau conserve une intensité sourde par le contraste d'une masse verdoyante avec la robe rouge de Socrate. — Voir le n" 887.

N°''9i4, 915, 916, 917 : Cinquième coupole. Les Sciences

Peintures à l'huile sur toile marouflée. — Dimensions, en diamètre vertical : 2"^2i; en diamètre horizontal : 2'"9i; en diagonale oblieiue : ■i'^6-j. — Les côtés mesurent : i™82, l'^/ô, i"'o6, o'"65. — Cat. A. Moreau, p. 212.

1" Premier pendentif. — Mort de Pline l'Ancien. — Pline l'Ancien étudie l'éruption du Vésuve sous une pluie de cendres et dicte ses observations à son secrétaire, pendant qu'un esclave accourt effaré et leur annonce le désastre. — La surface des pendentifs présente la configuration la plus ingrate, celle d'un hexagone irrégulier, plus large que haut, posé comme un écu sur la pointe, et circonscrit en partie par des lignes courbes, n Incarcéré dans cette inexorable géométrie — a dit Charles Blanc — le peintre n'en a pas moins développé une à une les phases de son poème historique en se conformant aux divisions de l'architecture. Pour concevoir une ation, il fallait un esprit très élevé, très orné, une vaste compréhension de la civilisation antique, un sentiment original de toutes les légendes, un poète^

pareille l'histoire

dccor et de

1844 lœuv'kl: 1)1-; Delacroix -z'm)

et pour ilonncrà cet ensemble tant de dii;nité, tant de tenue et tuut l'eelat dont il resplendit, il fallait un virtuose profondément instruit des lois de la couleur, initie à tous les secrets de son art. il fallait un peintre supérieur, un coloriste de la plus haute volée. » Et certes, Eugène Delacroix réunissait tous les dons heureux et toutes les savantes acquisitions ouc' signale Charles Blanc. — Voir le n" 888.

~" Deuxième pendentif. — Arislote décrit les animaux que lui / f::'*'^- t,^ ^/n'o/V Alexandre. — Assis sur un siège élevé, le philosophe grec uW^Vi .fi ' ^^^^ étudie et décrit les animaux inconnus'qu'Alcxandrc lui envoie des 'i^t ' ''iS^/^''''^?^£k ''''^'^ 'î"''' P'^rcourt en conquérant. Un esclave lui présente, '^^^'''^^mïîlî^S^^^ ' t P''^'" cornes, un bouc qui se cabre, un autre esclave ^^"î^^^il^l^ iipporte dans ses bras une gazelle; derrière eux, casque en tète, attend un officier, le chef de la mission, qui lui aura apporté "^ik^i^^ quelque message de son royal élève. A la droite d'Aristote, un bucrane est accroché au mur, et au-dessous se voient de grands N^S^ feuillages exotiques. — Nous continuerons à emprunter, lorsqu'il y aura lieu, au très remarquable article de Ch. Blanc, publié dans le journal le Temps (6 mai 1S81), lès réflexions que lui inspire la décoration de la bibliothèque de la Chambre des députés, dont il a eu le courage, malheureusement tardif, de dire que «il n'a rien été fait dans l'Ecole française de plus magnifique en peinture murale. » Ea conversion de l'auteur de VHistoire des peintres et de la Grammaire des Arts du dessin au génie de Delacroix a été longtemps arrêtée par son culte pour l'art pur académique. — Voir "les n»» 88y et 890.

