‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessins (volume 3)Chapitre 237 sur 249 · LE CRUCIFIEMENT DE SAINT PIERRE · texte numérisé non relu

LE CRUCIFIEMENT DE SAINT PIERRE

Cologne. Église de St. Pierre.

Toile cintrée. H. 3 10, L. 170.

a croix est retournée, de sorte que le saint est suspendu la tête en bas. La poitrine est gonflée, la tête est congestionnée, les pieds, dont l’un est déjà cloué au bois, sont, au contraire, devenus livides. Cinq bourreaux travaillent à attacher le saint à la croix. Le premier lui enfonce un clou dans le pied ; deux autres, dont l’un porte une cuirasse et un casque, et dont le second, coiffé d’un bonnet, a le buste nu, tiennent les cordes qui entourent la cheville du martyr ; un quatrième maintient la croix par la traverse, le cinquième plie le bras du saint pour abaisser la main sur la place où elle doit être clouée. Un ange apporte la couronne et la palme du martyre. Tous les bourreaux sont de mine farouche, mais semblent quelque peu des caricatures, surtout le vieux à cheveux blancs qui perce d’un clou le pied resté libre. Les autres sont entassés, tordus, trop ramassés. L’un d’eux, l’officier en cuirasse d’acier qui commande aux autres, a les traits de Rubens vieilli, rappelant ceux du portrait du musée impérial de Vienne. Sa barbe éclaircie devient grise et raide, son beau nez est devenu osseux, son œil s’est éteint, son visage s’est amaigri ; c’est un vieillard précoce.

La plus belle partie du tableau est le saint. Une chaude et vigoureuse lumière tombe sur sa poitrine ; la gradation du coloris qui s’affaiblit de la tête aux pieds est bien observée ; le groupe est bien composé, mais l’effet est déplaisant. Le peintre s’est senti attiré par la hardiesse de la pose de St.

Pierre ; son inspiration ou ses collaborateurs l’ont mal servi. Les figuressecondaires du tableau sont peu dignes de lui.

C’est un travail préparé par les élèves, retouché par Rubens dans les chairs du saint et des bourreaux, ainsi que dans les autres points lumineux.

Le tableau fut fait tout à la fin de la vie de l’artiste. Une lettre qu’il

écrivit, le 25 juillet 1637, à George Geldorp, à Londres, nous apprend que ce peintre, qui était né à Cologne, lui avait fait parvenir la commande d’un

tableau représentant un épisode de la vie de St. Pierre, que Rubens avait

choisi le Crucifiement et qu’il lui fallait dix huit mois pour achever le travail (1). Une seconde lettre adressée au même, sous la date du 2 avril i638, nous apprend que le tableau est destiné à un amateur de Cologne et qu’il est déjà fort avancé (2). Nous savons que l’amateur en question était le riche banquier Evrard Jabach qui, probablement, mourut peu de temps après la commande faite par George Geldorp en i635. Le tableau ne fut point délivré du vivant de Rubens ; il se trouvait dans sa mortuaire et fut vendu, pour la

Antwerpen, 25 Julii 1637.

(1) MYN HEER, Uwen aengenaemen van ultimo julii (lise\ : junii) is mij behandight,

waer mede ick gedesabuseerdt ben, want ik niet en conde imagineeren wat occasie van een autaer taiel tôt Londen haer moeste presenteren. Aengaende den tydt, die soude moeten blyven gelimiteerdt op een onder half jaer, om den vriendt met lust en commoditydt te connen diennen : het suject soude men beste kiesen aghtervolgende de groote van het stuck, want sommige argumenten voegen haer beter in groote spatie en andere in middelbaere, ofte clyne proportie. Togh als ick moeste kiesen ofte wenschen voor myn plesier eenigh suject, St. Peeter aengaende, het soude wezen syne cruysinghe met de voeten om hoogh, welck seer uyterlick en bequaem is aen iedt extraordinair. Toch naer myn vermogen af te maecken met de myn, ick reservere (A lire probablement : welck seer uyterlick en bequaem is om

iedt extraordinair toch naer myn vermogen af te maecken : niet te min ick reservere etc.) den keus aen de beliefte van die het sal bekostigen, en tôt ter tydt toe dat wy de maete van het stuck sullen gesien hebben. Ik ben seer geaffectionneerdt voor de stadt Ceulen, om dat ick aldaer ben opgevoedt tôt het thienste jaer myns levens, en hebbe dickwils getraght, naer soo langen tydt de selve nogh eens te besightigen, dogh vreese dat die peryckelen, en myne occupatien, dese en meer andere lusten sullen beletten, waer mede ick my gebiede uyt gantsche hart in uwe goede gunsten, en blyve voor altydt, etc.

