‹ L'œuvre de P.P. Rubens (volume 3)Chapitre 82 sur 161 · LE JUGEMENT DE SALOMON · texte numérisé non relu

LE JUGEMENT DE SALOMON

Musée de Copenhague 3o3.

Toile. H. 233, L. 3oo.

gauche, Salomon est assis sur un trône orné de colonnes ; il porte un vêtement rouge à ramages d'or, avec bordure et collet d'hermine. Un diadème, en forme de cercle, orne sa tête. D'une main, il tient le sceptre ; il étend l'autre en prononçant le jugement. A côté de lui, à l'extrême gauche, deux courtisans. L'un, à tête nue, est vêtu d'une draperie violette ; l'autre a la tête couverte de son manteau et porte une draperie bleue. Une des deux femmes est agenouillée devant le trône. Elle est vêtue de jaune et a les cheveux blonds ; elle étend la main en interpellant le roi ; son geste vif trahit qu'elle est la vraie mère qui veut sauver son enfant. L'autre porte un vêtement bleu très clair, avec tablier blanc et manches de pourpre. Elle est debout, le buste penché en avant, relevant son tablier des deux mains. Entre les deux mères, se trouve le bourreau qui tient d'une main l'enfant par la jambe et de l'autre le glaive levé, prêt à frapper. Au second plan, à droite du roi, un vieillard à turban, portant un vêtement vert de bronze ; à côté de lui, deux soldats en pleine armure. A l'extrême droite, le buste d'une vieille femme ; sur le devant, l'enfant mort gît par terre ; un chien gris et noir

s'approche pour le flairer. Dans le fond, un rideau vert et des colonnes torses de marbre blanc richement sculptées, A travers une arcade, on voit le ciel, semé de nuages blancs.

La composition est belle et pleine de mouvement. Le moment dramatique est bien choisi et heureusement rendu. Sous ce rapport, le tableau est magistral. L'exécution n'est pas à la même hauteur. C'est un travail d'élève, sommairement retouché par le maître dans les lumières et les parties principales. Cependant l'effet décoratif est riche ; le ton général est beau, la lumière est chaude à gauche, claire à droite. Somme toute, la pièce est importante et caractéristique.

C'est une œuvre du temps de la suite de Decius, 1618 à 1620. Le bourreau a le type de Rubens jeune ; les deux courtisans sont des figures de prêtres employées ailleurs.

Dans la partie inférieure du tableau on lit les mots : « Monsi" Josias comte de Ransau, Mar^^ de France, me l'a donné b, entre lesquels se trouvent les armes de ce personnage, né en Danemarck en 1609, mort en i65o. Cette inscription fut peinte sur le tableau par ordre du roi Christian IV (1577-1648), qui le reçut du comte de Rantzau.

Gravures: V. S. 5i, Boetius a Bolswert (Dédicace: Nobilissimis amplissimisque viris DD. Francisco vander Ee prsetori, Engelberto de Tay consuli reliquoque senatui urbis Bruxellensis, juris bonique publici servantissimis Dominis suis Schéma hoc Salomonici Judicii ad aram Themidis D. C. Boetius a Bolswert) ; 52, P. Viel ; 53, F. Ragot ; 54, Anon. (J. C. Visscher exe.) ; 55, J. B. Jackson; 56, Van Somer ; 5/, Anon. (C. Danckerts exe); 58, Anon. (à Paris, chez Hecquet) ; 59, Anon. ; 5o, Anon. (à Paris, chez Chereau le jeune) ; 61, Anon. (Fr. Van den Enden exe.) ; 62, Anon. Non décrit : A. Gilbert, eau-forte. (Gazette des Beaux-Arts, 1875. II, 466.)

Suivant Abraham Golnitzius, qui visita nos contrées vers 1624, le Jugement de Salomon par Rubens, garni de deux volets représentant des portraits d'échevins, se trouvait dans une salle de l'hôtel de ville de Bruxelles. Les éditions de Guicciardini, postérieures à i63i, en copiant Golnitzius, rapportent le même fait dans les mêmes termes. Les deux auteurs disent que le tableau avait été payé à Rubens 3ooo florins (i). Henné et Wauters, dans leur Histoire

(i) Curiae conclavias merentur videri ob tôt tabulas principum pictorum opéra. Una Jiidicium Salomonis Rubenii mani pictum, pretio ter mille florenorum, habet. Alœ sive latera icônes scabinorum tenent. GOLNITZIUS: Ulj'Sses Belgico-Gallicus. Lugd. Bat. Elzevier, i63i. P. 124.

de Bruxelles, disent, au contraire, que ce fut le Jiigement de Cambyse, par Rubens, qui fut placé là et qui fut payé 3ooo florins, par résolution du 6 avril 1622 (i).

Golnitzius s'est évidemment trompé et a confondu le sujet d'un tableau de Coxcie, représentant le Jugement de Salovwn et ayant des portraits d'échevins sur ses volets, avec celui de l'œuvre de Rubens, qui se trouvait dans le même hôtel de ville. Par une singulière coïncidence toutefois, la gravure de Boetius a Bolswert est dédiée à deux magistrats bruxellois. Ce qui, joint au témoignage de Golnitzius, nous ferait douter, si le doute était possible.

Boëce a Bolswert offrit son travail à François Van der Ee, amman, et à Englebert de Tay, bourgmestre de Bruxelles. Le texte de la dédicace est loin d'être clair. On a cru y trouver l'affirmation que le tableau ornait la salle de l'hôtel de ville de Bruxelles, où se rendait la justice (ad aram Themidis), opinion conforme à la description de Golnitzius. A notre avis, la fin de la phrase signifie autre chose ; à savoir, que le graveur présente son œuvre aux magistrats bruxellois et la destine à orner l'autel de Thémis, en

d'autres termes l'endroit le plus apparent des tribunaux ( Dominis suis

Schéma hoc Salomonici Judicii ad aram Themidis Dicat Consecrat).

Nous ne savons si le maréchal de Rantzau a été le premier propriétaire du tableau ; mais puisqu'il le possédait avant i65o, l'œuvre n'a pu appartenir à la ville de Bruxelles.

Une esquisse d'un Jugement de Salomon, H. 12, L. i5 1/2 pouces, fut adjugée à 120 florins dans la vente de la collection de Schryvere, à Bruges, en 1763.

Il existe une estampe de Car. Gregori, de Florence, gravée d'après un dessin de Dom. Corvi, de Rome, reproduisant un Jugement de Salomon, qui se trouvait dans la collection de François Gomez Garzia et que le propriétaire attribuait à Rubens. Plusieurs des motifs du tableau de Copenhague se retrouvent dans cette composition. Est-ce un pastiche, est-ce une œuvre datant du séjour de Rubens en Italie ? La gravure ne permet pas de se prononcer, et d'autres documents concernant ce travail nous font défaut.

Gravure: V. S. 63, Dom. Corvi del. Romae ; Car. Gregori Flor. sculp. (Dédicace : Carolo III Hispaniarum régi pio felici augusto elegantiores ex pinacotheca sua tabulas sere incisas devotus nomini majestatique ejus offert consecratque Franciscus Gomez Garzia Canonicus Barchinonensis.) Voir planche 35.

(i) A. HENNE et A. WauteRS : Histoire de Bruxelles. III, 46.

La reine de Saba devant Salomon.

Sujet d'un des plafonds de l'église des Jésuites, à Anvers (Voir n° 3).

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