/-.^ ^ 3'^ Troisième pendentif. — Hippocrale refuse les présents du roi ifeV V J^' '^ X Perse. — Les satrapes envoyés par Artaxercès ofTrent au /■^""'--(a^- médecin de Cos des vases précieux et des coffres d'or pour le /"(^fÛ^M^lÊ^^^^K Ji-'terminer à venir en Perse pour y faire cesser une peste qui la ^y^^^^wir^P^^^h '"'^^'''"f^'-'- •iippocratc refuse avec dédain ces présents, ne voulant ^^^^^t^'^i^J^^^^^^ porter des secours aux ennemis de sa patrie. — La simla'^^^^y^ plicité, la réalité, j'ai presque dit le « réalisme » du geste dans les ^Ê^^W^^ figures de Delacroix est pour nous une source toujours nouvelle ^^M/^KW d'étonnement et d'admiration. Nul n'a eu un sentiment plus haut yj^^^ des personnages historiques et ne les a mis en scène avec plus de "^"^ . vraie noblesse ; nul cependant n'est arrivé a de tels résultats par des moyens d'observation plus exacts, plus près de la vie commune. L'Aristote que nous venons de voir, par exemple, est posé dans l'attitude toute naturelle d'un expert à qui l'on présente des tableaux pour les inventorier. Ici le geste du refus est le plus ordinaire, c'est-à-dire le plus naturel aussi qu'on puisse imaginer. C'est par cette simplicité même qu'il réalise l'expression la plus auguste. — Voir le n" 891.

p^^~^^^^-^ 4" Quatrième pendentif. — Arcliimùde tué par le soldat. — Quand ÈÊSÊ^^^/^\ ''^^ Romains prirent Syracuse après un siège de trois ans^ leur ^^wBj^ÊUi9^ù\ général, Marcellus, pénétré d'admiration pour le génie d'Archi- ^^ÊUÊ^WK^^^K ^^'^^^^ ordonne qu'on l'épargnât ; cependant 'il f^ut tué par ^^wBMwvM^^^^ un soldat qui lui avait ordonné de le suivre et auquel il ne se ^^Ê^ni^^lSt^Ê^ pressait pas d'obéir. Sourd aux bruits du dehors, absorbe dans sa méditation, l'illustre géomètre poursuit la solution de quelqu'un ^mS^L^B^^ ces terribles problèmes qui ont permis de prolonger si longtemps yÊSS^W résistance de cette ville, comme d'enlever les vaisseau.x de la ^^^^/ Hoitc a l'aide de puissants leviers armés de crampons, et de les briser contre des rochers ou de les brûler à l'aide de miroirs ardents. — Ce que nous disions tout à l'heure du réalisme du geste dans les figures composées par Eugène Delacroix se vérifie ici de nouveau. Tous les artistes originaux procèdent de même. J'étais en compagnie du statuaire Carpeaux, quand il fit sur un carnet de poche un croquis d'après un ouvrier maçon couche sur un banc du boulevard de Courcelles: il me dit : « Ce sera une des figures du pavillon de Flore. » C'est en effet celle de l'homme au bœuf. — Voir une variante à l'année 1854.

Année 1846

N° 918 : La Sibylle au rameau d'or

Toile. — H. i'"90, L. i'"3o. — Signé, non daté. — Salon de 1845. — Exposition universelle de i855. —- N° 60 de la Vente posthume: 3, 35o fr. à M. Haro. — Cat. A. Moreau, pp. 180, 3 12.

« La pensée de gloire qui rayonnait dans le cerveau de Delacroix à l'aube de sa vie », a dit en termes excellents M. Philippe Burty, « fut traduite par lui en peintre, plus de vingt-cinq ans après. Il envoya au Salon de 1845 : « la Sibylle montrant, au sommet de la forêt ténébreuse, le rameau d'or, conquête des grands cœurs et' des favoris des dieux. » Cette Sibylle (elle ne trouva un acquéreur qu'à la vente posthume de l'atelier! ) avait les yeux ardents, la bouche hautaine, le geste noble, la souple allure de mademoiselle Rachel, que Delacroix admirait passionnément, » et — pouvons-nous ajouter — qui venait souvent alors dans son atelier. Le poète Ch. Baudelaire, bien jeune encore, disait du même tableau, en son « Salon de 1845 »: « C'est d'une belle et originale couleur. — La tète rappelle un peu l'indécision charmante des dessins sur Hamlet. — Comme modelé et comme pose, c'est incomparable ; l'épaule nue vaut un Corrège. »

N° 919 : Gœtz de Berlichingen écrivant ses mémoires

Toile. — H. o'"27, L. o'"20. — Voir la lithographie et la gravure sur bois, à Tannée i836 et à l'année 1843. — Cat. A. Moreau, pp. 35, 76.

