‹ L'œuvre de Crébillon de filsChapitre 1 sur 48 · RUE DE FURSTENBERG, 4 M C M X X I · texte numérisé non relu

RUE DE FURSTENBERG, 4 M C M X X I

INTHODUCTION

Les Tableaux des mœurs du temps dans les différents âges de la vie forment, avec Daïra, ce que Monselet (i) a appelé « Les passe-temps de M. de la Popelinière ».

Pour Daïra (2), personne ne se donnera la peine d'en contester la paternité à La Piiche de La Popelinière.

C'est un roman ennuyeux et fort ennuyeusement écrit. .Monselet, qui avait de l'indulgence pour toutes les raretés bibliographiques, en dit beaucoup trop de bien :

« Daïra parut pour la première fois en 17G0 ; c'est un volume grand in-80, tiré à très jseu d'exemplaires, vingt-cinq, assuret-on. Les aventures qui y sont racontées ne sortent pas du cadre ordinaire des romans musulmans ; on y rencontre cependant quelques situations pathétiques et un certain art de composition. Bien que la Popelinière eût alors soixante-huit ans et que sa femme adultère fût morte depuis plusieurs années, il ne put s'empêcher, dans les premières lignes de Daïra, d'exhaler un reste de colère contre celle qu'il avait tant

(i) Les Galanteries du XVIII' siècle, Paris, 18C2.

(2; Il y eu a deux éditions, dont la première tirée à très petit nombre :

Daïra. Histoire Orientale. En quatre Parties. A Paris. De l'Imprimerie de Claude-François SI.MOy, Chevalier de l'Ordre de Christ, de l'Académie des Arcades de Rome, Imprimeur de la Heine et de l'Archevêché, j'jGo.

Gr. in-8 de 320 pp. L'exemplaire de la Bib. Nat. porte sur le titre, écrite, sans doute, par La Popelinière lui-même, la mention suivante : Pour la\Marquise de Villeroy.

Daïra. Histoire Orientale. En quatre Parties. Tome premier [second]. A Amsterdam : et se trouve à Paris, cfies BAUCHE, Libraire, quai des Auff ustins, a l'Iinaije Sainte-Geneviève. M. DCC. LXI.

2 vol. in-i2, 203-187 pp. V\\ des exemplaires de la Bib. Xat. porte sur le litre la mention écrite qui suit : Ej: libris Recollectorum Conventiis régit uersalliensis.

L(EUVHK DK CHKHII.LON I.E l'II.S

aimôe, conlre cette petite-fille de Daiicourt (i) qui avait iK'iilé de sou grand-pèi-e l'esprit et la légèreté.

« Si je von/dis, dit-il, rap//eler ici la falale année de ma vie on Je nie suis vu réduit à quitter mes amis, ma famille, ma chère patrie, pour me retirer dans les déserts, il faudrait développer les intrigues secrètes, les manœuvres impies par lesquelles une femme a pu parvenir à renverser un homme d'honneur. Mais je suis le même homme toujours, et s'il a plu au ciel de terminer la vie de cette femme criminelle, Je ne la regarde plus sur cette terre que comme la pincée de poussière que Je serre en mes doigts. Je lui /jurdonne, Dieu m'en est témoin. Je lui pardonne tous les maux, tous les tourments qu'elle m'a causés; Je ne veux pas même étendre ce sentiment plus loin, de peur qu'il ne s'g répandit malgré moi quel(/ues lumières sur des événements déjà connus, dont on a toujours profondément ignoré les causes, et qui peut-être exciteraient à les recherclier...

« Je préviens donc que si J'emploie le loisir que Je trouve dans ma retraite à rassembler les choses qu'on va lire, ce n'est que parce qu'elles n'ont aucun rapport avec mol; Je préviens que rien ne m'est plus étranger que toute l'histoire que Je vais écrire, etc., etc.

