‹ L'œuvre de CorotChapitre 272 sur 326 · LA MADONE DE VERNEUIL · texte numérisé non relu

LA MADONE DE VERNEUIL

Bois, 0,31X0,25 (ovale).

Ce tableau fut peint chez M. Jules Lacroix, au Mas-Bilier, près Limoges.

Voici quelques détails à son sujet, extraits d'une lettre adressée par M. Lacroix à M. Alfred Robaut en 1888 :

La Jeune Mère allaitant son enfant, merveilleuse étude digne des grands maîtres, a une histoire que je tiens à vous raconter.

« Nous étions partis dès l'aurore pour achever une étude « dans la commune de Verneuil-sur-Vienne. Devant une « habitation de bons paysans, nous vîmes, assise surun banc « de bois, une jeune mère qui allaitait son enfant. Le père « Corot s'arrête en s'écriant : « Oh ! la belle femme ! » Je « servis d'interprète et, en bon patois limousin, .j'expliquai « à la bonne paysanne que ce Monsieur était un peintre et « qu'il désirait faire son portrait. La jeune mère comprit. « Elle venait de recevoir une photographie -de .son frère, « soldat au Tonkin (?) ; elle crut qu'elle allait être portrai- « turée de la même façon ; elle fut ravie et accepta pour le « lendemain.

« Nous rentrâmes après quelques heures de travail sur les « bords de la Vienne. Le lendemain, pluie toute la journée. « Je vins trouver notre artiste dans son atelier rural. Il avait « devant lui une toile déjà bien avancée et sur laquelle je « crus voir la Madone. Le bon Corot avait voulu reproduire « de souvenir la jeune mère qui avait excité son admiration, « et, poétisant son œuvre, avait fait une merveille.

« Deux jours après, il revenait de Verneuil avec le vrai « portrait de la paysanne. Son costume campagnard, la « vraie coiffe du Limousin, c'était bien cela; mais, rien que « la vérité et la réalité. Quelle différence entre les deux « toiles.

« M"" Lacroix se vit forcée d'accepter l'œuvre poé- « tique et la simple prose partit pour Paris. . . »

« Je racontais quelques années après, ajoute M. Lacroix, cette historiette devant plusieurs amis de M. Corot, dans son atelier; on me supplia d'envoyer la peinture ; mais je refusai, craignant de ne plus revoir ma Madone. Un jour, un ami de Corot, qui traversait Limoges, vint avec une lettre du Maître, qui me priait de la donner. Elle a donc fait le voyage et a été trouvée ravissante. »

En effet, Corot avait dit à ses amis: « Quand vous verrez la Madone de Verneuil, vous apprendrez comment je sais peindre par cœur les belles personnes. » Son entourage fut édifié par le spectacle de l'œuvre.

Exposition Sciences et Arts de Limoges, 1886 (N° 86), à M. J. Lacroix. — Collection A. Robaut. — Appartenait à M. Durand-Ruel en 1901.

Photographie Durand-Ruel. — Dessin par M. Alfred Robaut.

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