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III

Recherches sur la nature de l'empoisonnement par la saumure.

II y a dix-sept ans que l’un des membres de cette Académie, M. Reynal, vint lire un mémoire qui avait pour but de prouver que la saumure est un poison violent pour un grand nombre d’animaux.

Le fait qui avait appelé l’attention de notre distingué collègue sur cette question fut l’observation de la mort de huit jeunes porcs qui avaient pris de la saumure avec leurs ali ments. L’annonce de ce fait amena la révélation d’un assez grand nombre de cas d’empoisonnements semblables observés dans plusieurs pays.

Pour élucider cette question toute nouvelle, M. Reynal se livra à diverses investigations expérimentales qui confirmèrent la réalité de l’empoisonnement des animaux par la saumure, mais qui ne donnèrent aucune notion sur le principe toxique de ce liquide. Cette question, insoluble sons ce dernier rapport, fut délaissée, et personne, queje sache, n’en parla plus jusque aujourd’hui.

Peu de médecins sans doute se rappellent les faits publiés il y a dix- sept ans ; je vais donc les énumérer rapidement. Voici d’abord les observations :

1° Dans le mémoire cité, M. Reynal constate que huit jeunes porcs sont morts à la suite d’une ingestion de saumure mêlée avec leurs aliments;

2° M. Adams, vétérinaire à Augsbourg, vit périr par la même cause douze porcs en 1851, treize en 1885; puis il vit se renouveler le même accident trois fois encore; mais il ne donne pas le nombre des victimes ;

l Bulletin de l'Académie de médecine, 29 octobre 1872, p. 1051.

3° Spinola, professeur à Berlin, fut témoin de 1 empoisonnement de dix-huit porcs par un mélange de son et de saumure de viande ;

4° M. Albert, vétérinaire à Schverte, rapporte qu'il vit le même fait se reproduire sur plusieurs animaux de la même espèce; il n’en donne pas le nombre;

5° En France, M. Degoix en vit mourir deux qui avaient avalé de la saumure de porc;

6° En Angleterre, M. Corby en vit périr un et M. Lewis huit par la même cause.

Voilà pour les porcs, voyons les faits relatifs à d autres animaux :

1° M. Fischer, vétérinaire distingué du grand-duché de Luxembourg, fut appelé à soigner quatre chevaux malades à la suite de l’administration de la saumure comme médicament. Trois de ces chevaux moururent.

2° Un vétérinaire de district, Arensberg, citéparM. Fischer, observa l’empoisonnement de plusieurs brebis par l’ingestion de saumure de harengs.

3° Enfin M. Degoix vit périr par la saumure de porc deux poulets, deux canards et une oie.

C'est donc un total de soixante-deux porcs tués par la saumure, sans compter ceux dont le nombre n’est pas déterminé, eten outre des chevaux, des brebis et des oiseaux.

Mais ce ne sont pas les seuls faits du même genre qui aient été observés; car un professeur universellement connu, de l’université de Carlsruhe, Fuchs, dans son Traité de pathologie générale des animaux domestiques , avait déjà dit que la saumure de viande et celle de harengs occasionne sur tous les animaux des accidents redoutables.

Aux faits mentionnés ci-dessus on pourrait peut-être ajouter un certain nombre de cas d’empoisonnements occasionnés chez l’homme par diverses préparations de charcuterie, empoisonnements restés ordinairement inexplicables et que, dans ces dernières années, en Allemagne, on a cru devoir mettre trop exclusivement peut-être sur le compte de la trichine.

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Dans son mémoire où la plupart de ces observations sont mentionnées, M. Reynal rapporte les expériences qu’il a faites pour en confirmer la réalité ou pour les expliquer \ Voici les principaux faits qu’il contient :

1° Une première série d’expériences eut pour but de con stater les propriétés toxiques de la saumure administrée pure et sans mélange d’aliments. Elles eurent pour sujets trois chiens, trois chevaux , unporce t des poules. Chez l’un des chiens, l’œsophagotomie fut pratiquée pour empêcher le vomissement et la mort peut être attribuée à cette opération ; un cheval fut abattu. Un autre cheval, le porc et des poules moururent évidemment des suites de l’ingestion delà saumure.

2° Une seconde série d’expériences eut pour but de constater les propriétés toxiques de la saumure mélangée en quantité variable avec les aliments. Les animaux, sujets de ces expériences, furent quatre chiens. Chez deux l’œsophage fut lié après l’ingestion de la saumure; ils moururent peut-être par suite de la ligature de ce conduit. Deux autres chiens, dont l’œsophage ne fut pas lié, prirent pendant deux jours de suite de 1 à 2 décilitres de saumure; ils succombèrent tous les deux à la suite de cette ingestion.

3° Enfin, dans une troisième série d’expériences, M. Reynal se proposa de reconnaître si l’usage journalier de la saumure mêlée avec la nourriture des animaux pouvait occasionner un empoisonnement. Un chien et deux porcs, qui furent les sujets de cette expérience, moururent en six, treize et dixhuit jours.

De tous ces faits, notre savant collègue tire les conclusions suivantes :

1° La saumure prise sans mélange d’aliments produit chez le chien, à la dose de 2 à 3 décilitres, des phénomènes d’in- • toxication sans amener la mort;

A la dose de 2 à 3 litres, elle empoisonne le cheval dans l’espace de vingt-quatre à quarante-huit heures ;

1 Recueil[de medecine vétérinaire pour JS5S.

A celle d’un demi-litre, elle est toxique pour le porc;

Enfin, à la dose de 3 à 4 centilitres,- elle est toxique pour les volailles.

2° La saumure, mélangée avec les aliments, tue le chien, malgré le vomissement, à la dose de 4 décilitres ; lorsqu il ne vomit pas, elle le tue h la dose de 2 a 3 décilitres;

3° Mêlée avec les aliments et prise comme nourriture pendant un certain temps, la saumure est toxique pour le porc, quoiqu’il en soit très friand, a la dose de 1 demi— litre a 1 litre.

Toutes ces expériences et les observations que nous avons mentionnées ci-dessus prouvent d’une manière incontestable que la saumure est un poison pour les animaux; mais elles ne disent pas quelle est la substance qui joue le rôle de poison dans ce liquide.

L’analyse chimique n’a rien fait découvrir sous ce rapport. Plusieurs savants ont pensé que le principe toxique pouvait être le sel marin, qui cependant n’entre guère que pour un dixième' dans la composition de la saumure. Des expériences nombreuses faites à ce sujet ont d’abord semblé prouver qu’en effet le chlorure de sodium est le poison de la saumure; mais il fut prouvé, surtout par les recherches de notre savant collègue, M. Bouley, que la mort des animaux prétendus empoisonnés par le sel marin avait eu pour cause unique la ligature de l’œsophage pratiquée pour empêcher le vomissement : « Le sel, dit M. Bouley, n’est pas toxique pour le chien à la dose de 50, 60 et 100 grammes. L’expériente le prouve d’une manière certaine, incontestable. »

Le sel n’étant pas le poisôn de la saumure, on a attribué l’action nuisible de ce liquide à la présence d’un acide gras qui se formerait sous l’influence du chlorure de sodium ; mais les recherches de M. Reynal ont prouvé que cet acide gras n’avait point d’action nuisible.