N° 920 : Madeleine en prière

rrrrr^r^-,-- -.,^^,^ Toîlc. — H. o"^3i, L. o"'23. — Voir la tête d'étude n° 921. — Appartient à M. Alexandre Dumas. — Non catalogué parM. Moreau.

Nous allons citer quelques mots de Baudelaire au sujet de la tête de la Madeleine. « Elle est peinte «, ajoute-t-il, « presque par hachures, comme beaucoup de peintures de M. Delacroix; les tons, loin d'être éclatants ou intenses, sont très doux et très modérés; l'aspect est presque gris, mais d'une harmonie parfaite. Ce tableau démontre une vérité soupçonnée depuis longtemps et plus claire encore dans un autre tableau dont nous parlerons tout à l'heure (le Marc-Aurèle), c'est que M. Delacroix est plus fort que jamais, et dans une voie sans cesse renaissante, c'est-à-dire qu'il est plus harmoniste que jamais. « Dans un paragraphe d'introduction, Baudelaire disait encore : « M. Delacroix est décidément le peintre le plus original des temps anciens et des temps modernes... Il restera toujours un peu contesté, juste autant qu'il faut pour ajouter quelques éclairs à son auréole. Et tant mieux ! Il a le droit d'être toujours jeune, car il ne nous a pas trompés, lui, il ne nous a pas menti comme quelques idoles mgrates que nous avons portées dans nos panthéons. »

92 I : La Madeleine dans le désert

Toile. — Salon de 1845. — Exposition universelle de i855. — Cat. A. Moreau, p. 17c). C'est une tète de femme de grandeur nature, rcnverse'e dans un cadre très étroit.' A droite, dans le haut, un pan de ciel bleu. Les yeux de la Madeleine sont fermés, la bouche est noble et ianguissanto, les cheveux épars. Delacroix y attachait quelque importance, puisqu'il l'envoyait à l'Exposition universelle de i853 après l'avoir déjà tait figurer au Salon de 1845. « Nul, à moins de la voir, dit Baudelaire, ne peut imaginer ce que Tartiste a mis de poésie intime, mystérieuse et romantique dans cette simple tète. »

N"'922 : Christine à Fontainebleau

Toile. — Dimensions inconnues. — Gravé à Teau-tortepar Frédéric Villot, dans les dimensions de : H. o"'i92, L. o"'242. — Avait appartenu à Alexandre Dumas. — Ca't. A. Moreau, p. 87.

La scène est empruntée au célèbre drame en vers qu'Alexandre Dumas fit représenter à l'Odéon en i83o sous le titre : « Stockholm, Fontainebleau et Rome, ou Christine de Suède » après le succès éclatant de « Henri III et sa cour », joué l'année précédente au Théâtre-Français. La reine couchée et dont le visage est fortement éclairé par la lumière placée à la tète de son lit, se soulève vivement en entendant les pas du moine qui s'approche en courant. Nous ne savons pas si c'est h la sollicitation de Dumas que Delacroix fit ce tableau, mais ccla>fle paraît pas impossible quand on se reporte à la lettre que l'artiste écrivit au romancier vers 1840 et où il s'excuse d'avoir vainement tenté de faire une vignette pour un de ses livres. « Mettez-moi à l'épreuve », ajoute-t-il, • (i pour un des produits de mon industrie..., et ne m'en croyez pas moins bien votre ami pour les objets de grande dimension. « — Nous ne savons ce qu'est devenu ce tableau.

N° 92} : Marc-Aurèle mourant. — Esquisse

Toile. — H. o"'26, L. o'"32. — N° 59 de la Vente posthume: 1,000 fr. à M. Porzio. — Non catalogué par M. Moreau.

