‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessins (volume 2)Chapitre 102 sur 302 · ISABELLE BRANT · texte numérisé non relu

ISABELLE BRANT

(Première femme de Rubens, i5gi-i62Ô).

ubens a peint plusieurs fois sa première femme ; cependant, les portraits d’Isabelle Brant sont bien moins nombreux que ceux d’Hélène Fourment, sa seconde femme. L’affection qu’il portait à la première était évidemment plus calme, plus réfléchie que son amour passionné pour la seconde. Isabelle Brant n’était pas une beauté, tant s’en faut. Les portraits authentiques que nous possédons d’elle la représentent sous des traits assez différents. Le plus ancien de ces portraits, celui de la Pinacothèque de Munich, où nous la voyons aux côtés de Rubens, nous la montre dans toute la fraicheur de la jeunesse : figure douce et rêveuse, aux traits peu prononcés, le nez assez charnu, les coins de la bouche relevés, le menton un peu proéminent, les pommettes saillantes, les yeux allongés. Dans le portrait de la galerie de Windsor, le nez est devenu plus pointu, les yeux sont plus bridés, le front est élevé, les cheveux légèrement bouclés tombent le long des joues et sont relevés sur le haut de la tête. Le portrait appartenant au duc de Norfolk donne plus d’embonpoint au modèle; la face est plus large, les yeux plus ouverts. Celui du musée de St. Pétersbourg est le plus nettement caractérisé; les coins de la bouche sont fortement relevés, le menton s’est aiguisé, les pommettes sont sensiblement proéminentes, les yeux fendus, les sourcils relevés à la chinoise, les cheveux ramenés en arrière ; la figure respire le calme, la douceur, elle s’est affinée et accentuée par une santé chancelante. Dans presque tous ses portraits, la toilette d’Isabelle Brant est somptueuse. Dans le dernier, elle porte le riche collier qui retombe en trois rangées sur le corsage, joyau que nous retrouvons dans son portrait de la galerie du duc de Norfolk,

dans les portraits d’Hélène Fourment et dans celui d’autres dames de la famille de Rubens.

Isabelle Brant avec Rubens.

Munich. Pinacothèque, 782 (Voir Portraits de Rubens).

Une lithographie de Deveria représente Isabelle Brant dans le costume qu’elle porte dans ce tableau.

8g5. ISABELLE BRANT.

Windsor. Collection royale.

Panneau. H. 85, L. 60.

a première femme de Rubens est représentée à mi-corps et vue de trois quarts, les mains sur la ceinture, des fleurs dans les cheveux. Elle porte un col de fine dentelle, une robe jaune à crevés dans les manches et, par dessus, un vêtement noir, une espèce de mantille ouverte. Au cou et dans les cheveux, un tour de perles. C’est une peinture d’une fraîcheur admirable, parfaitement conservée, un des plus beaux portraits de Rubens, peint avec amour et avec soin. La figure blanche et délicate ressort sur un fond noir comme du jais. Le tableau est de la main de Rubens et de 1614 environ, peu de temps après son mariage.

Au dos du panneau, il y a une esquisse en bistre représentant la Continence de Scipion (notre n° 809).

En même temps que son propre portrait, Rubens légua par testament à ses enfants du premier lit, le portrait d’Isabelle Brant, pendant du sien (1).

Le tableau fut conservé dans la famille de Rubens. Un de ses derniers descendants, Arnould-Albert-Joseph Lunden (1707-1733) le posséda en même temps que le Chapeau de paille et la Prairie de Laeken. Ces trois tableaux restèrent la propriété indivise de ses héritiers et de leurs descendants jusqu’en 1817. Le 2 septembre de cette année, le portrait d’Isabelle Brant fut vendu pour 6000 francs (2). Un marchand de tableaux l’acheta et l’expédia à Paris.

(1) P. GÉNARD : Succession de Rubens (Bulletin des Archives d’Anvers, II. 93).

(2) Papiers de famille de M. le chevalier Gustave van Havre.

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