‹ L'œuvre de P.P. Rubens (volume 3)Chapitre 159 sur 161 · LA SAINTE FAMILLE · texte numérisé non relu

LA SAINTE FAMILLE

Pommersfeld. Galerie du comte de Schônborn.

AiNTE Famille, entourée d'une riche guirlande de fleurs par Breughel de Velours. Elle excelle par la naïveté du sentiment, la beauté et la chaleur du coloris et par une exécution soignée n (3). Présenté en vente, en 1867, à Paris, ce tableau ne fut pas adjugé.

(i) Waagen : Kiinstwerke iind Kïmstler in England, II, 35 1.

(2) XXVI. Van S^ Andries de Schutter, sesse hondert guldenen eens, voor een stuck schildeiye, wesende een Mariebelt met St. Franciscus, by hem voor S^ Soetermans, tôt Florencië gecocht, comt 600 gl. (GÉNARD : La succession de Rubens. Bulletin des archives d'Anvers. II, 81.)

(3) Waagen : Kunshuerke in Deiitschland. I, i3i.

La SzVINte Famille.

(La Vierge au pommier.)

Revers des volets du triptyque de St. Ildeplwnsc, à la galerie impériale de Vienne. (Voir cette œuvre.) Voir planche 80.

Suivant Ponz, il y avait dans l'église des Dominicains, à Loeches, une Sainte Famille peinte sur bois. C'est un petit sujet qui décorait le maitre autel et représentait la Vierge avec l'enfant Jésus endormi sur ses genoux et accompagné de ses saints parents.

Une autre petite Madone, placée sur le maitre autel, formait le pendant du tableau précédent.

Dans la même église, la Vierge et l'enfant accompagnés de plusieurs Saints ornait le monument sépulcral du comte-duc d'Olivarès, qui a fait bâtir ce couvent et fait peindre tous les tableaux qu'il renferme. Ce morceau représentait la Vierge tenant l'enfant auquel le roi Gaspar présente son offre à genoux. De plus, il est accompagné de St. Joseph, de St. Jean et de St. Antoine tous patrons de ce ministre favori (i).

Voorhelm Schneevoogt mentionne encore les Saintes Familles suivantes :

N° 147, Sainte Famille de quatre personnes, où St. Jean est agenouillé sur un livre. Sans nom de peintre ni de graveur (N. Lauwers exe). Cette pièce ne saurait être attribuée à Rubens.

N"^ 14g et i5o. Sainte Famille, où St. Joseph est assis à gauche dans un fauteuil ; devant lui, on voit Ste. Anne avec l'enfant Jésus sur les genoux, tandis qu'à droite de celle-ci, près du berceau, se trouvent la Vierge et deux anges. Cette Sainte Famille porte l'inscription : - Abr. a Diepenbeke invenit. Petrus de Jode sculpsit. » Elle ne saurait donc être admise dans l'œuvre de Rubens.

N° i5i, Sainte Famille gravée par Isaac Brunn ; up i52. Sainte Famille gravée par G. A. Muller ; n" i53. Sainte Famille, au bas de l'estampe, on lit sur une pierre les lettres R. V. P. De ces trois dernières planches, les deux premières n'ont été vues ni par Voorhelm Schneevoogt ni par nous-même. Le monogramme de la troisième est celui de Raphaël.

(i) Ponz : Viaje dEsjpaha. Madrid, 1772. I, 160.

3io

Il existe une gravure anonyme publiée par Gilles Hendricx et non décrite, ayant pour titre : Beatiis venter qui te poi'tavit et iibera qnœ siixisti. P. P. Riibeiis pinxit. On y voit la Vierge allaitant l'enfant Jésus qui est emmailloté ; à côté d'eux se trouve Ste. Anne les mains jointes. Nous croyons la pièce apocryphe.

La Sainte Famille.

(La Vierge et St. Joseph cherchant l'enfant Jésus.)

D'un côté de la composition, on voit la ville de Jérusalem ; de l'autre, Marie, pleurant et portant un linge aux yeux pour essuyer ses larmes, avec St. Joseph, qui tient dans une main un bâton de voyage et étend l'autre avec une expression de désolation. i

A en juger d'après la gravure, qui porte cependant la mention ^^ ex archetypis P. P. Rubens, - l'attribution semble erronée.

