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L'ASSOMPTION DE LA VIERGE

Bruxelles. Muse'e, 407.

Toile. H. 490, L. 33o.

|ans le haut du tableau, la Vierge monte au ciel, la main gauche levée à la hauteur de l'épaule, la droite étendue à la hauteur de la ceinture ; elle est vêtue d'une robe et d'une draperie bleu clair et se détache sur une traînée de lumière céleste. Autour d'elle, dans le ciel serein et sur un mince banc de nuages, clairs à droite, sombres à gauche, se jouent de nombreux petits anges blonds. Dans le bas, autour du tombeau, sont groupés

(i) État des reliquaires, reliques, tableaux et autres objets de loratoire de la sérénissime infante Isabelle, enregistré le 27 juillet 1639 (HENNE et WauTERS : Histoire de Bruxelles. III, 237).

les disciples et les saintes femmes. A gauche se tiennent quatre apôtres dont les tètes seules sont visibles. L'un d'eux suit la Vierge des yeux, deux autres plongent les regards dans le tombeau, le quatrième observe les précédents. Puis, en allant vers la droite, viennent deux femmes, la première vêtue de jaune, la seconde de bleu ; elles tiennent le linceul et les roses qu'elles y ont trouvées. Une troisième examine l'intérieur du tombeau. Le cinquième apôtre dirige les yeux vers le ciel ; le sixième soulève la pierre du tombeau ; le septième, drapé de rouge, regarde le sépulcre ; du huitième, la tête chauve est seule visible ; du neuvième, les cheveux sont gris et la draperie jaune et bleue, comme St. Jean qui vient le dixième et étend les bras, il lève la tète au ciel ; le onzième porte une robe violet clair et une draperie blanche, son crâne est chauve, il a mis un genou en terre et étend les bras frappé d'étonnement ; le douzième est agenouillé devant la tombe ; il avance la tête sous la pierre soulevée, porte une robe de vert foncé et tourne vers les spectateurs les plantes de ses pieds.

Dans le fond, il y a une balustrade de pierre blanche sur un degré de la même pierre. Le ciel est d'un blanc bleuâtre. Sur ce fond clair se détachent vigoureusement, durement presque, les personnages, dont les contours semblent coupés à l'emporte-pièce. Les couleurs sont d'une seule venue, adoucies seulement par des reflets clairs ; elles manquent de chaleur, et ont une sécheresse fort prononcée. Cependant, le groupe inférieur est fort beau, solidement construit, très compact, conciencieusement étudié. Le coloris vigoureux, plein, éclatant dans le bas, est d'une pâleur remarquable dans le haut. Il est évident que la partie inférieure n'est pas de la même main que le groupe de la Vierge et des anges. Ce dernier est le travail d'un élève ; les figures des apôtres et des saintes femmes, par contre, sont de la main de Rubens. Nous avons ici la même juxtaposition du travail de deux artistes que l'on remarque dans la composition centrale du St. Etienne, au musée de Valenciennes : le coloris robuste d'un côté, les tons clairs, la peinture légère de l'autre. Le collaborateur de Rubens dans les deux tableaux a été le même : probablement Corneille Schut.

Dans son ensemble, le tableau se rapproche très sensiblement des Miracles de St. François Xavier et des Miracles de St. Ignace à Vienne et date de la même époque, i5ig ou 1620.

Pour ses différentes représentations de V Assomption de la Vierge, Rubens s'inspira des compositions sur le même sujet exécutées par le Titien (musée de Venise) et par Annibal Carrache (musée de Bologne).

Le tableau provient de l'église des Carmes déchaussés de Bruxelles,

consacrée le i5 octobre 1614. Il ornait le maître autel et fut commandé à Rubens par les archiducs Albert et Isabelle (i).

Il fut enlevé par les commissaires de la République française en 1794 et restitué en i8i5. Comme pour les autres peintures, le voyage se fit dans des conditions déplorables. Elles étaient arrivées à Bruxelles le 20 novembre i8i5 ; on les laissa dans leurs caisses jusqu'au 21 décembre. Alors on demanda au Commissaire général de l'Instruction, des Arts et des Sciences, à la Haye, la permission de les déballer, ce qui fut fait le 10 janvier i8i5. Durant ce long séjour en plein air, par une saison inclémente, les tableaux avaient subi des détériorations graves. De la présente Assomption, le rapport dit ce qui suit : ^ L'humidité qui a pénétré dans la caisse a causé à cette peinture plusieurs grandes bosses par la contraction de la toile qui a fait plier le châssis, lequel est prêt à éclater, quoiqu'il soit très fort (2). ^

Gravures : V. S. Vierges, 18, S. a Bolswert (Dédicace : R. P. Guardiano FF. Minorum Reg : Obs : Antverpiœ ceterisque ejusdem conventus alumnis (ex genio ordinis seraphici) fervidis honoris Parthenii zelatoribus : hanc Deiparentis gloriose in cselum ascendentis effigiem in debitœ observantiaî symbolum Martinus van den Enden D. C. Q.) ; 19, S. a Bolswert (de la même grandeur, en sens contraire, sans titre); 20, F. Ragot; 21, x\nonyme ; 22, Arnoldus Loemans ; (La Vierge seule avec les anges) 23, Anonyme (C. Galle exe); 24, Anonyme (C. Galle exe); 25, Anonyme (C. Galle exe.) avec quelques changements. Non décrite : Anonyme (N. Lauwers exe).

Rubens fournit au graveur un modèle concordant si peu avec le tableau que l'on peut dire que, en réalité, celui-ci n'a pas été gravé. Mais si l'estampe de Bolswert ne présente pas une bien grande analogie avec la peinture, le caractère général cependant est le même. Dans le tableau, la Vierge lève le bras gauche, abaisse la main droite et regarde devant elle ; dans l'estampe, elle lève le bras droit, abaisse le bras gauche et dirige les yeux au ciel. A partir de la taille, sa pose est la même dans le tableau et dans la gravure, sauf que, dans la peinture, la traine est portée par des anges. L'apôtre vu de dos et agenouillé au premier plan, ainsi que les hommes qui soulèvent la pierre et ceux qui la soutiennent, la tête de la femme qui lève les yeux et tient des fleurs sont les mêmes dans le tableau et dans la gravure. Là se

(i) Michel. Op cit. 68. Cet auteur s'est trompé en affirmant que le tableau a été gravé par Pontius. Le catalogue du musée de Bruxelles reproduit ce renseignement erroné. (2) E. FÉTIS : Catalogue du Musée royal de Bruxelles. P. Sg.

bornent les concordances. Les anges groupés autour de la Vierge dans l'estampe sont entièrement différents de ceux que l'on voit dans le tableau du musée de Bruxelles, ce sont ceux qui figurent dans YAssomption de la galerie impériale de Vienne.

Toutes ces gravures sont faites d'après le tableau mentionné au numéro suivant.

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