Enfin on a attribué 1 action toxique de là saumure à des champignons microscopiques, puis à la présence d’une algue,

la sarcina botulina. L’examen microscopique m’a démontré qu il n’existe dans des- saumures toxiques ni champignons ni spores, ni sarcine d’aucune espèce.

L action toxique de la saumure est donc restée inexpliquée. Les recherches de M. Reynal sur cette question ont établi cependant ce fait que la saumure acquiert ses propriétés mal faisantes en vieillissant.

Je me suis aussi occupé des propriétés toxiques de ce liquide; ce n’est pas que je voulusse mettre en suspicion des faits consciencieusement et soigneusement observés ; mais je voulais simplement élucider un point qui était resté complètement obscur, à savoir quelle est la nature du poison de la saumure.

Je me suis servi, pour la découvrir, d’un procédé qui diffère de celui qui avait été employé jusque-là.

Mes recherches ont été faites avec trois sortes de saumure :

1° L’une, prise chez un charcutier, était un liquide louche, légèrement rougeâtre, sans odeur bien appréciable; elle était entretenue depuis environ dix ans et employée aux salaisons les plus fines.

2° Une seconde saumure, prise chez un autre marchand, ne servait que pour des salaisons communes de porc; elle était ancienne aussi et altérée; elle était tournée, suivant l’expression du charcutier. Elle n'avait pas plus que la première d’odeur bien appréciable.

3° Une troisième était de la saumure de saumon et sentait fortement la* marée.

Expériences. — 1° J'injectai avec la seringue de Pravaz, à un lapin, dans les muscles du cou et des deux cuisses, douze gouttes de la première saumure. L’animal mourut quatre jours après ;

2° Douze jours plus tard, j'injectai de la même manière à un lapin vingt gouttes de la même saumure. L'animal mourut au bout de deux jours;

3° Un autre lapin reçut vingt-cinq gouttes de la même saumure, chauffée jusqu’à l’ébullition. L’animal mourut cinq jours et demi après;

4° Chez un autre lapin, j’injectai, comme chez les précédents, douze

QUESTIONS RELATIVES A I.A SEPTICÉMIE

gouttes de la deuxième saumure, celle qui était tournée; le lapin mourut après sept jours ;

5° Enfin j’injectai encore à un lapin douze gouttes de la saumure de poisson et ce lapin mourut le septième jour.

L’action toxique de la saumure est ici très évidente; elle ne peut être attribuée au sel marin dont la quantité ne devait pas dépasser 10 ou 15 centigrammes.

Si nous nous souvenons, ce qui a été établi expérimentalement, que le sang peut contenir le ferment de la putréfaction sans qu’il en ait l’odeur, nous ne serons pas bien éloignés d’admettre que ce ferment peut exister aussi dans la saumure et que c’est lui qui forme son principe toxique. Une expérience, que j'ai faite, vient encore à l’appui de cette opinion : Dans 50 grammes d’eau saturée de sel marin, j’ai mis une goutte de sang septicémique, puis après vingt-quatre heures de contact, j’ai injecté une goutte de cette eau à un lapin qui mourut le lendemain. Ainsi donc le sel marin n’a point d’action ou n'a qu’une action bien limitée sur le ferment ou le virus delà putréfaction.

Ces vues relativement à la nature du poison de la saumure pouvaient être confirmées expérimentalement d’une manière bien facile. Nous savons, en effet, que le sang d’un animal mort à la suite de l’introduction dans ses organes d’une substance putréfiée, acquiert une virulence extrême; il s'agissait donc de savoir si telle était la condition des lapins morts par l’injection de la saumure :

Expériences. — 1° Du sang pris dans le cœur du premier lapin, mort par l’injection de la saumure non tournée, fut injecté à la dose deunmillième de goutte à un lapin qui mourut en vingt-quatre heures ;

2° Du sang du second lapin, tué par la meme saumure, fut injecté à un autre lapin à la dose de un millionième de goutte, cet animal mourut en dix-neuf heures ;

3° Du sang pris dans le cœur du lapin mort de l’inoculation de la saumure tournée fut injecté à un lapin à la dose de un millionième de goutte; celui-ci mourut en vingt-deux heures;

4° Du sang du lapin mort par l’inoculation de la saumure de poisson fut injecté de même à la dose de un millionième de goutte à un lapin qui mourut en trente-six heures.

176 CHARBON, SEPTICÉMIE

On pourrait se demander si la saumure introduite dans l’estomac des animaux donne au sang des animaux la même virulence que celle qui est injectée dans le tissu cellulaire souscutané. Les expériences suivantes répondront à cette question :

Expériences. — 1» Je fis avaler à un lapin 3 grammes de la saumure qui servit aux premières inoculations ; il mourut seize heures après ;

2° Un second lapin, qui avala 2 grammes de la même saumure, est encore vivant ;

3° Un troisième lapin, auquel je fis avaler 3 grammes de la même saumure qui avait été portée jusqu’à l’ébullition pendant quelques minutes, mourut environ quarante heures après.

— 1° Le sang du cœur du lapin mort par l’ingestion de la saumure non chauffée fut inoculé à un autre lapin à la dose de un millionième de goutte.

' Celui-ci mourut en dix-huit heures ;

2° Le sang du cœur du lapin mort par l'ingestion de la saumure chauffée fut injecté :

1° A la dose de un billionième de goutte, à un lapin qui mourut vingtdeux heures après ;

2° A un autre lapin, à la dose de un trillionième de goutte. Cet animal mourut environ dix-huit heures après l’injection.

Je n’ai pas besoin d’insister sur ces faits pour montrer que nous avons ici les caractères les plus nets de l’empoisonnement par septicémie.

Il se forme donc dans la saumure, malgré la présence du sel marin, un ferment putride qui tue les animaux, soit que ce ferment pénètre par le tube digestif, soit qu’il s’introduise d’une autre manière. La connaissance de ce fait et la possibilité, la facilité même de constater l’existence du virus, feront reconnaître probablement la nature de certains empoisonnements par des viandes ou des aliments mal préparés ou altérés. En effet, dans ces cas, le lapin sera un réactif plus sensible qu’aucun de ceux qu’emploient les chimistes pour de semblables recherches.

Mais ces conclusions ne sont point celles qite je voulais déduire des faits que je viens de rappeler ou d’exposer à l’Académie. Je voulais seulement établir deux points :

QUESTIONS RELATIVES A LA SEl’TICEMIE

1° Le ferment putride se forme dans une substance qui ne présente à nos sens aucun des caractères assignés à la putréfaction ; point de développement de gaz, point d’odeur sui goneris. C’est un fait sur lequel j’ai déjà appelé l’attention et qui est manifeste dans la septicémie, c’est-à-dire dans la putréfaction des êtres vivants.

2° Le ferment putride introduit dans l’organisme de certains animaux par les voies digestives, aussi bien que par une injection sous cutanée, tue, non pas seulement le lapin, mais aussi le porc, le cheval, le chien, la brebis et des oiseaux. Tous ces animaux peuvent donc mourir de septicémie.

Cas de mort d’une vache par septicémie.

J’ai reçu, par l’extrême obligeance de notre collègue M. Magne, du sang desséché d’une vache dont la mort avait été attribuée au charbon. Ce sang, provenant de la rate, avait été recueilli le lendemain delà mort del’animal et rapidement , séché sur le .papier qui m’a été remis.

