‹ L'œuvre de RembrandtChapitre 130 sur 169 · Les Chaumières p?'ès du canal · texte numérisé non relu

Les Chaumières p?'ès du canal

{La Barque à la voile.)

Barlsch et Claussïn ont appelé ce paysage la Barque à la voile, parce qu'on y voit en réalité une barque à voile sur un canal; mais la partie la plus remarquable de l'estampe est un groupe de chaumières qui en occupent la gauche, et derrière lesquelles s'élèvent quelques arbres. Une femme suivie d'un chien dirige ses pas vers la seconde de ces chaumières. A droite est le canal avec la barque à la voile. Au delà du canal on distingue avec peine dans l'éloignement un village et son clocher, un pont à plusieurs arches, un cavalier qui marche vers le pont et plus loin un grand bâtiment carré. Tout ce morceau est gravé avec tant de légèreté et si peu mordu qu'il est toujours pâle et indistinct.

Hauteur, o,i3o; largeur, 0,20g.

BARTSCII, 22S. CLAUSSIN, 225. WILSON, 2 2 5.

2o6 L'ŒUVRE DE REMBRANDT.

Le catalogue du British Muséum mentionne dans les épreuves une différence qui constitue peut-être deux états : c'est une addition de travaux sur le toit des chaumières, more jporked on shadoiv of thatch (plus de travail sur l'ombre du chaume); mais nous n'avons pu constater cette différence avec assez de précision pour en faire un état. Nous devons ajouter que ce joli paysage a été fort bien copié en sens inverse, notamment par une jeune Anglaise, rompue aux procédés de l'eau-forte. Quant au morceau qui faisait suite, le Bouquet d'arbres au bord du chemin, nous l'avons supprimé, après avoir pris l'avis de quelques connaisseurs.

33 o. Le Verger et la Grange.

{Paysage aux deux allées.)

Cette pièce est oblongue et en travers. On voit sur la gauclie une maison rustique, couverte de cliaurae, et dans le milieu une pI.;ntation d'arbres qui ressemble i\ nn verger, et qui se termine par une grange. A droite de cette plantation s'ouvre une allée en perspective, bornée par des pieux, sur laquelle marche un homme vu par le dos, qui porte un bâton sur l'épaule. Tout au fond de cette allée, sous une voijte formée par les arbres, on aperçoit dans le plus grand éloignemeni une petite ligure à cheval. Ce morceau est fort rare. Il en existe deux étafî.

Premier état, de la plus grande rareté. La planche a 20.J millimétrés de large. Les arbres qui s'élèvent vers le milieu du fond sont légèrement travaillés et clairs.

Second état. La planche est coupée et réduite S une largeur de 1Û2 millimètres. Cette seconde épreuve est d'un ton moins brillant; elle est aussi fort rare, bien qu'elle le soit un peu moins que la première. Les arbres sont plus travaillés.

Hauteur. 0,090; larg,^ur, 0,204

r.AlîTSCH, 25o, CL.\t)SSIN, 227. WILSON, 227.

Pourquoi n'y a-t-il personne à la porte de cette maison, à l'ombre de ces bouquets d'arbres, et p)Ourquoi cette chaumière silencieuse et ce petit verger ont-ils ainsi plus d'attrait en l'absence de toute créature humaine'?. . . Rernbrandt, nous l'avons dit, lorsqu'il est en présence de la nature, s'abstient volontiers d'y faire paraître des figures, ou bien il les subordonne tellenient au pxiysage qu'on les aperçoit à peine. A

PAYSAGES ET ANIMAUX. 207 l'inverse de nos peintres français, qui font de la campagne le théâtre des actions de l'homme, ou le cadré de ses rêveries, Rembrandt donne la première place aux être inanimés. 11 concentre dans ces objets tout l'intérêt de son tableau, et c'est pour cela sans doute que ses paysages nous saisissent toujours et nous attirent par un enchantement secret... Comme il est solitaire ce coin de la Hollande! A droite de la levée sur laquelle est pratiqué le chemin, on croit sentir le voisinage de la mer et le souffle du vent qui fait plier les branches des arbres et frémir tout le feuillage. Il me semble ainsi que les deux figures, si petites, qui passent sur le chemin, et dont l'une, imperceptible , va se perdre au loin dans les profondeurs de la perspective, il me semble, dis-je, que ces deux figures, loin d'animer le paysage, en augmentent encore la solitude. Mais la vue des lieux inhabités est justement ce qui plaît aux poètes. La nature est pour eux comme une femme à qui l'on aime à parler sans témoins. Les poètes, les grands artistes, n'ont pas besoin de rencontrer des êtres animés dans le paysage : ils le remplissent de leur âme.

33 1. La Grotte et le Ruisseau.

Pièce improprement dite: V Abreuvoir.

Cette estampe représente un monticule boisé fermant une grotte d'où sort un ruisseau. Sur la droite, à côté de la grotte, s'élève un tronc d'arbre, et sur une planche qui est fixée à ce tronc en travers, on lit : Rembrandt 1645. A gauche sont d'autres arbres dont la cime ne se voit point parce que la morsure n'a point réussi Le fond est sale par la même raison.

On distingue trois états de ce morceau, qui est rare et inachevé.

Premier état. Extrêmement rare. Le dedans de la grotte est très-noir, on en voit sortir la partie antérieure d'un bateau. L'épreuve de ce premier état produit un bel effet.

Deuxième état. L'intérieur de la grotte est ébarbé de façon que l'effet de la manière noire a disparu, toute cette partie étant pâle et grise. Le bateau est encore visible.

Troisième état. L'intérieur de la grotte est blanchi avec le grattoir qui a enlevé une grande partie des travaux; le bateau n'est presque plus visible. L'effet de l'estampe est complètement détruit.

2o8 L'ŒUVRE DE REMBRANDT.

On appelait autrefois VAbreui>oîr ce petit paysage qui a quelque chose d étrange et de mystérieux. Je ne l'ai jamais rencontré sans le regarder longtemps, et j'ai toujours pensé que ce n'était point d'après nature que Rembrandt avait dessiné ce bateau abandonné et àrdemi perdu dans une grotte profonde, d'où l'on voit sourdre un ruisseau. Les grands peintres ont dans l'imagination des contrées qu'ils nous décrivent comme si elles existaient, et qui nous donnent en effet la sensation de la vérité, mais d'une vérité songée plutôt que vue et qui se nomme la poésie.

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