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XIV. Conclusion

Paris, mars 1885.

Le nom d'Eugène Delacroix, brille aujourd'hui sur la façade de l'École des Beaux-Arts, et ses œuvres couvrent les murs des galeries du quai Malaquais.

Delacroix, refusé pendant vingt ans aux expositions annuelles.

Delacroix classé le soixantième, c'est-à-dire le dernier au concours de Rome, deux ans après avoir exposé la Barque du Dante.

Delacroix, conspué, méprisé, vilipendé pendant toute sa vie par les peintres officiels, qui, reçu membre de l'Institut, voyait refuser systématiquement par ses collègues tous les élèves qu'il présentait aux concours de l'École (lettre du 5 juillet 1862).

Delacroix enfin qui, sur son lit de mort, apprenant par sa gouvernante, la fidèle Jenny le Guillou, qu'un délégué de l'Académie était venu demander de ses

nouvelles, s'écriait dans le délire de la fièvre : « M'ontils assez ennuyé, m'ont-ils assez insulté, m'ont-ils assez fait souffrir ces gens-là, mon Dieu! » Eugène Delacroix triomphe en pleine Académie, dans ce palais même d'où on aurait voulu le chasser pour toujours.

La revanche est tardive, mais elle est éclatante.

« Le jour de la justice arrive, comme disait jadis Théophile Gautier, et c'est avec une consolation grande que l'on voit les talents vaillants et fiers, qui, dans leur amour de l'art, n'ont pas mendié les suffrages de la foule par des concessions, et, dédaigneux d'une popularité passagère, se sont obstinés à suivre cette voie escarpée, roboteuse, barrée de ronces, bordée de précipices, parvenir aux sommets lumineux où rayonne la vraie gloire. »

Que dira-t-on dans vingt ans des peintres à la mode choyés, caressés, adulés à cette heure? — Ce qu'on en dira? — Voyez déjà boulevard Saint-Germain, au Cercle de la librairie et ailleurs.

Nous n'avons rien à dire de l'exposition actuelle des œuvres de Delacroix, si ce n'est qu'elle est la première consécration de la postérité. Qu'on nous passe pourtant une simple observation sur la mesquinerie de cette hospitalité donnée au grand maître

par ses anciens ennemis, il y a des haines qm survivent à tout, et c'est avec tristesse que nous avons vu les toiles illustres du peintre des Croisés à Constantinople^ souillées de chiffres grossièrement tracés à la craie, les cadres de ses aquarelles salis par des numéros écrits à l'encre grasse, le Prisonnier de Chillon rejetée à des hauteurs invraisemblables. Les études les plus poussées, cachées dans l'ombre des grandes fenêtres ou reléguées dans les vestibules.

Pauvre grand homme on le dédaigne encore en haut lieu. Mais, nous l'avons dit, la vengeance de la Postérité, cette fois s'accentue et il y a un être qui a plus d'esprit que M. de Voltaire, qui s'appelle tout le monde, et qui le proclame grand au-dessus des mesquines rivalités qui s'acharnent encore au pied de sa statue. L'exposition de l'École des Beaux-Arts est le triomphe définitif de Delacroix.

Lorsqu'après sa mort, la Société nationale des Beaux-Arts entreprit la réhabilitation du maître, elle réunit au boulevard des Italiens la plupart de ses œuvres. C'est alors que fut écrite la brochure qu'on nous demande de rééditer aujourd'hui. Depuis, bien des faits se sont passés, le Salon delà Paix, à l'Hôtel de Ville et les Travaux d'Hercule ont disparu, le Justinien du Conseil d'État n'existe plus. Nous en

avions alors parlé avec enthousiasme, nous n'avons voulu rien changer à ces pages, nous les redonnons telles qu'elles parurent en 1864. On aime à se rappeler, au jour de la victoire dans toute leur juvénile ardeur, les cris que l'on poussait au moment de la bataille, là est la seule excuse de la reproduction de notre modeste travail. .

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