‹ L'œuvre de Pierre-Corneille BlesseboisChapitre 23 sur 26 · VERS IRREGULIERS · texte numérisé non relu

VERS IRREGULIERS

Elle avait la taille assez belle, Si, plus chiche de son devant.

On ne la gâtait pas comme on fait si souvent : L'Amour est, nuit et jour, auprès ou dessus elle.

Si j'en veux croire les railleurs.

Elle a fort peu de cheveux à la tête ;

Les sujets qu'on en dit ne sont pas des meilleurs !

Ce n'est pas bien l'endroit par où j'ai vu la bête; Mais elle en a beaucoup ailleurs, Car elle est souvent arrosée De la plus douce des liqueurs.

Et ma plume est coupable autant qu'elle est osée.

Son front, où sont assis la mollesse et l'ardeur, A quelque chose d'admirable :

C'est qu'on n'y voit jamais paraître la pudeur Ni la sagesse désirable.

Elle a les yeux d'une truie, Ce sont les plus petits d'ixîi, Elle doit les avoir ainsi, Puisqu'elle mène une pareille vie.

Son nez passerait au besoin, S'il pouvait sentir de plus loin Ce qui regarde sa conduite; Quand on le voit, on ne prend pas la fuite. Mais on le prend à témoin Du malheureux état où son âme est réduite.

Elle a des couleurs sur les joues Qui représentent le printemps ; Ce sont les dangereuses roues De tous les criminels du temps.

Je méprise son sein, je le trouve mal fait ; Il ne consiste plus, son enflure est mollette,

Il distille la g-outtelette, C'est un bien de ménage où l'on puise à souhait; C'est pourquoi le marquis du Grand-Pérou la traite

Comme on traite une vache à lait.

Son bras est aussi blanc que rond.

C'est une espèce de merveille,

Et le cœur ne va que par bond Quand l'œil en voit la beauté non pareille.

La comtesse n'ignore pas

La richesse de cet appas.

Elle ne doute point qu'il ne soit sans reproche ; La friande voudrait que tout ce qui l'approche

Fût de même que son bras.

Sa main n*est pas moins bien formée ; On croit, en la touchant, manier du satin;

Aussi l'objet le plus mutin Voit passer sa fureur ainsi qu'une fumée,

Quand la comtesse à main armée

Combat le soir ou le malin

Et quand la mèche est allumée.

Si mon âme avait la blancheur De son aimable corps d'ivoire, Ce serait un ange de gloire.

Au lieu que le Démon n'est pas si grand pécheur.

Pour ses pieds, ce sont deux créoles Robustes à la vérité.

Mais toujours pleins de saleté.

Et dans ma libéralité Je n'en donnerais pas seulement deux oboles.

A tout ceci doit être joint Qu'elle a pour le plaisir une fort bonne couche. Si je ne dis rien de sa bouche.

Lecteur, c'est qu'elle n'en a point.

Le Zombi du Grand-Pérou

ou

UR COMTESSE DE COCflCNH

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