SUITE DE LA CONVERSATION PRECEDENTE
Mangogul était le seul qui eût écouté la leçon de philosophie de Mirzoza sans l'avoir interrompue. Comme il contredisait assez volontiers, elle en fat étonnée.
« Le sultan admettrait-il mon système d'un bout à l'autre ? se disait-elle à elle-même. Non, il n'y a pas de vraisemblance à cela. L'aurait-il trouvé trop mauvais pour daigner le combattre? Cela pourrait être. Mes idées ne sont pas les plus justes qu'on ait eues jusqu'à présent; d'accord : mais ce ne sont pas non plus les plus fausses, et je pense qu'on a quelquefois imaginé plus mal. »
Pour sortir de ce doute, la favorite se détermina à questionner Mangogul.
« Eh bien ! prince, lui dit- elle, que pensez-vous de mon système?
— Il est admirable, lui répondit le sultan; je n'y trouve qu'un seul défaut.
— Et quel est ce défaut ? lui demanda la favorite.
C'est, dit Mangogul, qu'il est faux de toute fausseté. Il
faudrait, en suivant vos idées, que nous eussions tous des âmes; or, voyez donc, délices de mon cœur, qu'il n'y a pas le sens commun dans celte supposition. « J'ai une âme : a voilà un animal qui se conduit la plupart du temps « comme s'il n'en avait point ; et peut-être encore n'en a-t-il a point, lors même qu'il agit comme s'il en avait une. Mais « il a un nez fait comme le mien ; je sens que j'ai une àme