‹ L'œuvre de P.P. RubensChapitre 48 sur 213 · LE CHRIST EN CROIX · texte numérisé non relu

LE CHRIST EN CROIX

Anvers. Musée, 3i3.

Toile. H. 219, L. 122.

ONTRE un ciel gris d'ardoise, avec la ville de Jérusalem en perspective, la croix est dressée. Dans le haut, à gauche, on aperçoit l'éclipsé solaire. Le Christ a la tête légèrement inclinée vers l'épaule gauche et les yeux levés au ciel, avec une expression douloureuse et suppliante. La bouche aux lèvres bleuissantes est entr'ouverte ; les teintes livides de la mort sont répandues sur les beaux traits. La tête est superbe : elle joint au sentiment le plus profond une grande force dramatique. Son analogie avec celle du Christ dans VErection de la Croix est frappante. La peinture est d'un travail ferme ; la carnation est d'un jaune chaud, que font ressortir de fortes ombres et sur lequel les modelés sont indiqués par des touches bleuâtres. La figure du Christ est entièrement de la main de Rubens. La vue de Jérusalem est d'un élève.

La fermeté des chairs, l'importance des ombres, la correction du dessin, la sobriété du procédé et la ressemblance avec le Christ de VErection de la Croix nous font croire que le tableau date de l'époque de ce chef-d'œuvre de Rubens, c'est-à-dire de 1610 environ. Sur le bois de la croix, sous les pieds du Christ, on voit les lettres NR accouplées. Ce monogramme très visible, qui semble n'avoir éveillé l'attention de personne est formé des initiales de Nicolas Rockox. Il prouve, à notre avis, que l'œuvre dont nous nous occupons a été commandée à Rubens par son généreux ami, qui offrit, en outre, à l'église des Récollets, d'où le présent tableau provient, le Christ au coup de lance et VIncrédulité de St. Thomas.

Le tableau se trouvait primitivement au-dessus de la porte de la sacristie dans l'église des Récollets à x'Vnvers. C'est par erreur que le catalogue du musée d'Anvers le dit gravé par Henri Snyers et provenant du monument funéraire de Corneille de Winter et de sa famille. Le tableau donné par ce particulier était, selon Descamps, une copie de la présente œuvre (i). D'ailleurs Corneille de Winter ne mourut que le 28 février lôyS, comme l'attestait sa pierre sépulcrale (2). Il est donc peu probable qu'il ait commandé à Rubens le tableau qui devait orner son tombeau.

L'œuvre de Rubens fut enlevée par les commissaires de la République française en 1794 et restituée en 181 5.

Photographies : Fierlants et Anonyme.

La copie de ce tableau, qui ornait le monument de Corneille de Winter, se trouve au musée de Bordeaux (n^ 2g5), auquel il fut donné par le gouvernement français, en i8o3. (Toile. H. 104, L. 74.)

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