‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessins (volume 2)Chapitre 74 sur 302 · DE FRUITS · texte numérisé non relu

DE FRUITS

Munich. Pinacothèque, 728.

Panneau. H. 117, L. 2o3.

ept enfants nus portent une riche guirlande de fruits. Celui qui ouvre la marche a posé l’extrémité du charmant fardeau sur la tête, celui qui vient le dernier en tient l’autre extrémité sur l’épaule. Derrière la guirlande se trouvent placés trois enfants vus de face qui aident

(1) F. Jos. VAN DEN BRANDEN : Geschiedenis der Antwerpsche Schilderschool. P. 679.

à la porter ; deux la dépassent de la tête seulement ; du troisième on voit la tête et le bras par-dessus les fruits. Au premier plan, deux enfants, l’un assis et vu de face, l’autre accroupi et vu de dos, soutiennent la guirlande. Celle-ci se compose de raisins, de pêches, de figues, de fraises, de cerises, de prunes, de groseilles, de melons, de poires, de pommes et d’autres fruits. A

l’arrière-plan, on voit un rocher grisâtre, avec un bout de paysage.

L’idée de cette composition est charmante, le groupe adorable. Placés comme ils le sont, les enfants forment autour du feston un encadrement plus frais et plus éclatant que les fruits. Il sont bien enfants, avec toute la naiveté, tout le naturel insouciant de leur âge ; chacun d’eux a une expression et une attitude différentes. On discerne parfaitement les caractères malins, les enjoués, les lourds, les sérieux. Les membres sont dodus, sans exagération. Rubens s’est contenté d’être vrai et y a gagné.

La peinture est admirable de solidité, de sobriété et de moelleux ; les chairs sont fermes, les contours nets, la facture soignée. Tous ces caractères démontrent à l’évidence que le tableau appartient à la première moitié de la carrière de, Rubens. Il fut probablement fait de i6i5 à 1618, comme la Vierge

entourée de fleurs de la Pinacothèque de Munich, n° 729 (notre n° 198) et

peu de temps après la Cires du musée de l’Ermitage, n° 593 (notre n° 582), dans laquelle on retrouve six enfants qui sont probablement ceux que Rubens a pris pour modèles dans le présent tableau.

Les fruits sont de Snyders et de ses meilleurs ; le paysage est de Wildens.

Jules Romain ou l’un de ses élèves exécuta les cartons d’une suite de tapisseries connue sous le nom d 'Enfants jouants. On dit que la princesse Mathilde à Paris en conserve plusieurs pièces. Eugène Muntz reproduit une ronde d’enfants de la. même école. Ce sont six bambins ailés dansant autour d’une guirlande de fruits qu’ils franchissent en dansant (1). C’est de cette composition probablement que Rubens s’est inspiré.

L’œuvre a appartenu à l’évêque de Gand, Antoine Triest. La liste des tableaux trouvés dans sa mortuaire, mentionne une œuvre de Rubens nommée Kinderkens (jeunes enfants) et évaluée, en 1657, par deux priseurs à 480 florins, par un troisième à 600 florins (2). Avant de prendre place dans la Galerie de Munich, il a fait partie de celle du Dusseldorf.

(1) EüG. MUNTZ : La Tapisserie , p. 209, Paris Quentin.

(2) Note communiquée par M. le Chanoine Lavaut, secrétaire-archiviste de l’évêché de Gand.

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