‹ L'Œuvre de LourdesChapitre 3 sur 47 · LETTRE DE MP' L EVEQUE DE TAREES IX · texte numérisé non relu

LETTRE DE MP' L EVEQUE DE TAREES IX

que vous exigez, ce sont des faits, des faits bien constatés, bien étudiés. Avantde vous prononcer sur la réalité d'une guérison, votre esprit, judicieusement critique, s'attache à peser les déclarations médicales qui établissent la nature et la gravité du mal antérieur à la guérison du malade. Ni pour le fait de la maladie, ni pour celui de la guérison, vous n êtes prompt ou facile à convaincre. Votre attitude, aw Bureau des Constatations, frappe tout d'abord par sa froideur et son calme déconcertant et par une sorte de doute spontané. Non que vous ne soyez très paternel pour les malades se disant guéris, mais votre examen, f allais dire votre interrogatoire, abonde en objections. On dirait que vous vous défendez contre le surnaturel, et, dans une réunion de dix, vingt, trente médecins, groupés autour de vous comme un Aréopage de savants, il n'est 2)as rare que vous soyez le dernier à reconnaître l'évidence de certaines guérisons tout à fait extraordinaires.

Il est assez facile d'expliquer et de justifier votre conduite. C'est quà vos yeux c'est une questionde conscience et de science de désavouer, comme prématuré et indiscret, au moins s'il prétend être officiel, le caractère miraculeux attribué à certaines guérisons. Vous exigez ciu elles soient de bon aloi pour être offertes en hommage à la Vierge immaculée. Vous ne voulezpour témoins de sa gloire que des œuvres portant l'empreinte visible de sn main : laudent eam in portis opéra ejus.

Encore vous faites-vous un légitime scrupule, même en face des guérisons les plus remarquables et les plus certaines, de ne pas sortir des attributions dans lesquelles la science veut et doit se renfermer. Qu'une personne malade de la tuberculose au troisième degré, qu'une autre, aveugle, déclarée incurable, vienne à être guérie radicalement, instantanément, vous ne sauriez sans doute empêcher la foule de crier au miracle et de trouver que son enthousiasme est aussi légitime que l'imperturbable sang-froid des savants, mais vous, homme de science et de foi avisée, vous vous gardez bien d'anticiper le jugement de de l' Eglise : à Elle seule, en effet^ il appartient de déterminer quels faits doivent être tenus pour miraculeux.

En ce qui vous concerne, la conduite à tenir est clairement tracée et nettement délimitée.

X LETTRE DE Mt^' L EVEQUE DE TARDES

Avec toute la sagacité, avec toutes les minuties même de la science médicale, vous vous préoccupez d'établir deux faits. Premier fait : A un moment donné, telle personne souffrit d'une tuberculose à la dernière période, dun mal de Potl, d'une tumeur blanche, d'une cécité complète, maux aggravés encore par une durée parfaitement connue. — Deuxième fait: Tel jour, à telle heure, instantanément, la personne malade a été guérie, et si bien guérie que l'examen médical le plus méticuleux ii a pu saisir trace de la primitive infirmité. Ces deux faits dûment prouvés, vous et vos confrères vous vous demandez si le passage d'un état à l'autre trouve son application dans lesdonnées certaines ou même conjecturales de la science; je dis conjecturales, car vous ne refusez pas de faire crédit jusqu'à un certain point aux revendications de l'hypnotisme, de la suggestion et des influences nerveuses. Et quand, après avoir exploré tous les horizons de la médecine, vous êtes forcé de reconnaître que la guérison s'obstine à être inexplicable, vous vous bornez à déclarer que les moyens humains sont impuissants à en donner la raison su^sante. Vous constatez ainsi les limites de la science humaine, et vous vous arrêtez avec elle, sans revendiquer le droit de conclure à la réalité d'un miracle proprement dit. L'Eglise, comme je l'ai déjà dit, s'est réservé cette mission; à elle seule de porter un jugement de cette nature, après que les enquêtes canoniques et scientifiques, conduites avec une sévérité bien connue, on oserait presque dire avec des scrupules légendaires, auront mis en évidence le doigt de Dieu et l'intervention directe de sa puissance.

Un procès de ce genre fut instruit par mon vénéré prédécesseur, Mgr Laurence, de sainte et glorieure mémoire, quand il s'agit pour ce grand évêque de fonder sur de vrais miracles l'authenticité des apparitions de la Vierge immaculée à Lourdes et la célébration du culte en son honneur.

Depuis cet événement, déjà lointain puisque vous vous préparez à en solenniser le cinquantième anniversaire, la grotte de Lourdes, que dis-je, le monde entier a été témoin de guérisons extraordinaires attribuées à la Madone de Massabielle et obtenues dans les circonstances les plus variées : à la suite de bains dans les piscines, à la fin d'une neuvaine de prières, à

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