SAINT ROCH INTERCÉDANT POUR LES PESTIFÉRÉS
Alost. Cathédrale.
Panneau cintré. H. Sgo, L. 260.
Sa composition est divisée en deux parties par une voûte en pierre de taille, vers laquelle conduit un escalier dont on ne voit que les marches supérieures. Au-dessus de cette voûte se tiennent, au milieu, St. Roch accompagné de son chien, un lévrier gris ; à droite, le Christ; à gauche, un ange. St. Roch porte un costume de pèlerin à camail violet, sa robe brune est retroussée ; de la droite, il tient son chapeau et son bâton de pèlerin. Il pose la main gauche sur la poitrine, s'humiliant, avec une expression de profond respect, devant le Christ qui le nomme le patron des pestiférés. Le Christ est enveloppé d'une draperie rouge qui laisse son buste à découvert. Il est représenté descendant du ciel ; le mouvement rapide rejette ses cheveux en arrière, soulève sa draperie au-dessus de son épaule et la fait flotter derrière lui. L'ange a de grandes ailes blanches et porte une draperie jaune; il tient entre les deux mains la tablette sur laquelle se lisent les mots : Eris in peste
(i) JOH. Jac. Merlo : Naclirichten von dem Lebcn und den Werken K'àlnischer Kunstler. Kôln, i85o. P. 373-382.
palromis, que le Christ montre du doigt à St. Roch. Le fond est noir et s'édaircit vers le milieu par la gloire rayonnante du Christ.
Au-dessous de la voûte et se dessinant en majeure partie devant son ouverture sombre, se voit un groupe de pestiférés : c'est, d'abord, un vieillard à barbe et à cheveux blancs, à chair hâlée, qui lève les deux bras vers St. Roch avec une expression de supplication ardente ; il a un bout de draperie sur les reins et un linge blanc autour de la tête. A sa droite, un homme d'âge moyen, dont la chair livide contraste avec la chevelure noire, est couché sur un grabat et en partie enveloppé d'un drap blanc. Lui aussi, d'un mouvement affaibli, lève la tête vers St. Roch et met la main sur la poitrine, implorant le secours du saint. A gauche du vieillard, une femme, vue en raccourci, la tête enveloppée d'un tissu blanc ; sur le corps, un linge blanc et une draperie rouge. Pâle et bouffie par la maladie, elle étend la main, avec un geste lamentable. A côté de ces trois pestiférés se tiennent deux hommes qui viennent à leur secours. Celui de droite, vêtu de noir, a une tête rubénienne ; il montre aux désespérés leur patron et soutient le plus jeune des malades. Celui de gauche porte un bout de draperie bleue et soutient la femme ; lui aussi lève les yeux vers le saint. A l'extrême droite se dresse une figure enveloppée d'une draperie blanche, comme un mort dans son linceul ; à l'extrême gauche, on voit la tête d'un malade couché sur son traversin. La terre est jonchée de paille.
Le groupe du saint reste entièrement indépendant de celui des pestiférés ; mais tous deux sont mis en rapport intime par l'expression suppliante et les bras tendus des malades. Matériellement, les deux parties sont reliées entre elles par la figure enveloppée de son suaire qui de la tête dépasse le sommet de la voûte.
Le groupe supérieur est plein d'élégance. Rubens a visiblement recherché la beauté du mouvement, la noblesse de la pose. Dans le mouvement du St. Roch agenouillé et prêt à se lever se peint bien l'étonnement de la haute faveur qui lui tombe en partage. C'est surtout sa figure qui est bien réussie ; celle du Christ ne laisse pas d'être quelque peu théâtrale ; l'ange est complètement insignifiant.
Mais bien plus beau que le groupe céleste est celui des malades. L'élan plein de confiance, l'effort pour intéresser, pour émouvoir le saint sont rendus avec autant d'intensité que de variété. La figure du vieillard est aussi saisissante que belle. Celle de la femme est moins réussie : sa figure pâlotte et molle est par trop déplaisante. Le mouvement ascensionnel du groupe,
son enchevêtrement sans confusion forme un ensemble aussi lieureux que savant.
Somme toute, le St. Roch est une œuvre du dessin le plus châtié, du groupement le plus habile. La gravure de Pontius fait bien ressortir ces qualités et a rendu populaire ce tableau que le maître a traité visiblement comme une œuvre de prédilection. Le coloris est plein d'harmonie : en haut, les points éclatants de la draperie rouge et jaune, en bas, la coloration plus claire ; ces deux gammes sont reliées par le ton neutre de la voûte. Le conti-aste des figures est aussi naturel que frappant. En haut, tout est beauté, vigueur, santé ; en bas, tout est souffrance, membres décolorés, bouches tordues, yeux rougis, lividité et maigreur ; c'est bien l'humanité souffrante en face du ciel compatissant.
Le groupe inférieur est entièrement de la main du maitre ; le groupe supérieur est peint par un élève, mais largement retouché par Rubens. La tête et le pied de St. Roch sont de lui, de même que les bras du Christ et ceux de l'ange. Les accessoires, la voûte et le chien sont d'un collaborateur.
Voir planche i66.
48g. SAINT ROCH NOURRI MIRACULEUSEMENT.
Prédelle de gauche.
Panneau. H. 100, L 70.
GAUCHE, St. Roch, la jambe malade nue, est assis dans un paysage sombre contre un gros arbre. Il porte un costume de pèlerin, il a un bâton dans l'une main et tend l'autre pour recevoir le pain que
lui apporte son chien. Le paysage et le chien sont peints par Wildens,
les carnations et le ciel sont retouchés par Rubens.