‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessinsChapitre 106 sur 192 · JUDITH COUPANT LA TÊTE D’HOLOPHERNE · texte numérisé non relu

JUDITH COUPANT LA TÊTE D’HOLOPHERNE

Propriété de Madame Brun, à Nice.

Panneau. H. 114, L. 83.

olopherne est couché, la tête et les bras hors du lit, un des genoux levé. Judith, debout au chevet, lui coupe la tête au moyen d’un coutelas, qui, déjà, a presqu’entièrement tranché le cou et fait jaillir trois filets de sang. Belle et richement parée, elle accomplit son action

meurtrière tranquillement, posément. Derrière le lit se trouve la vieille servante, regardant quatre anges qui planent au-dessus des personnages. L’un des esprits célestes commande le silence, en posant le doigt sur la bouche. Par l’ouverture que laisse la toile de la tente, dans le haut de la composition, on voit une éclipse dans le ciel. Détail prosaïque : les mouvements d’Holopherne ont renversé le vase de nuit et font couler son contenu par terre.

Dans la gravure, les ombres sont fortes et un rayon de lumière, tombant du sommet de la tente, met dans une vive lumière Judith et le torse d’Holopherne. Les proportions gigantesques des corps, la coiffure de Judith, la prédominance des tons sombres, les gestes impétueux d’Holopherne, indiquent la première époque de Rubens, ce qui est attesté explicitement par la dédicace de la planche gravée par Corn. Galle. Par cette inscription, le peintre dédie la gravure à Jean Woverius et constate qu’elle reproduit le premier de ses tableaux qui fut gravé sur cuivre. Or, comme les Pèlerins d’Émaiis furent édités en 1611 par Swanenburg, ainsi que l’atteste la date que porte cette planche, c’est avant cette année que fut gravée « la Grande Judith », comme on appelle communément l’estampe de Galle.

Suivant M. Ch. Ruelens, qui a vu le tableau, il est très fin de travail, mais dur de ton et trahit clairement l’époque et le pays où le maître le peignit.

« Original ou copie, dit cet auteur, — je ne me prononce pas, en ce moment — ce tableau existe à Carpentras chez Mme veuve Brun, boulevard du Musée. Il est peint sur bois, les panneaux sont épais comme ceux dont se servaient autrefois les peintres italiens. L’œuvre a souffert, elle a subi des restaurations maladroites aux jointures des planches. Le travail est d’un grand fini, mais l’ensemble est dur de ton. Si c’est Rubens qui a exécuté cette peinture, il doit l’avoir fait dans sa première jeunesse, peut-être pendant son séjour en Italie. Elle reproduit exactement la gravure de Galle. C’est donc, dans tous les cas, un souvenir de l’œuvre regardée comme perdue et, je crois, le seul que l’on en connaisse. Le tableau mesure : hauteur 1,14 m., largeur 0,88 m. » (1)

Dans une lettre de T. Locke à Sir Dudley Carleton, du 18 mars 1621, il est dit que le roi d’Angleterre ne possédait de Rubens qu’une pièce, Judith et Holopherne , que Rubens désavouait. Lord Danvers, qui semble avoir été chargé par le prince de Galles, plus tard Charles I, de l’achat de tableaux pour la

(1) Ch. Ruelens: Bulletin Rubens. I, 127.

collection princière, écrit le 27 mars 1621 : « De l’avis de tous les peintres, Rubens a envoyé ici une pièce où sa main a à peine touché et où les poses sont tellement forcées que le prince ne veut pas admettre le tableau dans sa^ galerie. J’espère donc que le fameux artiste voudra faire quelque chose pour rétablir sa réputation dans cette maison, et pour tenir sa place parmi les nombreuses excellentes œuvres qui sont ici de tous les maîtres de la chrétienté, car nous n’avons jusqu’ici de lui que le Judith et Holopherne, peu en rapport avec son grand talent » (1). En parlant d’un tableau qu’il se proposait de faire, Rubens dit lui-même, dans une lettre à William Trumbull du i3 septembre 1621 : “Je seray bien ayse que ceste pièce soit colloqué en un lieu si éminent comme la galerie de S. A. Monsr le Prince de Galles et feray tout mon extrême debvoir afin de la rendre supérieure d’artifice à celle d’Holofernes, laquelle j’ay fait en ma jeunesse » (2).

D’après Mr Henri Hymans, le tableau est inspiré par une composition de Polydore de Caravage du musée de Naples (3).

Gravures : V. S. 79, Corn. Galle, le père, (Dédicace : Clariss0 et amicissimo viro D. Joanni Woverio paginam hanc auspicalem primumque suorum operum typis æneis expressum Petrus Paulus Rubenius promissi jam olim Veronæ a se facti memor Dat Dicat) ; 80, Anon. (Mariette exc.) ; 81, F. Ragot.

Au cabinet des estampes, à Paris, il existe de la gravure de Galle une épreuve retouchée par le maître.

La gravure de Ragot est une copie de celle de Galle ; l’estampe anonyme est gravée d’après un autre modèle ; le groupe principal est identique, mais dans la gravure publiée par Mariette, les anges, dans le haut de la tente, sont au nombre de deux et non de quatre ; on n’y voit pas le ciel à travers l’ouverture de la tente. D’autres différences, enfin, se remarquent dans le fond.

Le musée national de Stockholm possède un dessin de cette composition attribué, sans raison, à Van Dyck.

(1) But novv for Ruben ; in every paynters opinion he hath sent hether a peece scarse touched by his own hand, and the postures so forced, as the prince will not admitt the picture into his galerye. I could wishe, thearfore that the faraus man would doe soum on thinge to register or redeem his réputation in this howse and to stand amongst the many excelent wourkes which are hear of ail the best masters in Christendoum, for trom him we hâve yet only Judeth and Holifernes, of littell crédit to his great skill. (NOËL SAINSBURY : Op cit-, 57 )

(2) Noël Sainsbury : Op cit. P. 249.

(3) H. Hymans: Op cit. P. 41.

SUSANNE ET EES VIEILLARDS

Dans ses notes rubéniennes, Mois mentionne une Judith tranchant la tête d’Holopherne, figures de grandeur naturelle, tableau vendu à Amsterdam, en

Voir planche 37.

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