« Quoi qu'il en dise, on sent que la blessure est toujours saig^nante chez le pauvre financier. Cette sensibilité seiM plus tard une excuse au cynisme et aux écarts que nous aurons à reprendre en lui ; cela ne s'applique pas à Daïra, qui n'a rien de bien galant, malgré la réputation que les catalogues lui ont faite, et quoique la scène se passe dans le sérail d'Alep. Une seconde édition en fut publiée l'année suivante eu vue du public. »

Ouoi qu'en dise rhonnête M. de Cupidon; le principal intérêt de Daira réside dans les quelques lig-ues qu'il en a citées et qui auraient une importance anecdotique i^our le biographe

. (i) La Popelinière avait épousé en premières noces une actrice, fille de l'auteur comique Dancourt. Les Mémoires de Marmontel rapportent les détails de Thistoire de la clieminée tournante, de l'aventure scandaleuse qui résulla de la liaison de cette dame avec le duc de Richelieu et qui força le financier à se séparer d'elle.

INTRODUCTIOX

qui voudrait faire revivre le fameux fermier g-énéral, son faste et ses mésaventures.

« La Popelinière, dit encore Monselet-Cupidon, a composé beaucoup de prose et de vers. D'abord c'étaient ses propres comédies qu'il faisait représenter sur son théâtre, où naturellement on les trouvait fort bien tournées; nous croyons qu'elles sont toutes restées manuscrites. Deux ouvrages seulement de La Popelinière ont été imprimés, Dai'ra et les Tableaux des mœurs du temps. »

Halte-là! Pour les Tableaux des mwurs du temps, il n'y a aucune certitude qu'ils soient de La Popelinière. Sans doute ont-ils été écrits pour lui et est-il l'auteur de l'ennuyeuse et plate Histoire de Zaïrette qui leur fait suite, mais les Dialogues témoignent d'un talent que lui-même ne i)0ssédai-t point.

Les seules raisons que l'on ait d'attribuer ces Dialogues au vieux fermier général proviennent do l'article des Mémoires secrets qui, à la date du i5 juillet 17O3, racontent le scandale causé par la découverte de l'ouvrage après la mort de La Popelinière :

« Tout le monde sait que M. de la Pouplinière visait à la célébrité d'auteur ; on connaissait de lui des comédies, des romans, des chansons (i), etc. ; mais on a découvert depuis quelques jours un ouvrage de sa façon qui, quoique imprimé, n'avait point paru : c'est un livre intitulé Les Mœurs du siècle en dialogues. Il est dans le goût du Portier d&i Ctiartreux. Ce vieux paillard s'est délecté à faire cette teuvre licencieuse. Il n'y en a que trois exemplaires existants. Ils étaient sous les scellés. Un d'eux est orné d'estampes en très grand nombre : elles sont relatives au sujet, faites exprès et gravées avec le plus grand soin. Il en est qui ont beaucoup de figures, toutes très finies. Enfin, on estime cet ouvrage, tant pour sa rareté que pour le nombre et la perfection des tableaux, plus de vingt mille écus.

« Lorsqu'on fît celte découverte, .At'ie de Vandi, une des

(i) Il aurait composé, d'après une mélodie populaire, l'air célèbre : O ma tendre Musette, et quelques autres brunettes.

/( l'OCUVUK DlC CIŒBILLON LK FILS

héritières, fit un cri ellroyaljle et dit qu'il fallait jeter au feu celte production diabolique. Le commissaire lui repi'ésenta qu'elle ne pouvait disposer seule de cet ouvraee, qu'il fallait le concours des autres héritiers ; qu'il estimait convenable de le remettre sous les scellés jusqu'à ce qu'on eût pris un parti ; ce qui fut fait. Ce commissaire a rendu compte de cet événement à M. le lieutenant général de police, qui l'a renvoyé à M. de Saint-Florentin. Le ministre a expédié un ordre du roi, qui lui enjoint de s'emparer de cet ouvrage pour Sa Majesté; ce qui a été fait. »

delà ne prouve nullement que La f'opelinière ait écrit le.s Tableaux des mœurs du temps.

D'autre part, on le sait, il passait pour n'être point l'auteur des ouvrag-es qu'il s'attribuait. Au j^oint qu'un mois seulement après sa mort, sa veuve ayant mis au monde un fils, on ne voulut point, et sans doute avec raison, lui en accorder la paternité. Les Mémoires secrets rapportent, à la date du i3 janvier 176?, l'épitaphe satirique que l'on fit à ce sujet :

Pour être auteur, ci gh qui paya bien :

C'est la coutume.

L'ouvrage seul qui ne lui coûta rien

C'est son posthume.

La Popelinière faisait travailler des écrivains à ses g'ag-es. Que de millionnaires n'en usent pas autrement de nos jours!

