Troisième Tête orientale
Le personnage porte une grande barbe, il est vu de profil et tourné vers la droite. Son turban est formé d’une étoffe brodée dont les bouts retombent sur le dos; une plume
est attachée sur le devant. Au haut de la planche, vers la gauche : Rembrandt Gere-
tuck, TIvvh Ses
K , puis un zigzag, 1635 (le G et le c sont à rebours).
Hauteur, 0,158;
BARTSCH, 288. — CLAUSSIN, 285. — WILSON, 290. — CH. BLANC, 289. — MIDDLETON, 124.
Pièce fort rare.
Cabinet des estampes de Paris, Amsterdam, British Museum, Oxford, Vienne.
Verstolk, 94 fr. 50 c.
( DNS Vo Dan T
1e) On connaît une copie du même sens, par Basan, mais avec beaucoup de changements; le soi-disant mot Venetiis n’est pas éc
rit de la même manière. L'ombre dans le coin du bas, à gauche, montre dans la copie des diagonales tirées de gauche à droite, tandis que dans l'original ces diagonales sont tirées de droite à gauche. Cette copie est mentionnée par Bartsch.
Le mot si extraordinaire qu’on lit sur ces trois pièces, et qu’on croyait être Venetiis, a dû 3 »
nécessairement exciter l’attention des curieux. On avait cru d’abord que Rembrandt, en 1635, avait fait un court séjour à Venise; mais cette hypothèse a été vite abandonnée, et depuis longtemps
on avait renoncé à chercher le mot de cette énigme, lorsque M. Ch. Blanc a cru devoir lire le mot Rhenetus signifiant avec le nom : Rembrandt van Rijn. Mais cette nouvelle conjecture n’a pas eu plus de succès que la première. M. Vosmaer a donné une tout autre interprétation : il lit gere-
tuckerdt, mot hollandais qui veut dire retouché. Ce mot, quenous reg
ardons comme très probable,
ne se comprendrait pas plus que les précédents si l’on ne devait pas examiner comment ces trois estampes ont été composées.
Il se trouve que Lievens en a exécuté trois autres à peu près semblables, et on en a conclu naturellement qu’elles étaient les copies des Trois Tôêles orientales que nous venons de décrire.
Aujourd’hui, l’opinion a un peu varié; quelques personnes pensent que s’il y a eu un imitateur ou un copiste, ce n’était point Lievens. L'interprétation du mot énigmatique due à M. Vosmaer semblerait donner un point d'appui à cette nouvelle opinion; mais alors, si Lievens n’est pas le copiste, on est réduit à des hypothèses.
D'abord Lievens s'est-il trouvé à Amsterdam en 1635, et, travaillant dans l’atelier de Rembrandt,
a-t-il exécuté ces trois pièces concurremment avec ce maître d’après le même modèle, et le mot
mystérieux qu'on lit sur les estampes de Rembrandt tient-il à quelque fait particulier que nous ne
connaissons pas? On peut croire que les trois estampes ont été gravées d'après un modèle unique, mais ensuite il faut pouvoir apporter quelque preuve de la présence de Lievens à Amsterdam, ce que rien n’est venu confirmer; il passe même pour avoir, à cette époque, exécuté des tableaux d'église pour des villes voisines d'Anvers.
Cette hypothèse écartée, dirä-t-on que Rembrandt a regravé les trois pièces pour montrer à Lievens comment il aurait dù les traiter. Rembrandt était un homme trop sérieux pour avoir voulu donner une leçon à un ancien condisciple d’un talent si incontestable. D'ailleurs cela ne s’accorderait guère avec le mot geretuckerdt qui signifie re/ouché.
Faut-il soutenir encore que Rembrandt a fait la retouche sur les planches mêmes de Lievens, mais il faudrait qu’il eût pu se les procurer toutes les trois, et pour qu’il y ait eu une retouche, une impossibilité se présente; sur trois planches, une d’abord, la #rorsième Tête ortentale, est en sens contraire, et, pour la deuxième, il y a deux pièces différentes de Lievens, une d’un sens, l’autre de l'autre; laquelle des deux est celle que Rembrandt a retouchée? Dans tous les cas il y en a au moins une qu'il n'aurait pas pu retoucher, mais qu'il aurait dû regraver complètement du sens opposé.
C'eût été un nouveau travail, et non pas une retouche.
Doit-on admettre, enfin, que les élèves de Rembrandt se soient es sur les trois pièces
de Lievens, et que le maître les ait terminées, puis qu'à cette occasion il ait écrit geretuchkerdt, retouché, pour leur montrer comment ils devaient traiter ces estampes, et en même temps pour faire voir à Lievens qu’il n'avait pas eu l'intention de s’approprier son œuvre? Cette explication,
que nous sommes le premier à présenter, nous paraît la plus admissible de toutes.