N° 924 : Marc-Aurèle mourant

Toile. — H. 3"'oo, L. 3'^70. — Salon de 1845. — Exposition universelle de i855. — Gravé sur bois pour V Illustration dans les dimensions de : H. o'^iB/, L. o'"202. — Appartient au musée de Lyon. — Cat. A. Moreau, pp. 180, 204.

La ville de Lyon acheta ce tableau ii Delacroix en i858 seulement, et le paya 4,000 francs. — Voici l'argument fourni par le livret : « L'empereur recommande la jeunesse de son fils il quelques amis philosophes et sto'iciens comme lui... » — « Tableau splendidc, magnifique, sublime, incompris ! 1) s'ccrie Baudelaire. — Les n»' 925, 926, présentent la même composition.

N" 925 : Marc-Aurèle mourant

Dessin à la mine de plomb. — H. o™220, L. 0^290. — Lithographié à la plume par A. Robaut, dans les dimensions de : H. o'^oqS, L. o'"i25. — Vente posthume, n° 346 bis. — Vente Constant Dutilleux : 180 fr. à M. Détriment. — Non catalogué par M. Moreau.

N*" 926 : Marc-Aurèle mourant

Dessin à la mine de plomb. — H. o"'22, L. o™2g. — Partie du n" 346 de la Vente posthume : 60 fr. à M. Arosa. — Reproduit en fac-similé par A. Robaut dans les mêmes dimensions. — A appartenu à feu G. Arosa, qui Ta reproduit en phototypie. — Cat. A. Moreau, pp. i 36, 296.

Delacroix travaillait alors à la décoration de la bibliothèque du Luxembourg. Il avait donc l'esprit très occupé du monde antique. Marc-Aurèle est un des personnages illustres qui figurent dans cette décoration. 11 y a lieu de penser que l'artiste avait primitivement choisi à cet effet le sujet qui nous arrête en ce moment, puis il y aura renoncé et l'aura exécuté sous forme de tableau.

N''927 : Le sultan du Maroc entouré de sa garde

Toile. — H. 3'"77, L. 3'"40. — Signé à gauche en bas et daté 1845. — Salon de 1845.- — -Voir dessins et variante aux années 1 844 et 1 862. — Au musée de Toulouse. — Cat. A. Moreau, pp. 78, i36, 201.

Ce tableau fut acheté par l'État pour le prix de 4,000 francs et donné au musée de Toulouse. — L'effet du parasol vert sur le bleu du ciel est une des notes de couleur les plus audacieuses qu'un peintre ait jamais tentées. Voyons ce qu'en dit Baudelaire : « Voilà le tableau dont nous voulions parler tout à l'heure quand nous affirmions que M. Delacroix avait progressé dans la science de l'harmonie. — En effet, déploya-t-on jamais, en aucun temps, une pareille coquetterie musicale ? Véronèse fut-il jamais plus féerique? Vit-on jamais chanter sur une toile de plus capricieuses mélodies ? Un plus prodigieux accord de tons nouveaux, inconnus, délicats, charmants? Nous en appelons à la bonne foi de quiconque connaît son vieux Louvre; — qu'on cite un tableau de grand coloriste, où la couleur ait autant d'esprit que dans celui de M. Delacroix. — Nous savons que nous serons compris d'un petit nombre, mais cela nous suffit. — Ce tableau est si harmonieux, malgré la splendeur des tons, qu'il en est gris, gris comme la nature — gris comme l'atmosphère de l'été, quand le soleil étend comme un crépuscule de poussière tremblante sur chaque objet. — Aussi, ne l'aperçoit-on pas du premier coup ; ses voisins l'assomment. — La composition est excellente; — elle a quelque chose d'inattendu

parce qu'elle est vraie et naturelle P. S. On dit qu'il y a des éloges qui compromettent,

et que mieux vaut un sage ennemi..., etc. Nous ne croyons pas, nous, qu'on puisse compromettre le génie en l'expliquant. »

l.'ŒUVRi: DEI.ACROIX

N"^928, 929, 930, 9} 1,932, 95 ^,934,95)', 9)6: Sultan du Maroc

„ NcLii croquis à la plume rS^^ et au crayon. — Réunis en rM- un lotàla Vente posthume, l)) — Appartiennent à M. .\.