Notre savant collègue a bien voulu me donner les renseignements rétrospectifs suivants : Le charbon ne règne pas actuellement dans la contrée où est morte cette vache; il y est même rarement observé. La rate, àl’autopsie, n'avait point un volume qui dût attirer particulièrement l’attention. M. Magne n’a vu l’animal qu’après sa mort.

Le 15 octobre dernier, onze jours après la mort do la vache, qui eut heu le 4, je fis macérer, pendant un quart d'heure, 10 centigrammes environ du sang sec dans vingt gouttes dont j’injectai dix dans le cou et les cuisses d'un cobaye. Cet animal mourut le 19 octobre, quatre-vingt-seize heures environ aprèsl’inoculation. Dès le lendemain, il était devenu malade, répugnant au mouvement et criant au moindre attouchement. Ce ne sont point là les phénomènes ordinaires de l'affection charbonneuse chez ces petits animaux dont la maladie dure à peine deux ou trois heures, et qui le plus souvent, meurent inopinément. L’examen du cadavre ne nous montra pas non plus les lésions caractéristiques de cette affection : la rate n’était point augmentée de volume; il n existait aucun de ces filaments auxquels j ai donné le nom de bactéridies ; les corpuscules du sang n’étaient point Davaine. L’Œuvre. 12

CHARBON, SEPTICÉMIE

agglutinés les uns aux autres, mais ils abandonnaient très facilement leur matière colorante, fait que j’ai signalé dans la septicémie.

L’absence des caractères du charbon dans ce cas m’engagea à pratiquer une nouvelle inoculation, afin de voir si j’obtiendrais les mêmes résultats.

Dix gouttes d'eau préparées de la même manière, avec du sang sec que j’avais conservé, furent injectées dans le cou et les cuisses d'un lapin, le 21 octobre ; cet animal mourut environ quarante heures après. L’autopsie montra que la rate n’était point volumineuse (elle pesait fsr,40 centigrammes), que les corpuscules du sang n’étaient point agglutinatifs, qu’ils se dépouillaient facilement de leur matière colorante ; enfin qu’il n’existait ni dans la rate ni autre part aucune bactéridie.

D’après les résultats de ces deux inoculations, on ne pouvait douter que la vache ne fût morte d'une maladie contagieuse ; mais quelle était cette maladie? 11 n’y a pas à penser que le sang inoculé s’était putréfié après la mort de l’animal, et qu’il avait acquis ainsi sa virulence, car la température atmosphérique, le 4 octobre, n’était point élevée (la température de mon laboratoire, qui subit rapidement les variations extérieures, était, le 4 octobre au matin, de 14° C., au soir de 12° C. ; le 5 octobre, elle était de 12° C. le matin, et de 11 le soir), et le lendemain le sang avait été rapidement desséché par M. Magne lui-même, qui l’a recueilli. D’ailleurs le sang, qui se putréfie après la mort d’un animal par une température qui n’est point très élevée, n’acquiert pas une grande virulence, et la dessiccation la lui enlève presque totalement; auhnoins faut-il en introduire une grande quantité dans le tissu cellulaire sousctitané pour produire des phénomènes toxiques-

On ne peut donc songer dans ce cas aux effets d’une substance putréfiée après la mort. Une affection septicémique à laquelle la vache aurait succombé peut seule nous rendre compte de tous les phénomènes.

Mais les connaissances que nous avons acquises sur la sensibilité extraordinaire du lapin au virus septicémique et sur celle du cobaye au virus charbonneux peuvent nous faire pénétrer plus profondément dans la question qui nous occupe, sans même que nous ayons besoin de nécropsi e ou d’inspection microscopique.

D’après ces considérations, j’ai fait les expériences suivantes :

1° Le 21 octobre, j'ai inoculé à un cobaye et à un lapin un millionième de goutte de sang du cœur du cobaye mort à la suite de l'inoculation du sang desséché de la vache. Le lapin mourut en vingt- trois heures : le cobaye est encore vivant.

2° Le 23octobre, j'ai inoculé à un cobaye et à un lapin un millionième de goutte du sang du cœur du lapin mort de l’inoculation du sang de la vache. Le lapin mourut en vingt heures. Le cobaye est encore vivant. (Un poulet inoculé avec une goutte de sang du premier lapin est encore vivant.)

Si la maladie dont est morte la vache avait été le charbon, les deux cobayes seraient morts, et les deux lapins seraient encore vivants; nous avons vu le contraire. La vache était donc morte de septicémie.

Ces faits me permettent de conclure que la vache contracte la septicémie, et que souvent sans doute, comme dans le cas actuel, on confond cette maladie avec le charbon.

SUITE DES RECHËftCltÉS

Observations sur la septicémie chez l'homme.

La communication nouvelle, que je vais avoir l’honneur de faire à 1 Académie, est relative à la septicémie chez l’homme : on sait que j’entends par le mot septicémie la putréfaction accomplie pendant la vie.

Mes premières communications relatives à ce phénomène pathologique n ont pas été, je crois, généralement bien com-

1 Bulletin de l'Académie de médecine, 23 janvier 1373; p. 125.

CHARBON, SEPTICÉMIE

prises : j’ai dû m’apercevoir, en effet, aux objections qui m’ont été faites que je n'avais pas donné à l’exposition de mes observations un développement suffisant, et c’est pour cela, sans doute, qu’on a pu dire de la septicémie, telle que je l’ai étudiée, qu’elle est une question de lapins. Pour moi, c’est une question universelle, et tout particulièrement intéressante au point de vue de l’homme.

C’estce que j’espère montrer aujourd’hui par une observation qui ne tardera pas, sans doute, à être suivie de beaucoup d’autres. Mais pour donner à cette observation toute la valeur qu’elle peut avoir, il importe que je la fasse précéder de quelques explications préliminaires.

Nous savons, depuis les travaux de M. Pasteur, que la putréfaction est une fermentation déterminée par des infusoires de la famille des vibrioniens, par des bactéries.

De tout temps, on a su que cette fermentation envahit les substances organisées et privées de vie, lorsqu’elles se trouvent soumis .s à deux conditions qui sont : la chaleur et Y humidité; mais on ne savait pas qu’il est une troisième condition non moins nécessaire à-l’accomplisseinent de ce phénomène, c’est la présence des bactéries dans ces substances. M. Pasteur a montré, en effet, que sans cette dernière condition les substances organisées ne se putréfient pas. C’est ainsi que l’illustre observateur a pu conserver à l’abri du contact de l’air, dans des bocaux, pendant quarante à cinquante jours, du sang et de l’urine, sans aucun phénomène appréciable de putréfaction , bien que les bocaux fussent soumis à une température de 30° C.

Toutes les substances organisées ne sont pas également putrescibles. On observe des différences grandes dans la chair des divers animaux ou dans le parenchyme des divers organes. 11 est des viandes, sur nos marchés, qui, en été, ne peuvent être gardées même vingt- quatre heures. Le sang est de toutes les matières animales la plus putrescible; c’est pourquoi je l’ai choisi dans mes expériences.

Les animaux vivants renferment donc des substances

organisées plus ou moins putrescibles et qui se trouvent soumises aux deux conditions de chaleur et d’humidité nécessaires à la production de la putréfaction. La vie n’entre en exercice, en effet, que par ces deux conditions. Que faut-il donc encore aux animaux vivants p5ur se putréfier? La troisième condition découverte par M. Pasteur, c’est à-dire la présence du ferment de la putréfaction, à moins qu’on ne dise comme autrefois que « la puissance du principe vital s'oppose avec énergie au développement de la putréfaction dans les êtres vivants » (Mérat).

