‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessins (volume 2)Chapitre 98 sur 302 · LE COMTE ET LA COMTESSE THOMAS D’ARUNDEL · texte numérisé non relu

LE COMTE ET LA COMTESSE THOMAS D’ARUNDEL

Munich. Pinacothèque, 784.

Toile. H. 261, L. 265.

ans une galerie ouverte, portée par des colonnes torses, devant leur demeure, se tiennent le comte et la comtesse d’Arundel. La comtesse, tout de noir vêtue, portant des perles dans les cheveux frisés, au cou une bague attachée à un léger fil, une fraise et des manchettes de dentelle, une chaîne d’or, des bracelets et une riche ceinture, est assise dans un fauteuil et uose la main sur la tête d’un lévrier blanc et noir. Le comte, debout derrière elle, appuie la main sur le dossier du siège de sa femme ; il porte un par-dessus brun, des bas gris, une fraise de dentelle. Devant lui, à l’extrémité droite du tableau, se tient le nain de la comtesse, nommé Robin, habillé d’un costume de velours rouge, brodé d’or et portant un faucon sur le poing. Derrière le chien de chasse, à gauche, se tient le fou, habillé de jaune et de vert, qui soulève la draperie suspendue entre la colonnade et ornée des armoiries d’Arundel. Le sol est couvert d’un riche tapis de Turquie. Les figures en pied sont de grandeur naturelle. C’est un des plus vastes et des plus importants portraits que le maître ait produits. La peinture est fort claire, mais la tête et la gorge nue de la comtesse ressortent peu ; le comte ne paraît guère qu’ébauché dans un ton mat et gris. Les deux petits personnages, par contre, sont vêtus d’habits éclatants. Il y a une belle lumière sur le devant; les draperies en général sont d’un beau coloris. Les accessoires : le chien, le perroquet et les draperies, sont faits par des élèves, mais retouchés par Rubens. Les chairs sont de sa main.

Le tableau fut peint dans la seconde moitié de 1620, comme nous l’apprend

la lettre suivante, écrite au comte Thomas d’Arundel, par un agent du noble anglais dont le nom nous est resté inconnu. Elle est rédigée en italien et datée d’Anvers, le 17 juillet 1620. Nous en donnons la traduction (1) :

« Très illustre Comte et révéré patron.

» Immédiatement après mon arrivée dans cette ville, j’ai présenté la lettre de Votre Seigneurie à Monsieur Rubens, le peintre, qui l’a reçue et l’a parcourue avec des marques évidentes de satisfaction. Je vous donne sa réponse : « Quoique, dit-il, j’aie refusé d’exécuter les portraits de bien des princes et

- de bien des gentilshommes du rang de Votre Seigneurie, cependant de o Monsieur le Comte je me sens obligé d’accepter l’honneur qu’il me fait

- en demandant mes services, le regardant comme un évangéliste pour le

- monde de l’art, et comme le grand protecteur de notre profession. » Et après d’autres protestations polies, il s’occupa de faire des arrangements pour la séance de la Comtesse qui, le lendemain matin, devait poser pour lui. Il a déjà esquissé madame, avec Robin le nain, le fou et le chien. L’esquisse demande cependant encore quelques légères additions qu’il fera demain et le jour suivant. La Comtesse quitte la ville avec l’intention de passer la nuit à Bruxelles. Il arriva que lorsque Rubens voulut se mettre à l’œuvre, il ne put mettre la main sur une toile assez grande pour la composition. C’est pourquoi, ayant dessiné les têtes de grandeur naturelle, il ébaucha les bustes et les draperies sur le papier, il fit séparément le dessin du chien ; mais il a fait préparer une toile de la grandeur voulue, et copiera lui-mème ce qu’il vient de faire et enverra à Votre Seigneurie la copie et l’orignal. «

Comme on le voit par cette lettre, Rubens exécuta d’abord la comtesse d’Arundel avec le nain, le fou et le chien. Ce sont les véritables personnages du tableau. Le Comte y a été ajouté après coup. La place qu’il occupe et le ton effacé dans lequel il est peint prouvent assez qu’il a été introduit dans la composition, lorsqu’il était trop tard pour lui donner la place et l’importance voulues.

Lorsque le comte d’Arundel quitta l’Angleterre en 1642, il emporta avec lui sa collection de tableaux. Plus tard, elle fut vendue et c’est probablement

(1) WILLIAM HOOKHAM CARPENTER : Pictorial notices consisting of a memoir of Sir Anthony Van Dyck, etc. P. 6. L’auteur donne la traduction anglaise de la lettre telle quelle se trouve dans History and antiquities of the Castle and Toivn of Arundel by tlie Rev. M. A. Tierney, 2 vol. 8° London, i83q. vol. 2 p. 489. L’original de la lettre appartient au duc de Norfolk.

à cette occasion que le présent tableau fut acquis par le comte palatin. De la galerie de Dusseldorf, il passa dans la pinacothèque de Munich.

Gravure : Edm. Ramus dans Y Art, i883. Tome III, p. 94.

Photographie : Fr. Hanfstaengl.

Page 1