PROCÉDÉS SUR VERRE
Les « procédés sur verre » sont des sortes d'estampes photographiques, qui ont eu un moment de faveur panni nos meilleurs artistes vers 18^^-60. Daubigny, Millet et Rousseau y ont exercé leurs talents divers en même temps que Corot.
Celui-ci fut initié à cette pratique nouvelle par les photographes d'Arras, MM. Grandguillaume et Cuvelier, en même temps que par son ami Dtitilleux, un des premiers adeptes de cette invention.
Ces « procédés sur verre » ont fait récemment V objet d'une étude particulière et approfondie dont Vauteur, M. Germain Hédiard, en même temps qu'il cataloguait ces œuvres d'un genre à part, s'est attaché à en expliquer la technique (Galette des Beaux-Arts, i" Novembre 190^).
Elle consiste à prendre une plaque de verre et à produire sur cette plaque, au moyen d'opacités et de transparences, un dessin analogue à un négatif photogra-
phique, que Von tire ensuite sur papier sensible, exactement comme un cliché ordinaire.
Ces négatifs artificiels sont obtenus par des moyens différents. Le plus élémentaire consiste à enduire la plaque de verre d'une couche opaque, que Von raye ensuite avec une pointe, comme on attaque le vernis dans Veau-forte, de manière à mettre le verre à nu. On fait en sorte que la coloration de cette couche opaque soit blanche ou tout au moins claire, afin que, le verre étant posé sur une étoffe noire pendant le travail, les traits produits par la pointe apparaissent en noir, comme ensuite sur V épreuve. Le travail de la pointe peut être additionné d'un tamponnage consistant à entamer la couche opaque au moyen d'une petite brosse de métal tenue perpendiculairement au verre. Les petits trous irréguliers ainsi obtenus forment une teinte plus ou moins vigoureuse selon que le tamponnage est plus ou moins répété. La couche opaque en question était primitivement obtenue par du collodion sensibilisé, exposé à la lumière, puis développé au sulfate de fer; mais le collodion avait le défaut de se déchirer parfois sous V action de la pointe. Aussi fut-il remplacé dans la suite par une couche d'encre d'imprimerie étendue au rouleau et saupoudrée de céruse après légère dessiccation.
Un autre procédé consiste à peindre sur la plaque de verre nue ou couverte d'un vernis transparent avec de la couleur à Vhuile d'un ton clair, formant opacité sur le verre. On place toujours sous la plaqtie quelque chose de noir, pour juger du travail. On complète la peinture en traçant au besoin dans la pâte, avec un morceau de bois taillé ad hoc, des traits plus ou moins vigoureux.
Le tirage de V épreuve se fait en appliquant le papier sensible face à la couche opaque du cliché. On obtient ainsi toute la finesse du dessin. Toutefois, les épreuves ainsi produites sont en général un peu maigres et sèches. On en tire de plus enveloppées et plus grasses en retournant le cliché et en appliquant le papier contre le côté nu du verre, ce qui permet à la lumière d'irradier entre les tailles. Mais V image,
dans ce cas, est inversée. On peut atteindre un résultat analogue sans inverser Vintage en séparant le papier sensible de la face opaque et travaillée de la plaque par une autre plaque de verre transparente, d'épaisseur appropriée au résultat souhaité.
Nous distinguerons, dans le catalogue de ces estampes photographiques, trois séries comprenant : la i'% les dessins exécutés exclusivement à la pointe; la 2% les dessins à la pointe additionnés de tamponnage; la 3% les peintures sur verre avec grattage dans la pâte.
Toutes les épreuves reproduites en regard du catalogue ci-après font partie de la collection Alfred Robaut.
Mai 1853. — LA CARTE DE VISITE AU CAVALIER.
Trait carré 0,032X0,075 Non signé. — i" série. Tiré pour la première fois par L. Grandguillaume.
Mai 1853. — LA SOURCE FRAICHE.