Les liquides organiques, dans l’économie, sont préservés de l’invasion du ferment putride par l’épiderme du tégument ex térieur et par l'épithélium qui recouvre les membranes muqueuses. La théorie nous indique donc que la putréfaction s’établira aussitôt que son ferment franchira les téguments et s’introduira dans le sang, tout comme elle s'établit dans les bocaux deM. Pasteur, dès que leur contenu n’est plus à l’abri du contact de l’air qui porte avec lui les bactéries de la fermentation putride.

Cette manière devoir peut être vérifiée expérimentalement par l’introduction de matières putréfiées dans les organes des animaux, et c'est ce qui a été fait par un grand nombre d’observateurs. Les voies d'introduction ont été très différentes : les bronches, le tube digestif, les vaisseaux sanguins, le tissu cellulaire sous -cutané, et, par toutes ces voies, les matières putrides ingérées ont pu donner un résultat semblable, c’est-à-dire la mort.

Toutefois, quelle est la nature de la lésion qui détermine la mort? C’est une question à laquelle personne n’a répondu. Cette lésion, c’est la putréfaction même du sang ou des organes de l’animal soumis à l’expérimentation. Je crois l’avoir prouvé d'une manière péremptoire si j’en juge au moins par l'absence de toute contestation à cet égard. Le sang de l’animal qui succombe n’est pas moins septique que les matières putréfiées qui l’on tué. C’est, en effet, parce que le sang se putréfie pendant la vie qu’il devient virulent à son tour.

CIIAUBON, SEPTICEMIE

Or, les phénomènes de la putréfaction s’accomplissent invariablement de la même manière dans un grand ou dans un petit vase, en petite quantité ou en grande masse. N’en est -il pas de même chez l’animal vivant, et la fermentation putride ne peut- elle l’envahir qu’à la condition qu’il soit petit ? Peutêtre pourrait- on répondre par l’affirmative, si le sang était chimiquement et physiologiquement différent chez un petit et chez un grand animal. Il n’en est pas ainsi : de la souris à la baleine, le sang est identique; chez l’un et chez l’autre et chez tous les animaux, il se putréfie dès qu’il est extrait des vaisseaux, à moins qu’il ne soit soustrait au contact des vibrions de l’air parles procédés de M. Pasteur. L’invasion des bactéries pendant la vie doit putréfier ce liquide chez tous les animaux dès qu’elle le putréfie chez l’un d’eux. La taille de l’animal ne peut rien faire au phénomène qui s’accomplit dans son sang.

Enfin, il n’est pas besoin d’insister beaucoup pour faire comprendre que les animaux dont la chair après la mort, est très putrescible, seront plus facilement envahis par la putréfaction pendant la vie, que ceux dont la chair morte est moins putrescible. Il est clair aussi que la putréfaction s’accomplira moins rapidement et moins facilement chez un poisson qui nage dans l’eau à 10° G. que chez un mammifère dont la température propre est de 37° ou 39°.

Une autre condition qui est en rapport avec l’invasion de la putréfaction chez un animal vivant, c’est la quantité de ferment introduite dans ses organes. Or, j’ai fait voir que le ferment augmente considérablement en puissance (laquelle est due probablement à sa quantité sous un même volume) lorsqu’il se produit rapidement à la faveur d’une température élevée et lorsqu’il est soustrait aux produits de la décomposition putride qui le tuent ou l’altèrent plus ou moins.

Ainsi le sang extrait des vaisseaux d’un animal quelconque, et soumis, dans une couveuse artificielle, à une température de 37° à 39° acquiert en quatorze heures une virulence extrême et telle qu’un trillionième de goutte tue un lapin ; tandis que le sang qui se putréfie lentement, à la température moyenne de

l’atmosphère, acquiert une virulence relativemnt très faible. J’ai dit qu’il faut quelquefois vingt gouttes de ce sang pour tuer un lapin et que, dans toutes mes expériences, la limite de la plus grande virulence n’avait pas été au-delà de un deux-millième de goutte.

Nous voyons dans ces faits la raison qui donne une virulence extrême au sang d’un mammifère rendu septicémique par une substance putréfiée quelconque, virulence qui peut être sans rapport avec celle de cette substance même. C’est qu’en effet, chez tous les mammifères, la température des organes étant de 36u à 40°, la putréfaction, pendant la vie, s’accomplit à cette température en quelque sorte tropicale.

Le sang qui se putréfie dans l’organisme d’un mammifère doit donc tuer un lapin jusqu’au trillionième de goutte comme celui qui s’est putréfié dans une couveuse artificielle à une température voisine de 40° C.

Ces faits peuvent nous éclairer sur les conditons de la septicémie chez les animaux : tous les animaux deviennent la proie de la putréfaction lorsqu’une quantité suffisante de ferment est introduite dans leurs organes. Les matières putrides peuvent être importées du dehors, mais il est évident que les matières qui se putréfient dans l’économie vivante doivent acquérir les mêmes propriétés. Dans tous les cas, leur virulence offre des degrés variables suivant que la putréfaction s est accomplie à une température plus ou moins élevée et suivant que, par leur nature, elles sont plus ou moins putrescibles. Leur odeur, comme je l’ai dit plusieurs fois, n’a rien à faire avec la virulence qui est déterminée par les bactéries et non par les produits odorants de la putréfaction.

Les conditions qui donnent la septicémie sont donc variables; d’un autre côté, les animaux vivants, comme les substances organiques qui les composent, sont plus ou moins aptes à etre putréfiés ; c est ce qu’on peut déduire de l’analogie, et c est aussi ce que j’ai démontré expérimentalement.

Mais tous les animaux à sang chaud, qu’ils se putréfient facilement ou difficilement par l’introduction ou la formation

CHARBON, SEPTICEMIE

d’un ferment putride dans leur organisme, tous ces animaux, dis-je, dès qu’ils se putréfient avec une certaine rapidité, acquièrent une virulence extrême et telle que leur sang tue un lapin par une fraction infinitésimale de goutte.

C’est là un phénomène qui est très probablement universel chez les animaux à sang chaud, et dont nous pouvons nous servir pour déterminer si l’un quelconque de ces animaux est mort de septicémie.

Le lapin deviendra donc pour nous le réactif de cette maladie ; et, sous ce rapport, il nous importe peu de savoir si d’autres animaux sont plus ou moins sensibles que le lapin. Lorsqu’un cheval mourra de septicémie, ce n’est pas à un autre cheval que nous devrons inoculer une certaine quantité de son sang pour reconnaître la cause de la mort; nous nous adresserons au lapin, et cela suffit.

Ce qu’il nous importe de savoir, c’est si notre réactif donne constamment sa réaction, et si cette réaction ne peut pas être produite par d’autres conditions.

Eli bien, sur plusieurs centaines de lapins, certainement, que j’ai inoculés avec des fractions de goutte de sang septicémique, et jusqu’au trillionième, un seul n’a pas succombé à l'injection, et c’est sans doute parce qu’il est survenu un abcès au point inoculé. On peut donc dire que la réaction est constante. Cette réaction, quiestlamort, ou, si l’on veut, une maladie généralement mortelle, ne peut être produite par aucune autre condition pathologique connue lorsque la dose est d'un millionième de goutte, ou moindre. J’ai déjà dit, que le charbon ne se communique pas au lapin à si faible dose; peut-être le choléra de la volaille et le typhus contagieux des bêtes bovines, qui, l’un et l’autre, tuent cet animal par inoculation, peuvent-ils le tuer à des doses infinitésimales, mais ces deux maladies ne prennent pas l'homme.