Somme toute, les Tableaux des mœurs du temps furent trouvés chez La Popelinière, imprimés par son ordre à trois exemplaires et enrichis de figures plus que libres. Us sont suivis d'une élucubration qui peut fort bien être sortie de la même plume qui écrivit Voira; rien d'autre, sinon que La Popelinière payait bien pour être auteur. Et les Tableaux des mœurs du temps sont, sans aucun doute, un de ces ouvrages bien payés.

Diverses réimpressions des Tableaux portent l'indication : par Crébillon fds. 11 est de fait que ces Dialogues rappellent

INTRODUCTION

le tour de style vif et enjoué de celui qui mérita d'être appelé « le Pétrone français ». On y retrouve son esprit et cette connaissance véritable qu'il avait des âmes. Sa réputation n'a pas diminué. 11 semble même qu'elle aille en grandissant. La plupart de ses ouvrages n'ont pas vieilli, et le trait suivant, que l'on m'a rapporté, montre bien l'estime où le tiennent les écrivains d'aujourd'hui. 11 y a peu d'années, lorsque M. Pierre Louys devait écrire à un de ses amis qui habitait dans la rue Crébillon, il ne manquait point de modifier l'adresse de la façon suivante : « Paie de Crébillon le fils », ne voulant point que le facteur des postes même pût supposer qu'au détriment du fils, il eût un instant arrêté sa pensée sur le père.

Crébillon le fils est-il l'auteur des Tableaux? 11 pourrait bien l'être, et en tout cas ils sont dignes de lui. On peut donc, ce semble, imiter les derniers éditeurs de l'ouvrage et sauvegarder une attribution qui honoi"e infiniment un livre, sans diminuer en rien la arloire d'un écrivain.

Les Tadlcanx des mœurs du temps sont une fidèle image de la société et de la vie privée des Français au moment où ils furent conçus et écrits, c'est-à-dire entre la Régence et l'influence de Mme de Pompadour.

Cependant, les belles œuvres ont toujours un prototype ou œuvre antérieure qui, excitant l'imagination d'un nouvel auteur, provoque la conception de l'œuvre nouvelle. La prototype joue ainsi le rôle fécondant du mâle, tandis que le cerveau de l'écrivain nouveau devient en ce cas la femelle.

Je ne suis pas loin de penser cjue l'ouvrage qui, pour ainsi dire, a servi de père aux Tableaux des mœurs du temps est un recueil de Dialogues anonymes et fort curieux, intitulé Vénus dans le cloître ou la Religieuse en chemise, dont la piemière édition est datée de 17 19. Cet ouvrage assez libre avait été écrit contre le catholicisme au profit du protestantisme. Toutefois, il est lestement écrit et non sans grâce et sans esprit. 11 ne pouvait que plaire à l'auteur des Tcd)leaux des mœurs du temps.

Plusieurs passages de ces derniers présentent une parenté évidente avec certains passages de Vénus dans le cloître.

Prenons, piir exemple, le Dialogue V des Tableaux, qui commence ainsi :

Auguste (ï). — Ah! ah ! c'est la belle précieuse... Eli! bon Dieu! madetiioisellc, d'où me vient tant de bonheur, et à vous tant de hardiesse, de venir dans ma chambre lorsque je suis seule...

Voici, d'autre pari, le commencement dn Premier Entretien de Vénus dans le cloître :

Agnès. — Aii Dieu ! sœur Ang'éliquc, n'entrez pas dans ma chambre ; je ne suis pas visible à présent. Faut-il ainsi surprendre les personnes dans l'étal où je suis ?...

La ressemblance saute aux yeux.

Les deux dialog-ues continuent, visiblement inspirés l'un de l'autre (on entend bien qu'il ne s'agit ici aucunement de plagiat ni d'imitation servile, d'ailleurs les sujets des deux ouvrages sont différents) et plusieurs fois- encore ils se rencontrent.

Voici un autre passage des Tableaux :

Auguste. — Les voilà donc, ces belles fesses invisibles pour tout le monde...

Auquel correspond ce passage de Vénus :

Angélique. — Oh ! le voilà donc à découvert, ce beau visag-e toujours voilé !...

