‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessinsChapitre 114 sur 192 · SUSANNE ET LES VIEILLARDS · texte numérisé non relu

SUSANNE ET LES VIEILLARDS

Tableau inconnu.

usanne est assise sur un banc de pierre, formant le bord d’un grand bain, dans lequel on descend par trois marches. Sur le banc sont déposés son vêtement, son peigne et le cordon qui retenait sa chevelure. Sur les degrés de l’escalier se trouvent ses joyaux et un vase à parfums. Elle s’est déshabillée et a mis le pied dans l’eau ; ses cheveux dénoués lui retombent par-dessus le front ; elle croise les jambes et se couvre les seins de ses mains ; sur ses genoux s’étend une légère draperie. L’un des deux vieillards lubriques, la tête couverte d’un capuchon, cherche à lui enlever ce linge et contemple, avec un sourire d’appétit sensuel, le torse charnu de Susanne. L’autre vieillard, la tête nue, se penche et porte la main sur les seins de la baigneuse. Le fond est formé par un mur sombre et par une

échappée de vue sur le paysage. A droite, l’eau d’une fontaine tombe dans une vasque, d’où elle déborde dans le bassin.

La composition, pour autant que. la gravure permet d’en juger, est fort réussie. Le groupe s’agence heureusement, l’appétit impudique des vieillards est bien rendu. Susanne est une fort belle femme, quoique de proportions trop rubéniennes. Sa crainte devant les entreprises de ses amoureux ne la trouble pas outre mesure.

Nous n’avons pas rencontré le tableau gravé par Vorsterman. Le musée d’Orléans en possède une copie moderne.

Gravures: V. S. 84, L. Vorsterman, 1620. (Dédicace: Lectissimæ Virgini Annæ Roemer Visschers illustri Bataviæ sijderi, multarum Artium peritissimæ, Poetices vero studio, supra sexum celebri, rarum hoc Pudicitiæ exemplar, Petrus Paulus Rubenus L. M. D. D. Cum privilegiis Regis Christianissimi, Principum Belgarum, et Ordinum Bataviæ.) 85, J. Facnion ; 86, J. V(an) S(orner) ; 87, J. Simon ; 88 et 89, . Anonyme (Clement de Jonghe, J. C. Visscher ou Rombout van den Hoeye exc.).

La moitié de cette dernière planche est occupée, dans le fond, par un château et, sur le devant, par un chien, un coq et des poules. La partie ajoutée est l’œuvre absolument ridicule du graveur anonyme.

La gravure de Vorsterman est une de celles que Rubens mentionne dans sa lettre à Pierre Van Veen du 19 juin 1622. Il dit qu’il la range parmi les meilleures qui eussent été faites d’après lui (1). Les inscriptions de cette estampe sont remarquables à différents points de vue. Elles nous apprennent que le tableau fut fait avant 1620 ; que Rubens était lié avant cette date avec Anna Roemers Visscher et que, pour cette gravure, il obtint des privilèges du roi de France, d’Albert et Isabelle et des Etats-Généraux des Pays-Bas. Quant à dédier à une femme ce tableau fort peu réservé et à le recommander comme exemple d’une rare pudicité, quelques fussent les talents artistiques et poétiques d’Anna Roemers Visscher et quelque haut qu’elle fût placée au-dessus du niveau intellectuel de son sexe, il fallait des mœurs bien difficiles à effaroucher pour que Rubens pût agir et parler ainsi sans manquer aux convenances.

Le 28 avril 1618, Rubens offrit à Lord Dudley Carleton, en échange de ses marbres antiques, « Une Susanne faite par un de ses élèves, mais retouchée entièrement de sa main, haute de 7 pieds, large de 5 pieds ».

(1) RUELENS : P.-P. Rubens. Documents et lettres. P. 83 et 143.

Ce tableau, évalué par l’artiste à 3oo florins (i), fut acquis par lord Dudley Carleton. Vu la date où Vorsterman grava sa planche, on peut présumer qu’il travailla d’après cette peinture.

Hookham Carpenter affirme qu’une représentation de ce sujet par Rubens, de dimensions à peu près semblables, figurait jadis dans Houghton Collection. Il ajoute, ce qui est inexact, qu’elle se trouve actuellement à St. Pétersbourg.

