PLANCHE DU LIVRE A DESSINER
Gravé par PAUL PONTIUS.
Pl. 352.
figueri de Agati Antique desiniati de Peetro Paido Rubbenie. Grave par Lucas Vostermans e Paulus Pontius.
Il est évident que cette inscription barbare n’a pas passé sous les yeux de Rubens ; la figure du Gouvernement est d’ailleurs assez singulièrement choisie pour servir de frontispice à la série des Camées ; Rubens s’entendait mieux à résumer sur le titre le contenu d’un livre. Il est - assez probable cependant que la gravure a été faite d’après une composition de Rubens que le maitre n’avait pas destinée à cet usage. Nous avons décrit, sous le n° 823, une figure allégorique du Bon Gouvernement , rappelant celle du frontispice des Camées. Nous ajoutons que sur le tableau le Cabinet de l’archiduc Léopold-Guillaume , peint par David Teniers (musée de Schleissheim, n° 8n), nous trouvons une composition absolument semblable à celle du présent frontispice.
1220. Gemma Tiberiana.
Le Camée de la Sainte Chapelle de Paris, actuellement au cabinet des médailles de la bibliothèque nationale de Paris. Dans le haut, Auguste est reçu parmi les Dieux; il est monté sur Pégase et présenté à Jules César par Cupidon. Dans la partie du milieu, un homme contemple cette apothéose et Tibère se dévoue, lui et sa famille, au culte d’Auguste. Dans la partie inférieure, les nations vaincues (i).
Le catalogue de la vente Van Schorel (Anvers, 1774) mentionne un dessin (n° 3) à la plume, représentant un bas-relief antique composé de 25 figures. C’est fort probablement le camée de la Sainte Chapelle.
1221. Gemma Augustæa.
Le Camée de Vienne. Dans la partie supérieure, Auguste sous la figure de Jupiter, entouré par des personnages de sa famille, est couronné par Cybèle. A sa gauche, Livie sous la figure de la déesse Roma, Germanicus et Tibère descendant d’un char de triomphe conduit par la Victoire. Derrière Auguste, Neptune, Cybèle, Agrippine, femme de Germanicus, avec les emblèmes de la fécondité. Dans la partie inférieure, des prisonniers de guerre, représentant les nations vaincues par Auguste et des soldats romains qui lui dressent un trophée (2).
(1) Voir : Achates Tiberianus sive Gemma Cæsarea Auctore Jacobo Le Roy. Amsterdam, 1 683 . — Alberti Rubenii Dissertatio de Gemma Tiberiana et Augustæa, dans: Alberti Rubenii de Re Vestiaria veterum libri duo. Antverpiæ. Plantin, 1 665 . p. 187.
(2) IBID, et F. DE MÉLY : Le grand Camée de Vienne dans la Galette Archéologique . Paris., 1886, p. 244.
1222. Le Triomphe de Germanicus et d’Agrippine.
Germanicus tient d’une main la foudre et pose l’autre sur l’épaule de sa femme; dans le haut, un génie lui présente une couronne. Un empereur couronné de lauriers et un enfant portant casque et cuirasse se tiennent avec eux dans le char. Celui-ci est tiré par deux centaures galoppant ; l’un
porte un bouclier et un trophée d’armes, l’autre a la main sur la hanche.
Sous leurs pieds, deux guerriers vaincus. Planche inachevée.
1223. Le Triomphe d’un Empereur.
Le général victorieux s’avance sur un char attelé de quatre chevaux, vus de face. Le soleil et la lune lui tendent des globes. Sur les côtés, un génie porte une enseigne; un autre, un trophée. Sur le sol, des vaincus foulés aux
pieds des chevaux. C’est le Camée n° 255 du cabinet des médailles de Paris,
désigné sous le titre de Triomphe de Licinius.
1224. Trois têtes de profil disposées en triangle.
L’une, qui est dans un ovale, représente Agrippine entre deux cornes d’abondance, d’où sortent les têtes des deux enfants de cette princesse. Des deux autres portraits, l’un est coiffé d’un casque ceint d’une couronne de laurier ; l’autre porte un diadème et une corne qui contourne l’oreille.
1225. Six tètes gravées sur une même planche.
La plus grande de ces têtes, qui occupe le milieu de la seconde rangée, représente Tibère avec une couronne de feuilles dé chêne autour de la tète et l’égide devant la poitrine. Des cinq autres, deux sont des tètes de jeunes romains; la troisième est celle de Solon; la quatrième, celle d’une femme ayant pour coiffure un muffle d’éléphant ; la cinquième est une Pallas.
il y a des épreuves de cette planche, où la femme coiffée d’un muffle d’éléphant manque. Les deux jeunes Romains figurent sur la planche suivante sous les noms de Germanicus et Caius Cæsar, petit fils d’Auguste. Solon se retrouve également sur cette planche.
' 1226. Quatre têtes de profil.
Sur une même planche sont gravées, en deux rangées, quatre têtes, vues de profil ; les deux têtes de la rangée supérieure portent les noms de Germanicus Cæsar et de C. Cæsar Augusti nepos, et sont les mêmes que celles des
deux jeunes Romains figurant dans la planche précédente ; le Solon de la planche précédente et une tête portant le nom de Socrate occupent la rangée inférieure.