Et encore dans les Tableaux :

Tliérèse. — Ah ! peste d'Auguste ! comme tu me fais des attouchements sur les fesses ! comme tu me manies!... comme tu me tapes!... Finis donc, finis donc!

Passage imité de celui-ci, de Vénus clans le cloître : Agnès. — Eh bien! as-tu assez contemplé cet innocent outragé? Oh Dieu ! comme tu le manies ! Laisse-le en repos...

Prenons cette fois un passage plus long dans les deux ouvrages. On verra mieux par qtiel mécanisme mental et par quel art délicat le nouvel auteur renouvela la matière de son modèle.

Citons d'abord les Tableaux :

Auguste. — Est-ce que tu veux me voir? Je ne suis pas mal faite. Tien.s, me voilà debout. Allons, baise-moi. Ah! petite novice, tu me trousses tout doucement.

Tlièv.'-se. — Attends, attends ! tourne-moi le dos, j'en viendrai bien à bout.

Auguste. — Fort bien, vraiment, fort bien! Voilà mon derrière, le voilà lui-même; il prend le frais. Gela est délicieux. Ah 1 ah! tu te mets à genoux?

(I) C'est, dans les Tableaux, un nom féminin.

INTRODUCTION

Thérèse. — Oui, pour mieux voir. Ali 1 Auguste, que lu es bien faile !

Augiiste. — Lève donc, innocente; lu ne vois pas ina chute de reins... là!... bon!... Ah! que j'ai frais! que cela me fait plaisir! Tu me baises mes fesses ! je l'en sais bon gré !

Thérèse. — Me permets-tu de te donner un peu le fouet à la lavande?

Aurjiisfe. — Oh! tant que tu voudras! C'est ce qu'il me faut. Attends que je me couche à demi sur le pied du lit. Me voilà bien. Trousse, trousse, je ne veux rien te cacher... Me trouves-tu bien?... Oui, car tu me baises... Allons, allons, quelques petits coups!

Thérèse. — A'on, je ne saurais m'y résoudre ; j'aime cent fois mieux le caresser !

Auguste. — Relevons-nous donc...

Voici maintenant le passage corre.spondant de Vénus dans le cloître :

Angélique. — Hélas! mon enfant, la demande que tu me fais ne me surprend point; nous sommes toutes formées de même pâte. Tiens, je me mets dans ta posture. Bon, lève ma jupe et ma chemise le plus haut que tu pourras.

Agnès. — J'ai grande envie de prendre ma discipline et de faire en sorte que ces deux sœurs jumelles n'aient rien à me reprocher.

Angélique. — Ouf! ouf! ouf! comme tu y vas! ces sortes de jeux ne me plaisent que quand ils ne sont pas violents. Trêve, trêve !

Si l'on voulait recherclier tous les ancêtres des Tableaux, il faudrait d'abord remonter à l'ouvrage qui a inspiré Vénus dans le cloître ; c'est, à n'en pas douter, la Satire soiadique de Chorier dont les Dialogues ont été inspirés avant tout par les Ragionanienti de l'Arétin et par ce petit Dialogue en prose faussement intitulé La Puttana errante qui n'est pas de l'Arétin bien qu'on le lui ait attribué. Les Dialogues putanesques d'Arétin ont pour prototype immédiat les Dialogues espagnols intitulés la Lozana Andaluza, par Francisco Delicado, et peut-être aussi (malgré sa publication postérieure) le dialogue italien du Zoppino, que j'attribue au même prêtre espagnol.

La Lozana Andaluza ayant été écrite parce que Delicado voulait doter sa nation d'un ouvrage préférable à la Célestine, qu'il ne goûtait point, c'est à cette tragi-comédie espagnole, qui fut imprimée pour la première fois dans les dernières années

L rKUVRE IJE CUKUILLON LE FILS

du xvc siècle, qu'il convient de faire remonter l'origine des dialogues légers intitulés Tableaux des nianirs du temps et qui sont une des productions les plus spirituelles et les i)lus gracieuses du xviiie siècle français.

