LA SAINTE FAMILLE
JÉSUS, MARIE, JOSEPH, St. JEAN, Ste. ELISABETH.
(Jésus debout sur Jin piédestal.)
Londres. Galerie de Sir Richard Wallace.
|a Vierge est assise au milieu du tableau, portant sur la tête, un voile noir qui jette une douce ombre sur son visage. Le Sauveur est debout sur un piédestal, couvert en partie par un manteau. Sa mère le soutient des deux mains. La main gauche de Jésus est étendue et son attention dirigée vers St. Jean. Celui-ci, tout nu, est assis sur les genoux de Ste. Elisabeth ; il a les mains jointes et regarde le Sauveur avec une expression de fervente affection. St. Joseph, debout derrière la Vierge, appuie la main gauche contre la base d'une colonne et regarde avec émotion la scène intéressante.
^ Cette superbe production, dit Smith, se recommande hautement par l'excellence de sa composition, la beauté de sa couleur, son fini et l'admirable sentiment qui l'anime. Ce qui surtout provoque la plus vive admiration est le St. Jean nu, qui est sans pareil pour la beauté des formes, la couleur, la douceur et l'expression. La Vierge se distingue par l'élévation de son type et par un effet de lumière répandu sur ses traits, effet semblable à celui qui
est si fort admiré dans le Chapeau de paille. L'enfant Jésus cependant n'est nullement à la hauteur du reste de la peinture : il est évident que l'artiste se débat contre la gêne que lui impose l'obligation de peindre un portrait, probablement celui du iils de la famille qui lui avait commandé le travail « (i).
Waagen n'hésite pas à déclarer ce tableau la meilleure représentation de ce sujet par Rubens. - La composition, dit-il, est extrêmement heureuse, le sentiment a une profondeur peu commune et, à l'exception du Christ traité comme portrait, les têtes sont d'un type plus noble. Le modelé, dans le ton le plus clair et le plus lumineux, est d'un charme merveilleux, la demi-teinte dans la tête de Marie est de la plus grande finesse " (2).
Blirger en dit : '^ C'est frais, vermillonnê, épanoui, on voudrait dire fleuri. Ce tableau célèbre n'a pas volé sa réputation. C'est un chef-d'œuvre dans son genre. Mais, cependant, on ne voit que des chairs, — et les physionomies, l'expression, le sentiment, qui y sont néanmoins, sont éclipsés par cette viande éclatante. L'idéal, la pensée, la composition, le dessin et tout ce qu'on voudra n'ont rien à faire là-dedans. C'est une simple question de clair-obscur. La moitié des corps sacrifiés dans l'ombre et les têtes resplendiraient ! ^ (3)
" Le tableau, dit Mois provient de l'oratoire de l'archiduc Albert pour lequel Rubens le peignit. Il appartenait, en 1770, au duc Charles de Lorraine, gouverneur des Pays-Bas. (4) ^ A sa mort, arrivée en 1780, il passa probablement à l'empereur d'Autriche, car il ne figure point dans le catalogue de la mortuaire du prince, et il est cité dans le catalogue de 1784 de la galerie impériale de Vienne. Il en fut retiré par l'empereur Joseph II, qui le présenta au chevalier Burtin, de Bruxelles, en reconnaissance de services rendus par celui-ci à son monarque. Le chevalier le vendit à M. de la Hante, qui le transporta en Angleterre. Il le vendit à un escroc, qui ne le lui paya point. Plus tard, il devint la propriété de M. Huybens, un marchand de tableaux, à la famille duquel M. de la Hante l'acheta de nouveau, pour la somme de i5oo livres sterling. Immédiatement revendu à M. Lapeyrière il fut acquis dans la collection de ce dernier, à Paris, en i825, pour 64,000 francs, par M. Boursault. M. Artaria l'acheta, à Paris, en i838, pour la même somme. En 1840, il se trouvait dans la collection de M. Edm. Higginson,
(i) Smith : Catalogue raisonné. II, 812.
(2) Waagen : Kleine Schriften. P. 252.
(3) W. BURGER : Trésors d'art exposés à Manchester en 1857. P. 190.
(4) MOLS: Manuscrit 5734. P. 467.
de Saltmarsh-Castle. Dans la vente de cette dernière collection, en 1846, il fut acheté par le marquis de Hertford, au prix de 3ooo livres sterling. Sir Richard Wallace, le propriétaire actuel, l'hérita de Lord Hertford. Il fut exposé à Manchester, en 1870.
Le duc de Wellington possède à Apsley House une petite pièce octogone (H. 24, L. 24), peinte sur cuivre et représentant la même composition. A gauche, on voit un bouquet de fleurs dans un vase. Charmante réduction peinte d'un pinceau délicat par une main habile.
Gravure : V. S. 104, P. J. Tassaert (Dédiée à Son Altesse Royale Monseigneur le Duc Charles de Lorraine et de Bar, Gouverneur et Capitaine Général des Pays-Bas Autrichiens. Gravé d'après le tableau original de P. -P. Rubens du cabinet de S. A. R.).