‹ L'œuvre de P.P. RubensChapitre 13 sur 213 · ST. PIERRE · texte numérisé non relu

ST. PIERRE

Revers du volet de gauche.

|aint Pierre est debout, vu de face, drapé à l'antique dans un manteau jaune jeté sur une tunique bleue. A côté de lui sont ses filets ; au-dessus de lui, la tiare et les clefs. Ses cheveux et sa barbe sont gris et incultes. Comme St. André, il se trouve sur une petite élévation à laquelle conduisent deux marches de marbre. Le travail est d'un élève ; il est quelque peu relevé par le maître dans les chairs.

Sous le panneau central se trouvaient trois prédelles. Celle du milieu représentait le Christ en croix ; celle du côté de l'évangile, le Christ marchant sur les eaux, et celle du côté de l'épitre Jouas jeté à la mer.

La première de ces trois pièces a disparu ; les deux autres se trouvent au musée de Nancy.

25o. LE CHRIST EN CROIX.

Prêdelle de la Pêche miraculeuse.

Jadis à l'église Notre-Dame, à Malines.

Panneau. H. 70, L. 40.

Cette petite pièce a disparu lors de l'enlèvement du triptyque par les Français, en 1794.

25i. JONAS JETÉ A LA MER.

Prêdelle de la Pêche miraculeuse.

Nancy. Musée, 235.

Panneau. H. yS, L. yS.

iJA mer est en fureur ; la petite barque qui porte Jonas et ses six compagnons est battue de tous côtés par les vagues ; la voile est déchirée et les cordages brisés. Les matelots ont saisi le prophète et l'un d'eux, le tenant par le milieu du corps, le lance, la tête en avant, dans la mer; un second le tient par les jambes, les autres sont prêts à assister leurs compagnons. Déjà le prophète a la moitié du corps hors de la barque. Près de lui se montre la tête de la baleine lançant l'eau par les évents. Travail d'élève, avec quelques rares retouches du maître.

252. LE CHRIST MARCHANT SUR LES EAUX. Prêdelle de la Pêche miraculeuse.

Nancy. Musée, 234.

Panneau. H. yS, L. 75.

droite, on voit le Christ portant un manteau rouge sur un vêtement bleu d'ardoise ; il marche sur les flots et vient au secours de St. Pierre qui est submergé par les vagues jusqu'à la ceinture. L'apôtre étend les deux mains vers son maître, le Sauveur en saisit une. Au second plan, une barque, montée par trois apôtres ; l'un d'eux la dirige, les autres retirent le filet.

Travail d'élève retouché sommairement par le maître.

Ces deux panneaux furent donnés par l'empereur Napoléon au musée de Nancy et faisaient partie du premier envoi fait de Paris (i).

Emmanuel Neeffs leur donne comme dimensions 2 pieds 7 1/2 pouces de Malines (yS centimètres) en hauteur et 2 pieds 3 1/4 pouces (65 centimètres) en largeur. Ils auraient donc été plus hauts que larges. Les gravures de Tassaert et de Spruyt, au contraire, les représentent en largeur, ce qui est le format ordinaire des prédelles. En compai'ant ces estampes avec les panneaux dans leur état actuel, nous voyons que ces derniers ont été écourtés sur les côtés. Les mesures données par Neeffs sont erronées.

Les poissonniers de Malines avaient, depuis 1547, l'autel de leur corporation dans le transept méridional de l'église de Notre-Dame au-delà de la Dyle. Cet autel était placé sous l'invocation de St. André. Ayant été détruit par les iconoclastes en i58o, on le restaura de i585 à i5g7. En cette dernière année, il fut consacré par l'archevêque. En i5i3, la corporation résolut de faire faire un retable pour son autel et l'année suivante les travaux de menuiserie du panneau et des deux volets sur lesquels le triptyque devait être peint furent adjugés à Barthélémy van Royen pour la somme de 625 florins (2). Les panneaux

(i) L. Clément de Ris : Les Musées de Province. Paris, 1872. P. 491.