Kobaut. — Non catalogués ■ par M. Morcau.

Nous reproduisons trois de ccs croquis, qui ont été faits en vue du grand tableau du musée de Toulouse. En ces premières recherches, Delacroix disposait le sujet en larcjcur et espaçait davantage la composition. — Dans la seconde de nos trois vignettes il est facile de reconnaître le consul de France, qu'unj interprète présente au sultan Muley-abd-er-Rahman.

N°''937, 938 : Le consul de France au Maroc

reur. Il

i" Croquis rehaussé d'aquarelle. — H. o'"2i, L. o"'o6. — Vente posthume. — Appartient à M. Armand Dumarcscq. — Non catalogué par M. Morcau.

2° Dessin à la mine de plomb. — Vente posthume. — Appartient à M. A. Robaut. — Non catalogué par M. Moreau.

Le premier de ces dessins est une recherche d'attitude pour la figure de M. de Mornay; il est debout, revêtu de l'uniforme ofliciel, le chapeau sous le bras et ' l portant un sabre arabe en guise d'épée. C'est ainsi qu'on le voit dans un croquis 'r de l'article précédent. — Le second dessin est le portrait du consul. Delacroix avait l'intention de mettre en scène la présentation de ce dernier à l'empey renonça, et fit, du tableau de Toulouse, une œuvre purement pittoresque.

Les adieux de Roméo et de Juliette

I" Toile. — H. o'"62, L. o'"49. — Signé à gauche et daté 1845. — Salon de 1846.

— Exposition universelle de i855. — Appartient à madame Gabriel Dclessert.

— Cat. A. Moreau, pp. 181, 191.

2" Croquis à la sépia. — In-octavo. — Etude pour le numéro précédent. — Vente Riesener. — Non catalogué par M. Moreau.

« Roméo et Juliette, sur le balcon, dans les froides clartés du matin, se tiennent religieusement embrassés par le milieu du corps. Dans cette étreinte violente de l'adieu, Juliette, les mains posées sur les épaules de son amant, rejette la téte en arrière, comme pour respirer, ou par un mouvement d'orgueil et de passion joyeuse... Les vapeurs violacées du crépuscule enveloppent cette scène. » (Th. Gautier.)

N"" 941 : Hercule

Lithographie. — H. o"'i37, L. o"'090. — Sans trait carré. — Sans lettre ni signature. — Vente posthume : 5 fr. — Cat. A. Moreau, p. 34.

Evidemment Delacroix n'aura fait cette étude qu'en songeant au personnage de Commode pour son Marc-Aurèle mourant. Il voulait se rendre familières les formes massives de l'hercule romain au moment de peindre le César delà décadence. Parlant du nMarc-Aurèle» Théophile Gautier avait donc exactement pénétré la pensée de Eugène Delacroix : « L'empereur, dit-il, est couché sur son lit de mort, grave, tranquille comme un chrétien ■qui a bien vécu, entouré de ses amis, dont les rudes visages ne laissent pas transparaître la douleur. Le jeune Commode écoute d'un air ennuyé et contraint les austères conseils de son père. Il a le front bas, les joues carrées, un cou de taureau, une poitrine à vastes méplats, et fait déjà pressentir le belluaire, le gladiateur, l'infâme débauché, le fou furieux qu'il sera sous la conduite de Perennis et de Cléandre. «

N° 942 : Odalisque

Toile. — H. o"'32, L. o"'40. — Salon de 1847. — Lithographié par Debacq, dans les dimensions de: H. o'"i54, L. o"'i88.

— Lithographié par Anastasi (essai inédit). — Appartient à M. Dreux. — Cat. A. Moreau, pp. i25, 182.