Enfin, la putréfaction qui survient dans le sang ou dans les organes après la mort est inoffènsive à si faible dose.

Ainsi donc, en injectant à un lapin une quantité infinitésimale, un millionième de goutte, par exemple, du sang d’un

QUESTIONS RELATIVES A I.A SEPTICEMIE

animal ou d’un homme supposé septicémique, nous pourrons constater si cet animal ou cet homme a été la proie delà putréfaction pendant la vie.

C’est ce qui a été fait dans le cas dont je vais parler tout k l’heure, et qui a pour point de départ une gangrène pulmonaire.

La gangrène n’est pas la putréfaction ; les recherches de M. Pasteur sont très affirmatives sur ce point : « Il n’y a aucune similitude de nature ou d’origine, dit le savant observateur, entre la putréfaction et la gangrène. Loin d’être la putréfaction proprement dite, la gangrène me paraît être l’état d'un organe ou d’une partie d’organe conservée, malgré la mort, à l’abri de la putréfaction, et dont les liquides ou les solides réagissent chimiquement ou physiquement en dehors des actes normaux de la nutrition 1 . »

La gangrène ne doit donc point, par elle-même, déterminer la mort avec les phénomènes de la septicémie. Mais les substances gangrenées sont putrescibles, et, lorsqu’elles sont placées dans des conditions de chaleur et d’humidité qui favorisent leur fermentation putride, elles peuvent devenir septiques comme toutes les matières animales qui se putréfient. En sorte que, suivant les conditions dans lesquelles se trouvent les matières gangrenées, elles pourront, ou non, déterminer les phénomènes de la septicémie.

J’ai été à même d’examiner trois fois du sang de malades qui ont succombé aux suites d’une affection gangréneuse, et chez lesquels la septicémie ne paraît pas s’être produite. Alors je n’avais pas acquis sur ce sujet les connaissances que je possède actuellement, et je n’ai pas pratiqué les expériences dans les conditions où je les fais aujourd’hui.

Le premier cas m'a été communiqué, en mars 1869, par le DrReverdin, alors interne à l'hôpital Necker. Ce jeune médecin, qui s’est fait un nom depuis cette époque, voulut bien soumettre à mon examen du sang provenant de la veine jugulaire externe, et pris chez une femme morte d’un anthrax de la face. Je ne trouvai dans ce liquide ni bactéries, ni bactéridies.

1 Académie des sciences, (comptes rendus t. LVI, p. 1194, Î863).

186 charbon, septicémie

M. Reverdir! inocula du sang de cette malade, pris "dans la veine médiane basilique, cinq minutes après la mort, à deux lapins et à un cobaye, à la dose de dix gouttes pour chacun. Les trois animaux étaient encore vivants plusieurs mois après l'inoculation. (Ce fait a été publié dans les Archives de médecine, juin et juillet 1869.)

Cette femme n’est donc pas morte de septicémie; mais on dira peut-être que l’anthrax n’est pas une gangrène. Je ne veux pas le contester. En rapportant ce fait, j’ai eu surtout pour but de répondre à une objection que j’ai entendue hors de cette enceinte, et qui pourrait être reproduite ici, c’est que le sang d’un malade quelconque tue souvent les lapins auxquels on l’inocule. Cette assertion est erronée ; nous voyons ici deux de ces animaux résister à l’injection de dix gouttes de ce liquide; et, du reste, les faits qui prouvent que le lapin n’est pas si facile à tuer se reproduisent tous les jours dans nos expériences.

Un second cas de gangrène m’a été communiqué, aussi en 1869, par le Dr Nepveu, alors interne dans le service de notre collègue, M. Verneuil. 11 s’agissait d’une femme qui fut atteinte d’une gangrène de l’avant-bras, à la suite d’une fracture de ce membre. (L’observation a été publiée par le Dr Nepveu dans un mémoire intitulé : Des gangrènes dans les fractures, Paris, 1870.) M. Nepveu m’apporta quelques grammes de sang sorti d’une incision faite dans la partie gangrenée. Je n’y trouvai point de bactéries ni de bactéridies. J’injectai deux gouttes de ce sang dans les muscles pectoraux d’un pigeon, et une goutte dans la cuisse d’un cobaye. Aucun phénomène particulier ne suivit ces injections. Or, une goutte de sang septicémique suffit ordinairement à tuer un pigeon, et un millième de goutte tue un cobaye.

Je dois un troisième fait analogue à l’obligeance du Dr Guyon : de la sérosité fortement sanguinolente fut prise dans des phlvctènes qui recouvraient un membre atteint d’un érysipèle gangréneux, dont le malade mourut le lendemain. Une goutte de ce liquide gangréneux, inoculée à un lapin, ne produisit aucun phénomène appréciable.

Ces faits prouvent donc que le sang- d’une partie gangrenée n’est pas aussi virulent que celui d’un animal septicémique, et que, probablement, il l’est moins que le sang qui se putréfie à l’air libre.

Je dois à l’obligeance et au zèle scientifique bien connu de

notre distingué confrère, le Dr Lancereaux, l’observation de gangrène pulmonaire dont je vais donner sommairement les détails : (C’est le fait dontM. Bouley a parlé dans la dernière séance.)

Observation . — Un jeune homme, jardinier de profession, âgé de vingt et un ans, habitant Paris depuis cinq ans, et habituellement bien portant, fait quelques excès au mois d’août dernier, à l'occasion du tirage au sort. A partir de cette époque, il tousse et se plaint de douleur et de malaise dans le côté droit de la poitrine; il transpire la nuit, perd ses forses et expectore des crachats jaunâtres. Enfin il crache du sang pendant une journée, et entre, quelques jours après (le 26 septembre 1872), à l’hôpital Saint- Antoine, dans le service duD1' Lancereaux.

L’examen du malade permit de reconnaître une matité notable à la base du poumon droit, avec diminution du murmure vésiculaire et de l’élasticité à la percussion. L’haleine était d’une fétidité repoussante. — Le diagnostic fut : bronchite fétide avec pneumonie interstitielle chronique. Pendant les premiers jours, la fièvre resta peu intense; mais dès le mois d’octobre, le pouls atteignait généralement cent pulsations et la température, le matin, oscillait entre 38°, 2 et 39° G.

A partir du 20 octobre, il se manifeta quelque amélioration, attribuée à l’essence de térébenthine dont le malade prenait dix capsules par jour. Le 27, survient une hémoptysie qui dura deux jours, puis des vomissements, de la diarrhée, enfin un souffle caverneux se manifeste à la base du poumon droit.

Au commencement de novembre, surviennent des frissons multipliés ; l’haleine devient de plus en plus fétide ; le pouls monte à 120 et la température à 40» G.

Du 12 au 20 novembre, par l’effet peut-être du sulfate de quinine et du vin de quinquina, une nouvelle amélioration se manifeste; mais bientôt les crachats redeviennent sanguinolents; on y reconnaît, au microscope, des globules rouges et blancs, des granulations mobiles et des bactéries. A partir du 21, des épistaxis, qui s’ôtaient déjà manifestées à plusieurs reprises, se renouvellent fréquemment, ainsi que l’hémoptysie, et le malade meurt le 23 novembre, à sept heures et demie du matin .