Le tableau a été adjugé dans la vente de M. le chevalier Domburg (Amsterdam, 1710), à 840 florins.

Gravure: V. S. 134 (Nouveau Testament), Anonyme (Gilles Hendricx exe).

Les Madones et les Saintes Familles n'occupent dans l'œuvre de Rubens qu'une place secondaire. Jamais le maitre n'a pleinement réussi à rendre la Vierge-mère avec la candeur naïve, la beauté immatérielle et surnaturelle qui devraient la caractériser. Il sut la faire figurer dignement dans les drames de la passion et peindre éloquemment ses souffrances ; • il sut rendre ses mouvements gracieux et sa joie exaltée dans les Assomptions ; mais quel que soit le nombre de fois qu'il s'y essayât, il ne conçut point d'une manière digne de son génie la suave figure de la jeune mère divine. Il en fit une beauté robuste et florissante, tendrement attachée à son nourrisson, spectatrice attentive des jeux de l'enfant, mais inconsciente du rôle glorieux que la Divinité l'avait appelée elle-même à remplir.

Rubens, en donnant ce caractère à la Vierge, obéissait à ses tendances réalistes, à son naturel de Flamand, aussi bien qu'au mouvement artistique de son époque, qui tendait de plus en plus à matérialiser la Vierge et les scènes de l'évangile. En parcourant la série des Madones que l'art flamand et l'art italien avaient créées avant lui, nous sommes frappés de cette transformation lente, mais non interrompue. Les Vierges des Van Eyck, dans leurs riches et pesants manteaux de brocart, avec leurs couronnes resplendissantes d'or et de perles, représentaient dans leur rigidité la mère de Dieu placée bien au-dessus

3ii

du reste des mortels. Les Madones des primitifs italiens, serrées dans leurs étroites draperies, étaient des figures hiératiques plutôt que des êtres vivants. Les anciens Vénitiens, les Bellini et les Palma, les animent d'un commencement de vie, mais leur laissent, dans leur immobilité et leur douce beauté, une pureté, un calme presque incorporels. Raphaël les fait participer à l'existence et aux sentiments humains, mais leur conserve une exquise virginité de formes. Enlevée à la terre par une vision céleste, heureuse des soins qu'elle donne à son divin bambin, ou assistant à ses jeux dans une attitude noble et placide, elle reste toujours la créature où l'ange et la femme se mêlent intimement. Les grands Vénitiens qui précèdent immédiatement Rubens, le Titien, le Tintoret, le Véronèse, donnent à la Vierge la plénitude de la vie terrestre, mais conservent le type de la femme pieuse et immatérielle glorifiée par leurs prédécesseurs.

Les Bolonais accentuent encore la vie et le mouvement des Madones vénitiennes. Rubens fit un pas de plus dans cette voie et choisit pour type de la Vierge la femme aux formes opulentes, au teint fleuri, qu'il affectionnait par-dessus tout. Il matérialisa trop la créature immaculée, l'idéal de pureté, rêvé et exalté par les âmes tendres et mystiques du Christianisme.

L'influence italienne sur le groupement des Saintes Familles et sur l'attitude de la Vierge est évidente dans l'œuvre de Rubens. Il ne serait pas difficile de retrouver certaines poses de sa Madone dans celles des Italiens. Marie touchant d'une main la poitrine et de l'autre le pied de l'enfant, ainsi que le berceau de verdure sous lequel elle est assise, se rencontrent dans l'œuvre de Mantegna (i). Rubens cependant n'imita servilement aucun de ses prédécesseurs. Il sut faire œuvre d'artiste original et personnel, lors même que son inspiration n'était pas aussi heureuse que celle de plus d'un de ses devanciers.

(i) La Madone de San Zeno à Vérone, par Mantegna, et celle qui, au muse'e Bre'ra de Milan, est attribuée à Jean Bellini, mais a été revendiquée pour Mantegna, ont la pose indiquée. Toutes deux sont gravées dans la Ga^iette des Beaux-Arts de 1886. La Madone de la Victoire, de Mantegna, au Louvre, est assise sous un berceau de verdure.

Page 1