POUR SAUVER LE MONDE
Lyon. Musée, i36.
Toile cintrée. H. 555, L. 36i.
|ans le haut du tableau, on aperçoit la Trinité et la Vierge. Le Christ, couvert d'une draperie rouge, flottant autour de ses reins et par-dessus son épaule, brandit la foudre de la main droite et tient la main gauche fermée avec colère. Dieu le père, est assis à sa droite dans une gloire éclatante ; entre le Père et le Fils plane le Saint Esprit. A gauche, la Vierge, vêtue d'une draperie bleu clair, parsemée d'étoiles d'or, lève une main et étend l'autre, conjurant son fils de ne pas détruire le monde.
Dans le bas du tableau, une réunion de saints. Au milieu d'eux, sur le premier plan, on voit St. Dominique et St. François, vêtus des habits de leur ordre ; tous deux dirigent les regards vers le Christ et étendent les mains au-dessus du globe terrestre pour le préserver de la colère divine. St. Dominique est vu de trois quarts. St. François de profil ; le preinier a la figure bien nourrie ; le second a les traits exténués et tourne vers le spectateur la plante de ses pieds nus. A droite, on voit St. Sébastien, fait d'après le même modèle que le saint de ce nom qui figure dans la Vierge entourée de Saints et de Saintes, de
l'église St. Augustin d'Anvers. C'est un superbe jeune homme, ayant pour tout vêtement une draperie blanche, descendant de l'épaule sur le milieu du corps, reposant sur le bras gauche et laissant à découvert ce bras, les jambes et la plus grande partie du buste. A côté de lui se tient St. Jérôme, coiffé de son chapeau de cardinal. Du côté gauche, on distingue Ste. Catherine, vue de profil, vêtue d'une draperie lie de vin et d'un voile de gaze retombant de la tête sur l'épaule ; elle est agenouillée sur sa roue et tient une palme. A côté d'elle. St. Ambroise ayant des papiers à la main, figure vénérable, rappelant le même saint du musée de Vienne ; il porte une chasuble de couleur foncée, à large bordure d'or, ornée de sujets religieux. Derrière lui, un second évêque mitre ; à côté de lui. St. Augustin, tête nue. Puis, en avançant vers le milieu. St. Georges en cuirasse, tenant un drapeau rouge, et un autre saint à longue barbe ; trois saintes : la première habillée de bleu, un collier dans les cheveux ; la seconde, Ste. Madeleine, une main posée sur la poitrine ; la troisième, à figure douce, baissant les yeux, à peu près identique à l'une des âmes du Purgatoire dans la Sainte Thérèse du Musée d'Anvers. Derrière elles, de nombreuses saintes, dont on ne voit que la tête et parmi lesquelles on distingue Ste. Cécile assise devant l'orgue.
De même que la composition se partage en deux parties bien distinctes, de même le travail, dans le haut du tableau, diffère sensiblement de celui de la partie inférieure. Cette dernière est d'une facture solide, énergiquement dessinée et coloriée, tandis que le groupe de la Trinité et de la Vierge est traité d'une manière vaporeuse et fondante.
L'œuvre se distingue dans son ensemble par la beauté des têtes, l'élégance des poses, les corps solides, les contours nets. C'est un travail fait avec amour, de grande allure et d'excellent effet. Le St. Dominique et le St. François, mais plus particulièrement ce dernier, sont admirables d'expression.
Nous retrouvons ici la collaboration du maître et de l'élève, telle que nous avons déjà eu l'occasion de la constater dans l'Assomption de la Vierge, du Musée de Bruxelles. La partie supérieure du tableau est l'œuvre d'un élève, probablement de Corneille Schut, retouchée par le maître ; la partie inférieure est entièrement de la main de Rubens. Le tableau doit avoir été fait à la même époque que le St. François Xavier et le 5;^. Ignace du musée de Vienne, c'est-à-dire en i6ig ou 1620.
Il fut exécuté pour l'église des Dominicains (aujourd'hui St. Paul), d'Anvers, dont il ornait le maître autel. Il fut enlevé par les agents de la
République française en 1794 et donné au musée de Lyon par décret impérial du i5 février 1811. Comme les autres tableaux ravis à nos provinces et donnés aux musées départementaux de l'empire, celui-ci ne fut pas rendu en i8i5.
La salle Lacase au Louvre, n° log, renferme une étude pour le St. Georges, de ce tableau.
Gravure: Dubouchet (lithographie faite pour la Société des Amis des Arts, à Lyon).
Photographie : Anonyme.
L'autel des Dominicains a été gravé par Pierre Verbrugghe junior. Le retable figurant dans cette gravure ne représente pas St. Dominique et St. François intercédant pour sauver le monde, mais le Martyre de St. Paul.