A l’autopsie, on trouva tous les organes sains, à l’exception des poumons et des glandes bronchiques. Ces glandes sont tuméfiées et du volume d’un marron.

Le lobe inférieur du poumon droit est criblé d’excavations séparées par des ponts fibreux, et remplies par une bouillie brunâtre ou noirâtre dont 1 odeur tétide est littéralement insupportable. Quelques lobules, situés au voisinage, présentent un épaississement manifeste du tissu conjonctif qui

188 CHARBON, SEPTICÉMIE

les sépare ; un certain nombre de ces lobules sont hépatisés ou œdématiés. Dans le lobe inférieur du poumon gauche, plusieurs lobules sont atteints des mêmes altérations. Des adhérences unissent le poumon droit aux parois thoraciques. Le cœur est distendu par du sang noir coagulé et par des caillots fibrineux.

Une goutte de ce sang fut inoculée le 24 novembre à un lapin, par le D1' Lancereaux, L’animal mourut au bout de vingt-quatre heures.

La sanie putride prise dans le poumon, et inoculée de même à un lapin par le D1' Lancereaux, n’a pas amené la mort.

Quelques grammes de sang pris dans le cœur me furent remis le jour même de l’autopsie. J’inoculai un lapin avec un millième et un autre lapin avec un millionième de goutte de ce sang. Le premier de ces animaux mourut en trente-cinq heures et le second en seize heures.

Cette observation confirme les faits que j’ai exposés dans mes communications précédentes : nous voyons se produire chez l’homme spontanément ce que nous avons produit expérimentalement chez les animaux, et nous reconnaissons ici tout le parti que nous pouvons tirer de l’inoculation au lapin du sang de l’homme à doses infinitésimales, dans la recherche de la nature des maladies septicémiques dont il peut être atteint.

Par cette méthode, j’ai distingué le charbon d’avec la septicémie, j’ai déterminé la nature de l’empoisonnement de la saumure. Je ne doute pas qu’on n’arrive à déterminer de même la nature des accidents graves qui viennent compliquer ou terminer plusieurs maladies, telles que la fièvre puerpérale, certaines affections urémiques, les suppurations putrides, enfin la fièvre typhoïde. — Des études que j’ai commencées sur cette dernière maladie m’autorisent, dès aujourd’hui, à penser qu’elle se complique quelquefois de septicémie, si elle n’est une septicémie même.

La note que je viens d’avoir l’honneur de lire à l’Académie a été écrite au mois de novembre dernier, et j’espérais pouvoir la communiquer dans la première séance de décembre. Bien que la plupart des objections auxquelles elle répond ne

questions relatives a la septicémie

me soient plus faites aujourd’hui, je n’ai pas cru devoir rien changer à sa rédaction, afin qu’elle prenne la date qui lui appartient dans la discussion engagée devant l’Académie.

Je vais maintenant rapporter les faits concernant la fièvre typhoïde, dont j’ai dit quelques mots dans la séance du 24 décembre dernier.

Recherches expérimentales sur la nature de la fièvre typhoïde.

Les doctrines médicales relativement à la nature de la fièvre typhoïde ont beaucoup varié. À l’époque où l’on attribuait aux fermentations une grande importance dans la production des maladies, la fièvre typhoïde fut regardée comme l'effet d’une fermentation putride ; mais la putréfaction et la vie étant, suivant les théories qui régnaient alors, des phénomènes incompatibles, la fièvre putride ne pouvait être déterminée par la putréfaction universelle; elle devait être l’effet d’une fermentation particulière qu’on a désignée par le nom &e putridité.

Dans le siècle dernier, on avait remarqué souvent une relation certaine entre l’existence de miasmes putrides et celle delà fièvre tyhphoïdedans les mêmes localités. Tout le monde sait la part que l’ancienne Société royale de médecine et son illustre secrétaire perpétuel, Aricq-d’Azyr, ont prise dans l’étude de ces questions, et personne n’ignore, sans doute, que 1 interdiction d’inhumer dans les villes les cadavres humains a été la conséquence de leurs travaux.

Au commencement de notre siècle, la fièvre typhoïde était donc généralement regardée comme de nature putride et comme 1 effet des émanations malfaisantes des substances organiques en putréfaction.

Mais bientôt ces connaissances semblent s’obscurcir; elles disparaissent en quelque sorte avec la découverte des lésions anatomiques de la maladie et par l'autorité de nouvelles doctrines médicales. La fièvre typhoïde devient une maladie inflammatoire, une gastro-entérite, puis une maladie spé-

CHARBON, SEPTICÉMIE

ciale et non sans analogie avec la variole; pour quelques-uns elle consiste dans une irritation intestinale causée par une surabondance de bile altérée, opinion renouvelée de Stoll ; pour d’autres, elle est une inflammation de l’intestin grêle et de ses follicules à laquelle s’ajoute un élément typhoïde sur la nature duquel on n’est point d’accord.

Dans ces derniers temps, l’étude des conditions dans lesquelles se sont produites certaines épidémies de fièvre typhoïde, vint jeter un jour nouveau sur les relations de cette maladie avec les miasmes ou les émanations des substances organiques putréfiées. Des faits nombreux observés en France, en Suisse, en Allemagne, mais surtout en Angleterre et en Amérique ont surabondamment mis ces relations en évidence. On peut citer de nombreux exemples d’épidémies typhoïdes déterminées par des infiltrations provenant des fosses d’aisances ou des égouts dans les réservoirs d’eau potable .

La connaissance de tous ces faits devait nous porter à penser que le principe de la fièvre typhoïde est un élément putride; or, d’après les connaissances que nous avons acquises récemment sur l’existence possible de la putréfaction pendant la vie chez les animaux, rien ne nous éloignait de croire que cet élément est le ferment même de la putréfaction universelle.

Des recherches microscopiques assez récentes ont donné des résultats qui s’accordent avec cette manière de voir : En 1863, un médecin de Sienne, M. Tigri, a fait à l’Académie des sciences plusieurs communications dans lesquelles il dit avoir constaté l’existence d’infusoires du genre baclerium dans le sang d’individus atteints ou morts de fièvre typhoïde. MM. Coze et Feltz se sont livrés à des recherches semblables et ont obtenu des résultats analogues. Enfin, ces deux observateurs ont fait quelques expériences sur l’inoculabilité dit sang de malades atteints de fièvre typhoïde dont il importe que je fasse ici mention.

« Une première expérience d’essai; disent ces savants, est

questions relatives a LA SEPTICÉMIE 191

la i te avec du sang provenant d un domino qui \enait do suc ' comber rapidement à une fièvre typhoïde bien constatée. Ce sang ne présentait pas la moindre odeur de putridité; il contenait quelques bâtonnets très petits et une assez forte proportion de globules blancs.

« Ce sang, étendu d’eau distillée très pure et filtrée, est injecté à des lapins par diverses voies (injections sous-cutanées, rectum.) La mort est survenue en quinze à vingt jours *. »

Cette première expérience ayant amené la mort des lapins inoculés, les expérimentateurs procèdent à une seconde, plus régulière, disent -ils, et plus complète, que je rapporterai encore textuellement.

