SAINT JUST
Bordeaux. Musée, 292.
Toile. H. 189, L. i32.
e saint se trouve au premier plan, tenant sa tête tranchée entre les deux mains ; il est vêtu d’une chemise retombant des épaules et attachée par une ceinture au milieu du corps. A côté de lui, on voit son frère et son père exprimant leur étonnement par leurs gestes. Le premier met une main sur la poitrine et étend l’autre ; le second, muni d’un grand bâton écarte les bras en signe de saisissement ; au fond, à gauche, les ruines d’un château ; à droite, un paysage où se remarquent quatre cavaliers. La composition est bien pauvre. Le saint est un jeune homme, grêle de formes, d’aspect lamentable et déplaisant ; les deux autres figures ne valent guère mieux. Il est vrai de dire que l’action à représenter ne pouvait plaire à Rubens. Le tableau est peint dans un ton brunâtre et clair, une lumière chaude est répandue sur le ciel et la terre. C’est un travail de mérite inférieur.
(1) PlOT : Rapport. P. 160.
Rubens à peint le St. Just, et retouché les deux autres personnages, ainsi que les parties claires du ciel et du fond. Le paysage est probablement de Wildens. La peinture a souffert et a perdu tout son éclat. Reynolds, qui la vit quand elle était encore intacte, loue beaucoup le style et la couleur.
Le tableau fut commandé pour l’église du couvent des Annonciades, à Anvers, par Balthazar Moretus qui était le protecteur en titre de ce monastère. La tête du martyr St. Just avait été conservée dans un couvent de Franciscains à Zutphen jusqu’au moment où cette ville passa au pouvoir des reformés. Ceux-ci jetèrent la relique dans les flammes ; deux moines l’en retirèrent et la confièrent au Révérend Egbert Spitholdius, demeurant à Cologne. Celui-ci devint plus tard chanoine et curé de Notre Dame, à Anvers. A sa mort, arrivée en 1628, il légua la tête de St. Just à l’église des Annonciades, à condition de la rendre à Zutphen, si jamais cette ville échappait à la domination des hérétiques. Balthazar Moretus fit transporter la relique en grande pompe dans l’église des Annonciades, au mois de septembre 162g. Le 3i mars, il avait demandé au pape Urbain VIII, par l’entremise du cardinal François Barberini, une indulgence plénière pour ceux qui viendraient faire leurs dévotions à cette- église, pendant l’octave de la translation, et il promit en même temps de faire exécuter par un sculpteur la statue du saint et par « un peintre éminent un tableau représentant le martyre de St. Just, pour raviver la dévotion
des fidèles. * « Les deux œuvres d’art, dit-il dans sa lettre, seront portées en procession le jour de la translation de la relique à l’église des Annonciades où je ferai construire un autel en l’honneur de St. Just (1). « Lorsque la faveur demandée fut accordée et que la solennité du transfert eut lieu, Rubens se trouvait à l’étranger. Ce n’est qu’à son retour, c’est-à-dire en i63o, qu’il
put songer à exécuter la commande de son ami Balthasar Moretus.
D’après le grand livre de ce dernier, le tableau fut payé 3oo florins avant le 12 avril i636. Ce jour, le payement fut inscrit et c’est vers cette
date que le tableau doit avoir été terminé (2).
(1) Statuam fieri curem quæ velut recens amputatum caput brachiis suis sustineat ; atque imaginem ab eleganti artifice depingi, quæ martyrii historiam exhibeat, quæ nimirum in die translationis, pietati hominum excitandæ ad Virginum Annuntiatarum Ecclesiam (ubi et altare in S. Justi honorem exstrui euro) processionaliter deferantur. ( Archives du Musée Plantin Moretus. Lettres latines de 1628 à 1 633. P. 2. Voir aussi Max RüOSF.S : Petrus Paulus Rubens en Balthasar Moretus. Bulletin Rubens. I, 288).
(2) Pedro Paulo Rubens doibt avoir : Pour la peinture de St. Juste, pour compte de Balthasar Moretus 3oo florins (Archives du Musée Plantin-Moretus. Grand livre de 1624 à 1 655, fol. 222).