1227. Quatre têtes de profie.
Quatre tètes, vues de profil, portant les noms de Plato, Nicias, Pallas, Alex. Magnus, sont gravées sur deux rangées.
1228. Camée antique.
Dans la vente Van Schorel (Anvers, 1774) se trouvait un dessin (n° g), fait d’après un onyx antique ; il est accompagné de quelques notes manuscrites qui sont de la main de Rubens. Ce dessin a été gravé en fac-similé, à notre époque, par un anonyme. Le Camée représente des soldats Macédoniens qui livrent assaut à une ville défendue par des hommes à demi nus. Au-dessus du dessin, on lit: Corpus seu ima Gemmce superficies eximie nigricat — Urbs tota et onyches subceruleo colore — Inde sunt colore sardoniches id est flavo nigricante. Sur le côté gauche: Macedones et onyche cerulei nisi quod partes magis eminentes sardoniche tinctœ sunt. Dans le bas, un bras, tenant un bois de lance, et un contour du camée, fendu par le milieu, avec les mots: frada. — magnitudo Gemmae. Le dessin était probablement destiné à être gravé dans la série des Camées.
Rubens apprit à connaitre le Camée de la Sainte Chapelle par son ami Peiresc. Celui-ci, le premier, donna en 1023, une explication plausible de la précieuse pierre gravée, qui jusqu’alors était censée représenter le Triomphe de Joseph en Egypte. Avant la fin de la même année, Peiresc connut aussi la Gemma Augustæa, le Camée de Vienne. Il songea immédiatement à faire graver ces pierres précieuses à Rome ou à Anvers (1). Il parla de sa découverte à Rubens pendant l’une des visites de ce dernier à Pâris, 1623 ou 1624 ; le peintre copia le Camée de la Sainte Chapelle et l’envoya, au commencement de juin 1626, à Peiresc (Voir notre n° 81 1). A cette époque, ce Camée et les autres pièces furent gravées à Anvers. Le 3 juillet 1025, Rubens écrivit à de Valavès, frère de Peiresc: « Selon vos désirs et conformément à la promesse que m’a faite M. Aléandre de ne montrer ces estampes à personne, je les remets en vos mains, sans retouches, comme vous le verrez. Outre les deux très grands Camées, je crois que vous considérerez la beauté et la valeur de
(1) Correspondance de Peiresc avec Aléandre publiée par M. Faurès de St. Vincens. Paris, 1819, p. 72 (Cité par H. HYMANS: Histoire de la gravure de l'école de Rubens, p. 204).
celui qui représente le quadrige triomphal; il sort de l’ordinaire pour la figure et il est rempli de beaux détails (i). »
A cette date, Rubens songeait à faire paraître un ouvrage sur les antiquités, à la publication duquel Peiresc, Nicolas Rockox et le chevalier Cassien del Pozzo se seraient intéressés. Il est fort probable que les planches que nous décrivons furent faites pour le livre en question. Il est à remarquer cependant que les deux planches, signées par Vorsterman, diffèrent complètement des autres et que l’une d’elles représente trois Camées qui se retrouvent sur une autre gravure. Ces deux planches ne sauraient donc être considérées comme devant faire partie de la série ou de la publication à laquelle appartiennent les six autres. Il est évident, en outre, que toutes les planches gravées font partie d’un travail interrompu. D’abord, leur nombre est trop restreint pour former une publication; ensuite, la planche le Triomphe de Ger manicus et d’Agrippine est restée inachevée. Il en est de même pour la planche aux six têtes ; même quand on la trouve avec ce nombre au complet, on s’aperçoit immédiatement qu’il y manque dans le bas une rangée entière. On peut conclure de ceci que Rubens a entrepris à deux reprises différentes de faire graver des Camées, dont il possédait les originaux, les empreintes ou les dessins et que, deux fois, il a dû abandonner son projet.
Gravures : V. S. Suites 23, Lucas Vorsterman et Paul Pontius. Ce sont là les deux artistes que le frontispice mentionne comme graveurs de la série. Cela ne suffit pas pour nous les faire admettre comme tels. Les six premières planches décrites par nous furent gravées entre 1023 et 1626; à cette époque Vorsterman avait très probablement quitté Anvers pour aller en Angleterre. D’ailleurs, la facture ne rappelle nullement sa manière, mais bien plutôt celle de Nicolas Ryckemans, qui vers la même époque grava pour Rubens la série des Apôtres (nos 68 à 80) et celle des Palais de Gênes. C’est donc à lui que nous attribuons les six premières planches des Camées. Les deux dernières planches sont de Lucas Vorsterman dont ils portent le monogramme; la dernière porte en outre l’inscription: P. P. Rubens in.
Les deux premières planches, ainsi que la tête de Tibère de la sixième planche, ont été imprimées dans Alberii Rubenii Dissertatio de Re V estiara et dans V A chutes Tiberianus de Jacques Le Roy.
Le Camée de la Sainte Chapelle fut encore- gravé d’après Rubens par E. André Soha, Leipzig, 1684.
(1) CHARLES RUELENS: Pierre-Paul Rubens. Documents et Lettres. P. 62.