« Du sang typhoïde fut pris à l’aide d’une ventouse sur une femme atteinte de fièvre typhoïde au deuxième septénaire et entrée récemment à la clinique. La malade mourut le vingt- quatrième jour, et l’on contasta à l’autopsie tous les signes d’une affection typhoïde. Le sang récolté sur le vivant contenait des points très mobiles et des bactéries filiformes. Ce sang mêlé à un peu d’eau distillée très pure fut injecté dans la proportion de 6 centimètres cubes sous la peau de deux lapins. L’un de ces lapins vécut huit jours, l’autre sept jours ; la fièvre avait commencé quelques heures après l’injection... Le sang de ces lapins servit à injecter d’autres animaux de même espèce; nous arrivâmes ainsi à reproduire successivement des générations nombreuses de bactéries L »

Telles sont les expériences de MM. Coze et Feltz sur la contagiosité de la fièvre typhoïde. En supposant qu’elles aient été à l’abri de toute cause d’erreur, elles prouvent la transmissibilité au lapin de la fièvre typhoïde, mais elles ne prouvent rien quant à la nature putride de cette fièvre. Ces deux savants, d’ailleurs, n'ont pas pensé qu’ils transmettaient au

1 Coze et Feltz, Recherches expérimentales, IS06, p. 19.

2 Coze et Feltz, mémoire cité, p. 50.

CHARBON, SEPTICÉMIE

lapin une maladie autre que la fièvre typhoïde, car ils ne le disent nulle part, et voici d’ailleurs deux de leurs conclusions qui affirment leur opinion à cet égard : « Nous pûmes nous convaincre, d’après ces premiers faits, disent ces savants, que le sang typhoïde humain est capable de déterminer chez les lapins des désordres pathologiques et la mort. On sait d’ailleurs que les animaux peuvent être atteints d’une affection de nature typhoïde... » Et plus loin ils ajoutent: « L’espèce de bactérie spéciale au sang typhoïde rappelle le bacterium calenula '. »

Ainsi, MM. Coze et Fellz n’ont pas cherché, dans leurs expériences, à établir que la fièvre typhoïde est une putréfaction de même ordre que la putréfaction universelle, et, sous ce rapport, leur procédé expérimental conduit trop facilement k l'erreur pour qu’il eût été possible d’en déduire des conséquences rigoureuses. En effet, une quantité de G centimètres cubes de sang, injectée sous la peau, forme un foyer dont il peut arriver que la putréfaction s’empare. Par suite, l’animal inoculé succomberait k une simple infection septicémique, qui, se perpétuant par les inoculations successives, conduirait k une erreur complète.

L’expérience, telle que je l’ai instituée, c’est-à-dire l’injection k dose infinitésimale, est k l’abri de cette cause d’erreur : un millionième de goutte d’un sang quelconque ne se putréfierait point sous la peau et n’infecterait point l'économie d’un lapin. D’un autre côté, si l’animal succombe par cette dose infiniment petite de sang, c’est que ce sang était septicémique. Je crois avoir suffisamment établi cette proposition.

Avant d’exposer mes expériences relatives k la fièvre typhoïde, je dois dire comment elles ont été pratiquées :

1° Le sang pris chez le malade, soit d’une veine, par la seringue de Pravaz, soit d'une piqûre de la pulpe du doigt, a été mêlé tout de suite avec une certaine quantité d’eau. Sans

1 Cozc cl F eltr, mémoire cité, [>. ôO cl ü3.

questions relatives a la septicémie

cette précaution, le sang cessse bien vite cl’être miscible a l'eau, et les dilutions successives ne peuvent être exactes.

2° L’injection a toujours été pratiquée sous la peau de la partie postérieure du cou.

11 se peut, en effet, que le choix de la région où l'on pratique l’inoculation ait quelque influence sur le résultat Anal; car, après l’injection du sang septique, il se produit sous la peau un œdème comparable, quoique moins considérable a celui qui se produit après l’inoculation du virus charbonneux. Dans la sérosité, on voit, au microscope, des myriades de bactéries semblables à des points mouvants, aussi bien qu’on voit les bactéridies dans l’œdème charbonneux.

Le premier effet de l’inoculation est donc de reproduire le virus sur place; de là, ce virus ou les bactéries pénètrent dans la circulation générale. Or, on conçoit que plus l’œdème local est considérable, plus grand est le danger d’une infection générale. Il importe donc de ne pas pratiquer l’inoculation dans un espace limité comme l’est un membre, car il importe que le résultat final soit la mort de l’animal inoculé.

Ce n’est pas qu’on puisse tenir grand compte, dans des expériences de cette nature, des phénomènes pathologiques qui suivent l’inoculation. Certes, si l’injection d’un millio nièmede goutte de sang est suivie de l’augmentation de la température rectale, d’horripilations, de convulsions, de cris au moindre attouchement (phénomène fréquent chez les cobayes atteints de septicémie), nous saurons bien qu'un millionième de goutte de sang normal n’eût pas produit de semblables effets; mais, chez les petits animaux, ces accidents ne sont pas toujours très faciles à bien apprécier; ils sont assez variables dans leur intensité et dans leur durée; ils peuvent donc amener des contestations, tandis que la mort est. un fait brutal et sans contestation possible.

Voici maintenant les observations de fièvre typhoïde et les expériences auxquelles elles ont donné lieu :

Première observation. — La première expérience fut faite avec du sang DavaIne L'Œuvre. 13

CHARBON, SEHT1CÈM1F

d uu homme âgé de quarante-cinq ans, atteint depuis quinze jours d’une fièvre typhoïde à forme thoracique. — Ce malade, qui était à la Charité, dans le service de notre collègue M. Bourdon, guérit de sa maladie.

Le 28 octobre 1872, du sang ayant été pris au moyen de la seringue de Pravaz dans la veine médiane basilique, fut mêlé immédiatement avec de l’eau ordinaire; une goutte de ce mélange au centième (eau 99 : sang 1), fut injectée dans le cou d’un lapin.

L animal mourut le 28 novembre, un mois après l’inoculation.

F our reconnaître si la mort n avait pas été juroduite par une autre cause que la septicémie, j inoculai à un lapin, un millionième de goutte de sang pris dans le cœur. Le lapin mourut quarante six heures après l’injection.

Deuxième observation — Un homme, âgé de vingt à vingt et un ans, confié aux soins du Dr Jules Worms à l’hôpital Rothschild, est atteint d’une fièvre typhoïde avec ballonnement du ventre, taches lenticulaires rosées délire, etc. — Cet état s’améliora plus tard, et le malade guérit.

Au quinzième jour de la maladie, la température est de 40°, 5, à 41°: on retire au moyen de la seringue de Pravaz quelques gouttes de sang d’une petite veine. Ce sang est mêlé avec de l’eau ordinaire et inoculé à deux lapins aux doses de un millième et un millionième de goutte. Ije premier de ces lapins meurt onze jours et le second quatorze à quinze heures après l’inoculation.

Dans ce cas, le sang extrait de la veine formait un dépôt floconneux dans le liquide avec lequel il n’avait pas été mêlé d’une manière très intime; et c’est peut-être à cette cause qu’est dît le grand intervalle que l'on remarque entre la mort des deux animaux.