Voir planche 41.

i33. SUSANNE ET LES VIEILLARDS.

Stockholm. Musée, 596. (?)

droite du tableau se trouve une vasque, dans laquelle un amour sculpté verse de l’eau, qui déborde dans un bassin. Susanne est sur le .point d’entrer au bain ; elle est assise d’une jambe sur un trépied, tandis que l’autre est appuyée sur le sol. Une draperie rouge et un tissu blanc glissent à côté d’elle. L’un des vieillards, la tête coiffée d’un bonnet de velours, la regarde fixement et enlève le linge qui la couvre encore en partie; l’autre, au crâne chauve, attire également le linge à lui et touche le dos de la jeune femme. Celle-ci est peu alarmée de ces privautés ; elle retourne la tête vers les vieux impudiques et se couvre les seins de ses mains croisées. Dans le fond, le berceau de verdure que Rubens a placé dans plusieurs de ses tableaux et un pavillon en pierre de taille.

Le tableau du musée de Stockholm est une copie, ou bien, si l’ouvrage est original, il a été entièrement repeint, après avoir été énergiquement frotté. Il provient de la collection de Gustave III.

Gravures : V. S. 90, Pontius, 1624 ; g3, Michel Lasne (même dédicace à Anna Roemers Visscher que sur la Susanne de Vorsterman; 92, même planche, avec une inscription française.

Photographie : Joh. jaeger.

La gravure de Pontius reproduit à peu près exactement le tableau de Stockholm ; seulement celui-ci est écourté dans le haut. Par contre, il est plus développé du côté du berceau. Il est à peu près carré, tandis que la gravure est sensiblement plus haute que large. Dans le fond, la gravure diffère quelque

(1) Una Susanna fatta de un mio discipolo pero ritocca de mia mano tutta. Fiorini 3oo. |s W. Hookham Carpenter: Op cit. P. 174.

peu du tableau. Le perroquet, qui, dans ce dernier, est perché sur le bord de la vasque, manque dans la gravure. D’autres variantes se remarquent dans le fond.

Suivant M. H. Hymans, Michel Lasne grava d’après Rubens de 1617 à 1620. Ce fut donc lui qui, le premier, reproduisit la Susanne et le tableau date de cette époque (1). Son travail présente, dans le fond, des différences considérables avec la gravure de Pontius et avec le tableau de Stockholm. Il représente le vieillard au bonnet de velours posant une main sur l’épaule de Susanne et enlevant seul le linge.

Une composition semblable, sauf quelques variantes dans le fond, reproduisant à peu près complètement l’estampe de Lasne, a été gravée par Quirin Marx, d’après un dessin, appartenant, à cette époque, au prince de Galitzin (V. S. 91).

Le Louvre possède un dessin (Dessins n° 20217) de la main de Rubens, représentant Diane au bain. Dans cette composition, une des nymphes est entièrement conforme à la Susanne de la présente composition.

Voir planche 42.

i34. SUSANNE ET LES VIEILLARDS.

Munich. Pinacothèque, 745.

Panneau. H. 77, L. 110.

usanne est assise à gauche du tableau ; elle s’est dépouillée de ses vêtements et les a posés sur un trépied, qui lui sert de siège. De la main gauche, elle tient son manteau ; à ses pieds se trouvent

un peigne, une brosse et un vase à parfums de verre ; contre le cadre, une

amphore en cuivre richement ciselée. La fontaine coule d’une urne ronde et est adossée à un bâtiment en pierre de taille.

Au milieu du tableau, on a vue sur un jardin ; à l’un des arbres est

suspendue une draperie. Cet arbre se bifurque et l’un des deux vieillards

grimaçant de passion lubrique, passe la tête entre deux grosses branches. L’autre enjambe la balustrade qui se trouve à droite du tableau et qui entoure, de ce côté, le bassin sur le bord duquel Susanne est assise. A gauche, dans le fond, un pavillon ; sur le devant, un chien gambade.

Une blanche et abondante lumière frappe le dos charnu de la belle

(1) H. Hymans: Op cit. P. 85.

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