La femme que nous qualifions Odalisque — sans autre raison que de maintenir le titre donné par l'euphémisme du maître à ce tableau

— est couchée sur un lit recouvert d'une peau de tigre. Le corps est entièrement nu, elle est accoudée sur un coussin. La tête repose

sur la main gauche. La main droite tient un coffret d'où s'échappe un collier de perles. A la tête du lit il y a un tabouret portant un verre et une carafe. Au-dessus, un rideau levé laisse voir une serviette posée sur une tablette. Va pour Odalisque.

Il a passé une copie de ce tableau à la vente Martin-Coster, en mai 1880. Elle est signée au bas, à droite, du nom du maître, et n'est pas de sa main. Elle mesure : H. o'"25, L. o"'40.

N°943 : Hamlet devant le corps de Polonius

à deux pas le roi. A la

Toile. — H. o'"58, L. o'"48. — Signé à droite, non daté. — Exposition d'Alsace-Lorraine, juillet 1874. — Photographié par Braun. — Voir la lithographie originale à l'année 1834. — Vente Edwards, 7 mai 1870 : 16,700 fr. à M. G. de Candamo; vente Carlin, 29 avril 1872 : 17,000 fr. à M. Febvre. — ■ Appartient à M. Fanien. — Cat. A. Moreau, p. i52.

Delacroix était pénétré de « la nécessité qu'il y a à mûrir une idée et à la retourner de plusieurs manières. » (Ces mots sont de lui.) Ce tableau est un précieux exemple de retour sur l'œuvre de premier jet. On se rappelle que la scène de violence entre Hamlet et sa mère se passe du cadavre de Polonius, qu'il a frappé au travers de la tapisserie, croyant frapper fin de la scène, la reine s'enfuit. Resté seul en proie h une surexcitation nerveuse

i^4'^ i.(KUVRK dl: dklacroix

poussée au (.ieniier degré, Hamlet soulève la tapisserie et jette à la dépouille du vieux fou, tué par méprise, une dernière injure. Dans un des croquis que nous avons reproduits, Hamlet, debout en face du cadavre, regarde sa victime avec une sorte d'étonnement mêlé de rcmf)rds. Avec quelle allure de triomphe, au contraire, avec quel sourire et quel écrasant dédain, Hamlet ici soutient la tenture, le poing haut, et laisse tomber sur cette guenille de vi'eillard, qu'il pousse du pied, son regard à dcmi-égaré et ces paroles méprisantes : <■ Vraiment, ce conseiller est maintenant bien tranquille, liien discret, bien grave, lui qui, vivant, était un drôle si niais et si bavard ».

Montagnards des Eaux-Bonnes

1" CnK|uis à la mine do plomb. ■ — H. ()'"3(), L. ()'"2().

— Vente posthume. — Non catalogue par M. Moreau. 2" Croquis à la mine de plomb. — H. ()'"3i, L. o"'iq.

— - Vente posthume. — Non catalogué par M. Morcau.

Au mois de juillet 1S45, Delacroix alla passer une courte saison aux Eaux-lîonnes, dans les Pyrénées, où il se rencontra avec Paul Huet et Camille Roqueplan. Dans ses lettres, il se plaint amèrement des bals, des raouts, des pianos, des élégants, des conversations oiseuses. Il écrit à F. Villot : « Ce qui vaut mieux que les haliitants étrangers, ce sont les naturels, hommes et femmes, dont le costume est charmant, les femmes surtout. Le pays est magnifique. C'est la montagne dans toute sa majesté. Il y a vraiment h chaque pas, à chaque détour de sentier, des sites ravissants ; ayez avec cela les pieds d'une chèvre pour escalader les montées, et vous avez la jouissance complète du pavs. Je vous garde le plus intéressant pour le dernier. Je veux parler de (joya. Je m'étais muni à Paris de renseignements et de lettres de M. Dauzats pour différentes personnes à ce sujet. J'ai perdu en route un carton où il y avait des dessins, ces lettres et vos renseignements. C'est ce que je regrette le plus. » {Lettres de E. Delacroix^ édition Burty.]

N" 946 : Lessiveuses des Pyrénées

Croquis à l'aquarelle. — In-quarto, catalogué par M. Morcau.

Vente Fortict.