Troisième observation. — Un jeune homme de dix-huit ans, couche au n» 5 de la salle Saint-Louis, à la Charité, service de M. Bourdon, est atteint d’une fièvre typhoïde au vingt-quatrième jour. 11 est actuellement en proie à des douleurs abdominales récentes avec vomissements, phénomènes que l’on attribue à une péritonite partielle. La température est à 40°, 2; le pouls à 108. L’état typhoïde était du reste peu prononcé et la guérison arriva quelques jours plus tard.

Du sang fut pris, le 13 décembre 1872 (vingt- quatrième jour de la maladie) par une piqûre du petit doigt et mêlé immédiatement avec une certaine quantité d’eau ordinaire. Il fut inoculé à un lapin à la dose de un millième de goutte et à un autre lapin à un millionième; ces lapins moururent l’un cl l’autre dix jours après l’inoculation (la nuit du 23 nu 24 décembre).

QUESTIONS RELATIVES A LA SEPTICEMIE 1 <Jo

Quatrième observation (recueillie par M. Lober, élève à l’Hôtel-Dieu).

Un jeune homme âgé de vingt-trois ans, Alsacien, malade depuis cinq

jours environ, entre le 25 novembre 1872 à l'Hôtel-Dieu, salle Saint-Lazare, numéro 13, service de M. Fremy. Cet homme est très abattu , il a des douleurs dans la fosse iliaque droite, de la diarrhée, des taches rosées lenticulaires nombreuses sur le ventre, du délire par intervalles. Des râles sibilants s’entendent des deux côtés de la poitrine; le pouls est à 112, et la température à 40°, 4.

Du sang extrait par une piqûre de la pulpe de Turf des doigts est mêlé immédiatement avec de l’eau et injecté à deux lapins aux doses de un millième et un millionième de goutte, le 12 décembre 1872. Les deux animaux meurent le dixième jour après l’inoculation.

Le 14 décembre, le malade paraît mieux; la fièvre diminue, mais la prostration est toujours grande ; le pouls est à 88 ; la température à 38" C.

Du sang extrait de l’un des doigts est inoculé à deux lapins aux doses de un millième et de un millionième de goutte. Le premier meurt cinq jours et demi et le second dix-huit jours après l’inoculation.

Le 19 décembre, la prostration a disparu ; les râles sibilants ont beaucoup diminué, le pouls est à 80°, la température à 38°, 2. La convalescence paraît prochaine.

Un lapin est inoculé avec un millionième de goutte de sang extrait du petit doigt ; il meurt deux jours et demi après.

Le 21 décembre, la langue est rouge à la pointe; les dents et les lèvres sont légèrement fuligineuses; la pression détermine encore des douleurs dans la fosse iliaque droite ; la diarrhée a diminué et les taches rosées ont disparu. Le pouls est à 96 et la température à 39°.

Deux lapins inoculés avec un millième et un millionième do goutte de sang extrait du petit doigt meurent, le premier dix jours et le second dixsept jours et demi après l’inoculation.

Quelques jours plus tard le malade entra en convalescence.

Cinquième observation (recueillie par M. Lober). — Un garçon âgé de seize ans, ferblantier, né à Paris, malade depuis huit jours, entre le 9 décembre 1872, à l’Hôtel-Dieu, salle Saint Lazare, n° 11, service de M. Frémv. — Les phénomènes du début ont été de la céphalalgie, delà courbature, de la diarrhée, des saignements de nez et de la fièvre. — Le 12 décembre, il existe des taches rosées lenticulaires sur le ventre, des râles sibilants dans les deux côtés de la poitrine ; la diarrhée persiste ; la langue est rouge à la pointe et sur les bords ; le pouls est à 100, et la température à 39°, 6^

Du sang est extrait de l’un des doigts par une piqûre et mêlé immédiatement avec de l’eau ordinaire. Il est inoculé à deux lapins aux doses do

196 CHARBON, SEPTICÉMIE

un millième et un millionième de goutte. Le premier meurt le septième jour et le second le vingt-septième jour après l’inoculation.

Le 14, la diarrhée a cessé; le ventre est balloné; la pression détermine des gargouillements dans la fosse iliaque droite et pas de douleurs : la langue est très rouge; les taches rosées sont larges ; le pouls est à 100, la respiration est à 32 et la température à 39°.

Deux lapins inoculés avec un millième et un millionième de goutte de sang du petit doigt meurent, le premier en sept jours, le second en trois jours et demi .

Le 21, les phénomènes gastriques ont complètement disparu; la toux persiste; la respiration est normale, le pouls à 96, la respiration 20, la température 37 0 ,6.

Deux lapins sont inoculés avec un millième et un millionième de goutte de sang extrait du petit doigt. Le premier meurt en vingt-cinq heures, le second onze jours après l'inoculation. (Pour s’assurer que ce dernier est bien mort de septicémie, un millième de goutte de sang est pris dans son cœur et inoculé à un autre lapin qui meurt quinze à seize heures après).

Le 11 janvier 1873, le malade parait entré en convalescence depuis plusieurs jours et doit quitter prochainement l’hôpital. Du sang pris comme précédemment au petit doigt et mêlé immédiatement avec de l’eau est inoculé à deux lapins aux doses de un millième et un millionième de goutte. Ces deux lapins sont encore aujourd’hui (30 janvier) pleins de vie.

Tels sont les faits qui, je pense, ne doivent laisser aucun doute sur la nature septique de la fièvre typhoïde.

J'ajouterai que, dans les générations successives du virus obtenues par l’inoculation aux lapins, je n’ai reconnu, entre la septicémie typhoïde et la septicémie produite par l'inoculation de matières organiques putréfiées, aucune différence, soit dans les phénomènes, soit dans la marche, soit dans l'issue de la maladie.

On aura remarqué cependant que l'incubation est généralement beaucoup plus longue dans le premier cas que dans le second ; mais, dans une prochaine communication, je reviendrai sur cette particularité, et je montrerai qu’elle n’a rien de spécial à la fièvre typhoïde.

Les premiers faits de septicémie expérimentale que j’ai exposés dans cette enceinte ont pu paraître peu dignes de croyance, et peu digues même d’occuper 1 attention de l’Aca-

déraie. Je n’ose espérer que ceux qui concernent la fièvre typhoïde recevront de tous mes collègues un accueil plus sympathique. A ces collègues que les idées nouvelles troublent dans leur quiétude, je me permettrai de rappeler les paroles d’un maitre vénéré, qui, dans un rapport sur le traitement de la fièvre typhoïde, rendait compte, il y a bientôt trente ans, de faits révolutionnaires aussi, et contraires aux doctrines de l’époque. « Toutes ces modifications, disait M. Àndral dans ce rapport, n’ont sans doute rien de nouveau ni de surprenant pour ceux qui, nourris de la lecture des maîtres qui nous ont précédés, les ont trouvées écrites et comme déposées dans leurs ouvrages ; mais, à la plupart d’entre nous, elles apparaissent comme des faits inconnus et en quelque sorte étranges; et ce nous semble être là une des plus curieuses études que nous avions à poursuivre. C’est un passé tout entier vers lequel il nous faut revenir, en le soumettant au creuset d’expérimentations nouvelles ; ce sont des doctrines anciennes qu’il s’agit de revoir, non pour les accepter sans examen, mais pour les juger avec nos faits plus rigoureusement observés, avec nos connaissances actuelles plus -positives, et même avec notre septicisme moderne, qui, suivant le point sur lequel il appuie, arrête ou accélère la marche de la science 1 »

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