(2) Documents tirés du livre de la Corporation des Poissonniers. — Fol. 63 r°. 1613-1614. Den i3<= september betaelt aen Bertholemeus van Roye, over tgene hem moest comptant achtervolgens tcontract op het maeken van de nieuwe taffel voor ons ambachtsaultaer dwelck hy aenveert heefft voor 625 guld. daer af betaelt i/3 part, compt gl. 208 - 6 2/5

(Les deux autres tiers furent paye's le 9 février et le 18 octobre i6i5.)

étaient achevés et placés en i6i5. La corporation s'adressa à Rubens pour le charger d'en exécuter la peinture. Le grand maître arriva le g octobre 1617 à Malines, où il rencontra les do3'ens des poissonniers dans l'auberge portant pour enseigne le Casque. Il se rendit avec eux à l'église de Notre Dame pour y voir l'autel de la confrérie et convenir du prix de son futur tableau (i). On ne tomba probablement pas d'accord ce jour-là, car trois des chefs de la corporation firent le voyage d'Anvers, le 5 février 1618, pour arrêter les termes du contrat. Le prix fut fixé à 1600 florins (2).

On descendit les panneaux de l'autel et on les envoya au peintre (3). Le II août i6ig, le tableau était achevé et trois membres de la corporation se rendirent à Anvers pour l'embarquer et le faire conduire à Malines par eau (4).

(i) Fol. 97 r" 1616-1617. Op den 9 october (1617) verteert in den Helletn présent hr. Merten (De Clerck), Jan Goottens en Adrian Van Loy met ons knaepen, als wij met Rubbens op de ambachtscamer gewèest ende in ons L. vrouwe kercke ons taffereel gesien hadden om het schilderen te besteden présent de zoone van hr. Niclas De Vos, betaelt 8 guld. i5 st.

(2) Fol. io5 r». Op den 5 february j6i8 gereyst met hr. Philips Van Kerckhoven en Jan Goottens door last van de geswoirne ende ouders om taffereel besteden te schilderen aen S'' Rubbens alsdoen betaelt vande wagenvracht over en weer . . 6 gui. 2 1/2 st. 2 oord.

Item verteert tôt Antwerpen in Hendhouwe met het gène daer verteert is met S'" Rubbens en andere int tbesteden van dambachts taffereel voor 1600 guldens, betaelt van verteerde costen ghelagen en andersints met tgene wy tsavonls hier verteerden ... 26 gui. 5 st.

(3) Fol. 106 V". Item betaelt aen Fransen Vergaelen tymerman van dat hy met syn knecht de taffel van dambachts aultaer afgedaen heeft om naer Antwerpen te senden . iS strs.

Fol. 109 v°. Item betaelt aen Aert de metser over tgene hy verschoten hadde vande vracht van taffereel t'Antvverpen te voeren 4 1/2 gui. en van lossen en tôt S'' Rubbens te dragen 3 1/2 guldens t'samen 8-0

(4) Fol. 118 v». Adi II" augusty (1619) als wy tôt Antwerpen reysden om dambaghls taffereel tschepen te doen betaelt tôt Wallom van oversetten aen de armen en verteren de costen van de peerden tôt Antwerpen en de peerden te haelen tsamen . . . i gui. 7 strs.

Item tôt Antwerpen verteert met ons drye hr. Philips (van Kerckhoven), Goottens en by my met noch andere dier by quamen in Hendhouwe met 2 potten wyn tôt Contich tsamen gui. 11-6

Item tôt Antwerpen betaelt van de taffel tschepe te draghen met de deuren, met de vracht van de cussens tsamen 6 gui. 16 strs.

Item betaelt van de taffel alhier te lossen en in de kerk te draghen aen diversche arbeyders tsame 5 gui.

Item betaelt van de schipvracht van het taffereel van Antwerpen hier te brengen . . .18 gui.

Betaelt aen Frans Vergaelen tymerman van het taffereel te helpen stellen met syn knecht ende van eenighe gereedschap te leene volgens syn billet by specificatie en quittancie 8 gui. 1 1

Peu de temps après, Rubans toucha la somme convenue de i5oo florins pour le panneau central, les volets peints des deux côtés et les trois petites pièces au-dessous du grand tableau (i).