Non

Le 26 juillet, Delacroix écrit a M. Pierrct : « C'est de la montagne pour tout de bon, et quoique je n'aie pas vu les parties les plus remarquables, je m'en tiens satisfait. Le costume des indigènes est aussi très joli : celui des femmes est plein de caractère et très inspirateur. On n'entend de tous côtés que chutes d'eau qui vous font croire qu'il pleut à chaque instant...» La veille, il écrivait à M. Riesencr : «Jusqu'ici je n'ai fait que me promener sur les routes, excepté quatre ou cinq jours que j'ai passés avec mon frère, qui a loué une petite campagne sur les bords de la mer, près Bordeaux, et je ne suis pas du tout remis de cette fatigue. La nature est ici très belle; on est jusqu'au cou dans les montagnes et les effets en sont magnifiques. Ce qui m'a plus étonné encore que leur beauté, c'est l'indifférence avec laquelle tout le monde les regarde, y compris les artistes, y compris Roqueplan et Huet, que j'ai trouvés tous deux ici : le premier va très bien, le second n'a pas pu se faire aux eaux et les a suspendues. » [Lettres, édition Burty.)

N*'^ 947, 948 : Lions de La Fontaine

1° Le Lion malade et le Renard. — Dessin à la plume. — In-octavo.

— Collection de M. Feuillet de Couches. — Exposition d'Alsace- Lorraine , 1874. — Non catalogué par M. M oreau. 2*^ Le Lion et le Moucheron. — Dessin à la plume. — In-octavo.

— Appartient à M. Feuillet de Conches. — Non catalogué par M. M oreau.

Il faut avoir très présent à l'esprit le sujet de ces deux fables de La Fonirj taine pour le retrouver au moins dans le premier dessin, « le Lion malade '■f^ et le Renard », où le renard est bien peu visible. Mais, si comme l'imagine " ^ ~ M. Feuillet de Conches, tel est, en effet, le motif du dessin, il en faut con-

clure que Delacroix n'y a vu qu'un prétexte à mettre en mouvement ses animaux favoris.

N"'' 949, 9^0 : Croquis divers

Non catalogué

i" Croquis à la plume. — In-folio. — Reproduit en fac-similé phototypographique pour le journal L'Art, n" du 14 novembre 1875, dans les dimensions de : H. o"M92, L. o"'290. — Non catalogué par M. Morcau.

2" « II Pensiero. » — Croquis à la plume. — H. o'"i 10, L. o'^iO/. — Gravé sur bois par Froment pour le journaWArt, n°du i4novembre 1875, dansles mêmes dimenpar M. IVIoreau.

M. Philippe Burty ; elles sont chargées de

sions. — iivji. ^..luiv^g, Ces deux feuilles de croquis appartiennent à

notes manuscrites et de pensées du maître. Leur publication dans l'Art accompagnait un très intéressant article de M. Maurice Tourneux, intitulé : « Prosper Mérimée, ami de Delacroix, ses dessins et ses aquarelles. »

N° 9p : Deux Indiens lowais

rieuse, nées de

Croquis à la mine de plomb. — H. o'"26, L. o'"i7. — On lit au bas : « Odi ji be wais. » En haut : « Donné à Jenny Le Guillou. Eugène Delacroix. » — Non catalogué par M. Moreau.

Eugène Delacroix avait un plaisir extrême à voir les Indiens lowais amenés à Paris par Catlin en 1845, et il faisait, d'après ces sauvages, des croquis de souvenir au lavis, au crayon et à la plume. La plupart de ces naïves images sont enlevées au pinceau d'aquarelle. Il comparait quelquesuns de ces sauvages aux sculptures antiques. % Le chef brandissant sa lance, c'est Ajax déhant les dieux. Dans la danse du scalp, les femmes sautent sur les orteils avec une allure si noble, si mystéen tenant la lance avec le scalp au bout, qu'elles rappellent les vierges des Panathé- Phidias. (Souvenirs de M. de Planet.)

L'CEUVRK DE DELACROIX

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