Au demeurant, la filiation est si certaine que l'auteur des Tableaux en donne d'autres preuves que les données historiques que j'avance. Excité à écrire par le plaisir que lui avait causé Vénus dans le cloftre, il n'ignorait pas sans doute les Dialof/ues de Chorier, mais il s'est attaché à s'en écarter, car ils étaient trop connus de son temps et pouvaient lui paraître alors fades et sans véi'ité, bien qu'ils soient tout le contraire. Toutefois, par la force des choses, et pour employer le jargon scientifique aujourd'hui à la mode, par une sorte d'atavisme littéraire, il en est venu, sans connaître (i) les écrits de l'Arétin, à composer certains passages qui rappellent les Ragionamenti. Une citation prouvera ce que j'avance. C'est au Dialogue X des Tableaux :

Chonchette. — Ça ne fait rien ; il n'est pas besoin qu'on en ail (2), mais il faut faire accroire aux lioninies qu'on en a. 11 n'y a que ça qui les touche. II faut leur reprocher tout ce qu'ils font, comme si on craig-nait qu'ils ne chang-ent. Il faut les quereller; 11 y en a même qui demandent à être battus. El puis après ça, on s'apaise un peu; on se laisse a[)pruchcr; l'amoureux vous embrasse, vous fait cent baisers; vous lui en rendez autant avec des invectives; il s'enhardit, il vous met la main souS les jupes; vous vous défendez; il vous trousse; vous criez un peu; il vous jette sur le lit; vous croisez les jambes, vous gigotez; tout en même temps vous le chatouillez, vous le pincez ; pendant qu'il se tourmente pour vous le mettre, vous l'ég'ratig'nez, vo'îs le mordez ; quand il entre, vous vous jetez de côté; quand il y est une fois, vous vous trémoussez encore davantag"e; et enfin, quand vous voyez que les yeux lui coulent et qu'il souffle en respirant, vous faites mine d'en faire de même : il faut alors souffler aussi, et puis se pâmer comme si on perdait connaissance... Voilà des façons qu'il faut avoir quand on veut persuader à un quelqu'un qu'on l'aime bien et qu'on a du tempérament. El il y en a bien d'autres; mais, dame ! ce sont des bottes secrètes.

Ne croirait-on pas entendre une franche coquine des Ragionamenti?...

C'est que les Tableaux des mœurs du temps sont l'expres-

(i) Au xviiii- siècle on connaissait fort mal l'Arétin. (2) De la jalousie.

INTRODUCTION

sien française de préoccupations psychologiques et sociales. dont nous pouvons suivre la trace jusqu'au xvc siècle en Espag-ne, d'une part, et dont il serait aisé, d'autre part, d'indiquer les modifications jusqu'à nos jours où il faudrait rejoindre les Romans et les Dialogues de M. Abel Hermant, qui sont parmi les meilleures productions littéraires de notre temps, et n'ont pas une autre orig-ine.

Le morceau de roman mahométan qui se trouve à la suite des Tableaux, et qui est intitulé Histoire de Zaïrette (i), est suffisamment ennuyeux, malg-ré la licence dont il déhorde pour que nous ne tentions point d'en dépouiller JM. de la Popelinière. Ce morceau conçu, par un flag-ellant à l'imagination sénile, ne saurait avoir qu'un intérêt anecdotique (et encore ne sait-on rien de certain là-dessus) qu'a indiqué Monselet :

(( Il y est encore question de l'Orient et des sérails. Zaïrette est — fille de la Fortune et de l'Amour, c'est-à-dire d'un homme o;)ulent et d'une actrice de théâtre. — Ce sont les expressions de la Popelinière; elles nous donnent à penser qu'il pourrait bien y avoir quelque petite vengeance sous ce récit. S'agirait-il d'une fille de MUe Gaussin, la Zaïre de Voltaire? »

S'ag-it-il, en effet, d'une fille de M'ie Gaussin-Zaïre '? Faut-il voir dans VHistoire de Zaïrette une long-ue et lourde plaisanterie touchant le g'oût de cette demoiselle pour le plaisir. Elle avait pu l'hériter de sa mère qui en avait toujours montré beaucoup. On lui reprochait d'avoir de nombreux amants et elle répondait :

« Que voulez-vous? Cela leur fait tant de j^laisir, et il m'en coûts si peu ! »

Quoi qu'il en soit, VHisloire de Zaïrette est fastidieuse et ceux qui auront été charmés par les Tableaux des mœurs du temps feront bien de la passer.

(i) Ce n'est nullement, comme on pense, la Bibliographie dex livres relatifs (L l'amour, une suite de Duïra.

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