En 1623, on exécuta au cadre du tableau des travaux de dorure et de décoration (2).

Pour couvrir les frais du triptyque qu'ils venaient de faire exécuter pour leur autel, les poissonniers obtinrent des magistrats de la ville l'autorisation de prélever, pendant six années, une légère taxe extraordinaire sur le poisson que les marchands étrangers importaient à Malines. Cette taxe produisit annuellement une somme de 114 à 200 florins. Les membres de la corporation

Item betaelt aen Anthoni Buys slotmaker van diversche yserwerck by hem gelevert tôt behoef van dambachts taffereel achtervolgens syn specificatie ende quittancie . 16 gui. i5 strs.

Item betaelt aen Anthoni Buys over de leden die hy gelevert heeft tôt de deuren van dambachts taffereel boven de aude leden die hy behouden heeft, met hem veraccordeert ende betaelt achtervolgens syn quittance 44 gui. 14 strs.

Fol. 119 r». Item betaelt aen Berthelemeus Van Roye voor de lesten en de pederstaelen met de pedderstalen dachhuer en andersints by hem ende synen knecht gevrocht int stellen van dambachts taffel achtervolgens syn billet 16 gui. 11 strs.

Fol. 119 vo. Item betaelt aen Jan Goottens over tgene hy betaelt hadde voor de huere van syn pert als wy tAntwerpen ons ambachtstatfereel gingen haelen i gui. 10 strs.

(i) Fol. 120 v». Item betaelt aen S"" Petro Paullo Rubens schilder woonende tôt Antwerpen van het schilderen van ons ambachtstaffel met de deuren binnen en buyten ende drye stuckskens inde voet achtervolgens het accordt aen hem bestedt door ordre van de geswoirne en ouders ter presentie van hr. Philips Van De Kerckoven en Jan Goottens volgens syne quittancie compt 1600 guldens.

(2) Fol. 166 r° (3o août 1623). Item betaelt aen Hendrik Faydherbe vant stofferen vant dambachtstaffel in ons L. vrouwenkerck dwelck by de geswoirne aen hem bestedt was voor 100 guld. en dat vant stofferen en vergulden daerenboven noch betaelt 4 gui. voor 'tgout vau het onderste crucifix te vergulden dat nyet besproocken en was per quittance tsamen 104 guld.

Fol. 168 ro (novembre i623). Item betaelt aen Hans van Tongerloo metser, van de stellinghe te stellen om dambachtstaffereel te vergulden en anders par syn billet . . 9 guld. 10 strs.

Sources : Dit is den Boeck vanden Viscoopersambacht gemaect int jaer 1609. (Archives de la ville de Malines.) Ces textes ont été publiés, mais d'une manière peu correcte, par Fr. SteURS : Sint Andries aiitaer of l'an het Vischverkoopers ambacht in O. L. V. over de Dyle. Mechelsche Courant 1872 n°s 22, 23, 24, (Réédités dans Fr. Steurs : Geschiedkitndige verhandelingen rakende de stad Mechelen. Malines, 1872-1874. P. 56.) et par EMMANUEL NEEFFS : L'œuvre de P.-P. Rubens à Malines. P. 11. (Extrait des Bulletins de l'académie royale de Belgique, juillet 1876). M. le Chanoine de Coster a bien voulu nous fournir les mesures des tableaux et d'autres renseignements précieux.

devaient être présents à la messe le jour de la saint André, le 3o novembre, et verser une offrande d'au moins un sou. Les absents payaient une amende d'au moins six sous, au profit de l'autel.

Smyers dit avoir appris de Corneille Huysmans que lorsque Rubens vint placer la Pêche miraculeuse, il descendit à l'auberge Middelburg sur la Dyle et qu'il avait encore travaillé au tableau lorsque celui-ci était placé dans l'autel (i).