(2) MONSIEUR, Hebbende verstaen door Monsr van Lemens dat UE. wel soude willen weten in wat staet is het werck dat ick door UE. order voor eenighen UE. vriend tôt Ceulen aenveyrd hebbe soo en hebbe ick niet willen laeten UE. te aviseren hoe dat het alreede seer gheavanceerd is met hope dat het sal riusciren een van de beste stucken die tôt noch toe

somme de 1200 florins, à Georges Deschamps agissant au nom d’une personne de Cologne (1).

Il est placé sur le maître autel de l’église de St. Pierre, à Cologne. La base en marbre de cet autel porte l’inscription suivante, d’où il résulte que Jabach était mort en 1642, quand le tableau fut posé :

« D. O. M. In memoriam piorum parentum Eberhardi Jabachs senatoris Coloniensis Ædilis hujus Ecclesiæ et Annæ Reuters Conjugum. Relicti Generi, Filiæ et Filius P. P. Anno reparatæ Salutis MDCXLII.

« S. P. A. Gerardus ab Imstenraedt et Anna Jabachs, Franciscus Brassart et Helena Jabachs, Johannes Hunthum et Sybilla Jabachs Itelius Frid. Wintzler cum Maria Jabachs et Everhardus Jabach. «

Le tableau fut transporté en 1794 à Paris et figurait au musée Napoléon, en 1811, sous le n° 602 ; il fut rendu en i8i5. Pendant son absence, une copie faite par Jean-Jacques Schmitz, fut placée sur le maitre autel. Aujourd’hui, cette copie se trouve dans un des bas-côtes de l’église.

Le tableau rappelle d’une manière frappante le même sujet traité par Guido Reni que possède le musée du Vatican. Le St. Pierre a également beaucoup d’analogie avec celui du Caravage (St. Pétersbourg, Ermitage, 216), mais les figures accessoires diffèrent.

uyt tnyn handt ghegaen syn. Dit mach UE. aen den vriend vryelyck adverteren toch om voorts op te maecken en soude ick niet gheirne ghepresseert syn maer bidde ’t selvighe te willen laeten tôt mynder discretie ende commoditeyt om medt lust uit te vueren want al ist dat ick seer overlaeden ben van andere werken soo aenlockt my het suggedt van dit stuck voor aile de ghene die ick onder handen hebbe.

Ick en hebbe aen den vriendt tôt Ceulen niet geschreven om dat ick daer gheen kennisse

aen en hebbe ende my dunckt dat het beter voeght door UE. middel te passeren. Waermede

my hartelycken ghebiedende in UE. goede gunste blyve voor altyds

Monsieur

Tôt Antwerpen, den 21' April anno i638. UE. gheaffectionneerde dienaer,

Pi et ro Pauolo Rubens.

Adresse : Aen Monsieur Monsieur George Geldorp Const-Schilder, London.

Voir : J. J. MERLO : Nachrichten etc. P. 378-379 et ÉMILE GACHET : Lettres inédites de Pierre-Paul Rubens. P. 276-279.

(1) Van Joris Deschamps, tweelff hondert guldenen eens, voor een stuck schilderye wesende

St. Peeter, hem vercocnt voor eenen man van Ceulen, comt. gl. 1200. (P. GÉNARD : La

Succession de Rubens. Bulletin des Archives d’Anvers. II, 81).

Gravures : V. S. i3o. A. Wunsch (lithographie); i32, Ernst Thelott. Non" décrites : F. Heinrigs ; une gravure in-120 dans « Taschenbuch fur Kunst und Laune auf das jahr 1801 * ; une autre de ]. H. Beckers; une de F. Massau ; une de R. Mosmann ; une lithographie de J. Niessen (i).

Le n° i3i de Voorhelm Schneevoogt gravé par Alex. Voet Jr représente le Martyre de St. André (V. S. 5).

Dans le catalogue de Crozat (nos 818, 821), Mariette mentionne deux dessins pour le St. Pierre de Cologne, l’un représentant un premier projet du tableau, l’autre un dessin détaillé pour être gravé. Le dernier avait appartenu à Jabach. Le premier, attribué sans raison à Van Dyck, appartient actuellement au musée national de Stockholm.

Voir planche i65.

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