Trait carré 0,140X0,100 Signé en bas, à droite. — i" série.
Tiré pour la première fois par L. Grandguillaume.
Sur la monture d'une épreuve ayant appartenu à Dutilleux, on lit de sa main : « Corot, mai 1853, 3' essai de dessin sur verre pour photographie //.
Mai 1853. — LE BUCHERON DE REMBRANDT.
Sans trait carré 0,102X0,063 Signé en bas, à gauche. — i" série.
Tiré pour la première fois par L. Grandguillaume.
Sur la monture d'une épreuve ayant appartenu à Dutilleux, on lit, de la main de celui-ci : " C. Corot, I" essai de dessin sur verre pour photographie, mai 1853 ».
Mai 1853. — SOUVENIR DU PAYSAGE ITALIEN DU MUSÉE DE DOUAI (COMPOSITION RETOURNÉE).
0,110X0,155 Non signé. — r* série.
Tiré pour la première fois par L. Grandguillaume.
Janvier 1854. — SOUVENIR DE FAMPOUX (PAS-DE-CALAIS).
Trait carré 0,090X0,065 Signé à droite C. C. — \" série. Tiré pour la première fois par L. Grandguillaume.
N° ^lùo
Mai 1853. — LES ENFANTS DE LA FERME.
Sans trait carré o,o86Xo,U2 Non signé. — 1" série.
On lit sur la monture d'une épreuve ayant appartenu à Dutilleux : « C. Corot, 2' essai de
dessin sur verre pour photographie, mai 1853 ». Le cliché, cassé après un petit nombre d'épreuves, a tiré très peu. On en a fait une
reproduction, qui donne un effet plus sourd. Il existe aussi une reproduction photolithographique par Charles Desavary.
Janvier 1854. — LA PETITE SŒUR.
Trait carré 0,151X0,187 Signé en bas, à gauche (signature retournée). — 2' série. La première épreuve a été tirée par A. Cuvelier.
Janvier 1854. — LE PETIT CAVALIER SOUS BOIS.
Trait carré 0,188X0,149 Signé en bas, à droite. — 2« série.
Le première épreuve a été tirée par A. Cuvelier.
Le cliché a été cassé après un très petit tirage. On en a fait une reproduction.
N' }iù2
Janvier 1854. — LE SONGEUR.
Sans trait carré 0,148X0,193 Signé en bas, à gauche. — 3° série.
La première épreuve a été tirée par A. Cuvelier.
Il existe une réduction par Charles Desavary (0,099x0,130).
N" ji6^
Janvier 1854. — SOUVENIR DES FORTIFICATIONS D'ARRAS. — EFFET DU SOIR.
Sans trait carré 0,183X0,142 Non signé. — 3° série. La première épreuve a été tirée par A. Cuvelier.
Mars 1854. — LA JEUNE FILLE ET LA MORT.
Trait carré 0,185X0,130 Signé en bas, à droite. — 3* série. La première épreuve a été tirée par A. Cuvelier.
Vers 1854. - LE GRAND CAVALIER SOUS BOIS.
Trait carré 0,285X0,224 Signé en bas, à gauche (signature retournée). — 2' série. Il existe une reproduction, de format réduit.
Janvier 1S54. - LE TOMBEAU DE SÉMIRAMIS.
Sans trait carré 0,135X0,188 Signé en bas, à gauche. — 2' série. Le verre a été cassé après quelques épreuves. On en a fait une reproduction.
Janvier 1854. — LE CAVALIER EN FORET, VU DE DOS ET CAUSANT AVEC UN PIÉTON.
Trait carré 0,150X0,186 Signé en bas, à gauche (signature renversée). — 2° série.
Il existe deux états de ce verre dont le premier, beaucoup moins travaillé que le second, présente de vives oppositions d'ombre et de lumière. Le second est un effet très sombre.
Il existe une réduction du 2' état.