La corporation des poissonniers fut dissoute par un décret de la république française, en date du 2 mars 1792. Le tableau de la Pêche miraculeuse fut envoyé à Paris, le 3i juillet 1794, pour être placé au Louvre. L'autel sur lequel il s'était trouvé jusqu'alors, fut démoli par ordre de la fabrique d'église au mois d'août i8o5. Les tableaux furent rendus en i8i5 et placés dans la chapelle absidiale de saint Disme, derrière le maitre autel de l'église (2).

Le triptyque fut nettoyé en 1820, pour la somme de 26,72 florins des Pays-Bas, par Pierre van Regemorter d'Anvers. Il fut nettoyé de nouveau en 1875 par M. Christ, de Heuvel, sous la surveillance M. de Brou, bibliothécaire de la famille d'Arenberg. Le i3 août, les tableaux furent remis en place. L'état accorda un subside de 25o francs pour payer M. de Heuvel et l'église donna 200 francs pour payer les ouvriers. M. de Brou intervint par amour désintéressé de l'art (3).

Le triptyque avait été nettoyé antérieurement à différentes reprises. Le 4 décembre 1643, le métier des poissonniers paya 4 florins de ce chef au sacristain de l'église ; en 1664-1665, il paya 3 florins 3 sous au sieur de Pape, pour le même motif.

La Pêche miraculeuse.

Gravures: V. S. 141, Schelte a Bolswert ; 142, Anonyme (Gillis Hendricx exe.) ; 143, F. Ragot ; 144, C. Galle ; 145, G. Edelinck (signature suspecte) ; 146, Anonyme (Corn. Danckerts exe.) ; 147, R. H. J. Delvaux.

La gravure de Bolswert, en sens inverse du tableau, reproduit la composition du panneau central d'une manière notablement élargie. Elle se compose de trois pièces dont les feuilles latérales représentent les parties ajoutées. Celles-ci

(i) Manuscrits Mois. Bibliothèque royale de Bruxelles, SySS, p. i38.

(2) Disme Briamont est le fondateur du chapitre collégial de Notre Dame. De son temps furent construites les chapelles absidiales ; il y contribua ge'néreusement. Par reconnaissance, la fabrique lui abandonna la chapelle absidiale qui fut dédiée à son patron et servit de sépulture à la famille du fondateur et bienfaiteur.

(3) Communications de M. le curé de Notre-Dame au-delà de la Dyle.

consistent, pour le côté droit de la gravure, en un homme assis dans la seconde barque et ramant ; pour le côté gauche, en deux hommes marchant dans la mer et aidant à tirer le filet. La feuille du milieu représente assez exactement le panneau central du triptyque. La principale différence consiste dans le changement de la pose du Christ. Dans la peinture, son manteau rouge tombe droit, en plis raides, jusqu'aux pieds. Dans la gravure, le Christ fait le mouvement de la marche, découvre les deux jambes jusqu'aux genoux et fait flotter le bas du manteau ; l'étoffe est soulevée sur les épaules, les cheveux sont rejetés en arrière par le vent. La pose des mains est également changée : celle qui reste à moitié cachée dans la draperie est au-dessus de l'autre, dans la gravure, et au-dessous, dans le tableau. La figure du Christ gagne beaucoup à ce changement. Près de la tête du Sauveur, deux oiseaux se voient dans l'œuvre de Bolswert ; ils manquent dans la peinture.

La gravure portant le privilège d'Albert et Isabelle, doit avoir été achevée avant le i3 juillet 1621. La National Galery (n° 680) possède sous le nom de Van Dyck une grisaille peinte sur papier, formant le modèle de cette estampe. Il est fort possible que ce soit l'élève favori de Rubens qui ait fait cette pièce dans l'atelier et sous la direction du maître.

Photographie : J. Dubois.

Le jeune Tobie et l'Ange.

GraviLres : V. S. ig3, P. Spruyt ; 194, P. Spruyt.

Le Denier du Tribut.

Gravure: V. S. 194, P. Spruyt. Pour les estampes reproduisant la même composition développée, voir n°^ 247 et 262.

Le Christ marchant sur les eaux.

Gravure: V. S. 177, P. Spruyt.

Photographie : A. Braun.

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