LE CHRIST AU TOMBEAU
(Le Christ à la paille.)
Panneau central.
|e Christ mort est posé sur la pierre de son tombeau. 11 est vu de face, les jambes pendantes, le torse dressé et soutenu par un des personnages. La partie inférieure de son corps est enveloppée dans un linceul blanc, le buste est nu jusqu'aux reins, la tète retombe sur l'épaule gauche. Le corps est d'une belle pâleur chaude, la couleur livide de la mort a gagné les mains et le visage et ombre légèrement la poitrine et les bras. C'est bien un mort, inspirant la pitié, inerte, flasque, souillé de sang, les cheveux ébouriffés, ne conservant de sa beauté que la blancheur de son teint. Derrière lui, sa mère est debout, les yeux au ciel, avec une expression de suprême angoisse. Elle tient le linceul et l'élève d'une main au-dessus de la tête de son fils. Elle est enveloppée d'une draperie bleu clair, de dessous laquelle sort une manche écarlate. St. Jean, dont on ne voit que la tète, se trouve derrière elle. Une jeune femme contemplant le Sauveur, les mains jointes, la pitié peinte sur les traits, se trouve à droite ; à gauche, un vieillard soutient l'un des bras du Christ pour empêcher le corps de s'affaisser. Sur la pierre où le Christ est assis sont étendues quelques menues bottes de paille. Le fond est d'un ton sombre et neutre.
Ce panneau est entièrement de la main du maître ; le Christ est fait avec un grand soin, les autres personnages sont fort sommairement traités : leurs lignes indécises, leurs tons voilés font vivement ressortir l'éclat du Sauveur. L'expression est rudimentaire, la composition est également simple ;
le Christ seul est vraiment remarquable, comme rendu du réalisme de la mort et comme intensité du coloris. C'est en somme le même effet que celui que nous avons admiré dans la Descente de Croix : le corps dans sa pâleur de la mort récente contrastant avec la brillante blancheur du linceul qui l'encadre. Comme dessin, ce corps est fort différent de celui de la Descente : là, tout est idéalisée, ici, tout est réaliste ; là, une pose élégante est recherchée ; ici, l'attitude la plus vraie est trouvée ; mais dans leurs intentions diverses, les deux conceptions sont magistrales.
Voir planche 114.