I. ŒUVRE DE DII)i:iU)I
mené ses petites affaires, et qui n'a\.iit jamais eu de confidentes, répondit au sultan que tout l'art des médisants serait ici superflu.
« Peut-être, répondit la voix inconnue.
— Comment! peut-être? reprit Ismène piquée de ce doute injurieux. Qu'aurais-je à craindre d'eux?...
— Tout, s'ils en savaient autant que moi.
— Et que savez-vous ?
— Bien des choses, vous dis-je.
— Bien des choses, cela annonce beaucoup et ne signifie rien. Pourriez-vous en détailler quelques-unes?
— Sans doute.
— Et dans quel genre encore ?Ai-je eu des affaires de cœur ?
— Non.
— Des intrigues? des aventures?
— Tout justement.
— Et avec qui, s'il vous plaît? avec des petits-maîtres, des militaires, des sénateurs?
— Non.
— Des comédiens ?
— Non.
— Vous verrez que ce sera avec mes pages, mes laquais, mon directeur, ou l'aumônier de mon mari.
— Non.
— Monsieur l'imposteur, vous voilà donc à bout?
— Pas tout à fait.
— Cependant, je ne vois plus personne avec qui l'on puisse avoir des aventures. Est-ce avant, est-ce après mon mariage? llépondez donc, impertinent.
— Ah! madame, trêve d'invectives, s'il vous plaît; ne forcez point le meilleur de vos amis à quelques mauvais procédés.
LES BIJOUX INDISCRETS l\?>
— Parlez, mon cher; dites, dites tout; j'estime aussi peu vos services que je crains peu votre indiscrétion : expliquez-vous, je vous le permets ; je vous en somme.
— A quoi me réduisez-vous, Ismène? ajouta le bijou, en poussant un profond soupir.
— A rendre justice à la vertu,
— Eh bien, vertueuse Ismène, ne vous souvient-il plus du jeune Osmin, du sangiac (i) Zégris, de votre maître de danse Alaziel, de votre maître de musique Almoura?
— Ah ï quelle horreur! s'écria Ismène; j'avais une mère trop vigilante pour m'exposer à de pareils désordres; et mon mari, s'il était ici, attesterait qu'il m'a trouvée telle qu'il me désirait.
— Eh oui, reprit le bijou, grâce au secret d'Alcime, votre intime.
— Cela est d'un ridicule si extravagant et si grossier, répondit Ismène, qu'on est dispensé de le repousser. Je ne sais, continua-t-elle, quel est le bijou de ces dam3S qui se prétend si bien instruit de mes affaires, mais il vient de raconter des choses dont le mien ignore juqu'au premier mot.
— Madame, lui répondit Géphise, je puis vous assurer que le mien s'est contenté d'écouter. »
Les autres femmes en dirent autant, et Ton se mit au jeu, sans connaître précisément l'interlocuteur de la conversation que je viens de rapporter.
(ï) Nom g-énérique des provinces et des gouverneurs de ces provinces en Turquie.
CIIAPITHE \II