LA DANSE DES NYMPHES
(vers 1845).
Bien que Corot se contentât modestement du titre de paysagiste, son art embrassait tous les genres. Aucun spécialiste n'était plus habile à interpréter la figure.
Sa peinture était proprement ce qu'on appelle de la grande peinture. Nul n'était mieux qualifié pour décorer un édifice public. On ne pensait cependant pas à lui dans les commandes officielles. Il fallut l'intervention dévouée d'un ami pour procurer à son talent l'occasion de se révéler dans un cadre merveilleusement en rapport avec la noblesse de son style et l'ampleur de sa technique.
Cet ami, M. Théodore Scribe, avait l'oreille du président de la commission des Beaux-Arts de la ville de Paris. Grâce à lui, Corot fut chargé de peindre un panneau pour la chapelle des fonts baptismaux de l'église Saint-Nicolas du Chardonnet (i). Il eut à batailler avec le curé pour le choix du sujet. Par un singulier renversement des rôles, l'ecclésiastique plaidait pour une scène qui parlât aux yeux plutôt qu'au cœur des spectateurs. Il avait imaginé de faire représenter le baptême par Saint-Philippe de l'eunuque de la reine d'Ethiopie. Je ne sais quel romantisme de mauvais aloi lui suggérait cet épisode sans intérêt de l'histoire
(i) Nous avons eu connaissance, grâce à l'obligeance de son possesseur, M. Gadala, d'une lettre officielle de Corot au Préfet de la Seine, relative à cette commande. En voici le texte avec celui des apostilles marginales qui l'accompagnent :
COROT Paysage Historique
M. David Michau appelle toute l'attention de M. le Préfet sur la demande cijointe et la recommande à tout son intérêt.
David Michau.
Paris, ce 17 janvier 1844.
A M. le comte de Rambuteau, Pair de France, Préfet du Département de la Seine.
M. le comte de Rambuteau veut-il me permettre de recommander avec les plus vives instances à tout son intérêt la demande de M. Corot. Nul ne mérite plus que lui les encouragements de la ville de Paris ; car nul plus que lui n'aime et ne pratique son art avec plus de désintéressement et de véritable talent.
Je serais particulièrement très reconnaissant à M. le comte
Monsieur le Comte,
Je viens solliciter de votre bienveillance la faveur d'être admis à participer aux travaux d'art dont votre administration dispose.
Les études longues et sérieuses auxquelles je me suis
livré me font espérer que vous voudrez bien m'accorder
de Rambuteau de tout ce qu'il cette marque de distinction, pourrait faire en faveur d'un
J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Comte, votre très
humble et très obéissant serviteur.
artiste aussi honorable sous tous les rapports.
Je prie M. le comte de Rambuteau d'agréer l'assurance de mon respectueux dévouement.
Armand Bertin.