Griffonuement avec un arbre
Vers le milieu de cette estampe, très-rare, s'élève un grand arbre qui touche presque au haut de la planche. Au pied de cet arbre est une figure debout. En regardant l'épreuve dans un autre sens, on remarque sur la gauche le commencement d'une tète d'homme dont la partie supérieure est seule achevée, car on n'en voit que l'œil droit, le front et le bonnet. Les cheveux touchent au coin gauche de l'estampe, et l'œil gauche paraît avoir été effacé avec le brunissoir ; mais le sourcil est resté. Le cuivre ayant été coupé en cet endroit, la planche ne saurait avoir contenu autre chose que le haut de la tête. Au-dessus du bonnet est dessiné un œil isolé, et à la droite de cet œil on distingue quelques touffes de cheveux ébauchées.
Hauteur, 0,073 ; largeur, 0,067.
BARTSCH, 372. CLAUSSIN, 3 0 2. WILSON, 366.
La charmante copie que M. Flameng a exécutée de ce peth morceau nous dispense d'en parler. A vrai dire, ce n'est pas le nom de grilTonnement qu'il faudrait donner à cette feuille d'études, car rien n'est plus fini et plus précieux que le commencement de la tête d'homme ; l'œil en est superbe, et le bonnet de velours est modelé à faire envie aux
JE
PAYSAGES ET ANIMAUX. 231 Suyderhoef et aux Edelinck. Ceux qui n'ont pas vu l'original peuvent être assurés que la copie de Flameng est d'une prodigieuse fidélité.
35o. Le Cochon.
La bète est couchée sur le devant Je l'estampe et son museau louche presque au bord gauche de la planche. Ses pieds sont liés avec des cordes, et celle qui tient les pieds de derrière est attachée ù un petit poteau que l'on aperçoit dans le fond. Un peu vers la droite, derrière le cochon, ou plutôt la truie, on distingue cinq figures, qui ne sont que légèrement indiquées, savoir : un petit enfant que sa mère tient debout devant elle, et qui avance timidement la main comme pour toucher la soie de l'animal ; un jeune garçon qui est vu de profil et coiflTé d'un chapeau; un vieillard debout, qui a un panier à son bras, et un autre jeune garçon qui porte une vessie et qui tient l'instrument avec lequel on va sans doute égorger la bête. On lit au bas de la droite ; Rembrand /. 1643. Le haut du fond, de ce côté, est entièrement clair.
On connaît deux états de cette planche.
Premier état, extrêmement rare. La planche, raboteuse et irrégulière sur les bords, est un peu plus grande sur la gauche tant en hauteur qu'en largeur. Cette épreuve est naturellement plus vive et plus colorée que la suivante.
Second état. Le cuivre est réduit à la grandeur ordinaire et la planche est régularisée. C'est l'état décrit ; il n'est pas commun.
Bartsch signale une copie assez trompeuse de cette estampe. On la reconnaît, dit-il, premièrement, ce que la planche est plus large, car elle porte 6 pouces lo lignes (184 millimètres); secondement, à ce que l'ombre portée au-dessus de la tête du vieillard est continuée jusqu'au coin formé par le bord supérieur de la planche et par le trait perpendiculaire près du bord gauche; au lieu que, dans l'estampe originale, cette ombre portée ne remplit que la moitié de l'espace entre le coin et la tète du vieillard.
A la mention de cette copie, dont Bartsch ne nous indique pas l'auteur, nous ajouterons celle d'une autre copie très-habilement gravée, et qui serait trompeuse si elle n'était en sens inverse. C'est la copie exécutée par Novelli, et dont les épreuves sont encore assez rares, )e ne sais pourquoi. On y lit au bas de la droite, en caractères fins : Novelli inci 1 791 .
HautLur. o.i.^j; largeur. o,i7fS.
l'.ARTSCIl, 157, CI.AL-SSIS, I 5 4. WM.SON, 1S4.
Il laut croire que le cochon est un animal bien pitlore.sque, car les plus grands peintres, parmi ceux de la Hollande, lui ont fait l'honneur de l'introduire dans le royaume de l'art. L'inimitable Ostade, si ravissant et si protond en sa nai'veté apparente; le spirituel Berghem; l'aimable Karel Dujardin, dont l'eau-forte est souvent assaisonnée d'une légère ironie ; le rude Pierre de Laer, si intéressant par les libres allures de sa pointe ; l'immortel Paul Poltor et son habile interprète Marc de Bye, et bien d'autres encore, ont fait une étude complaisante du cochon. Chacun d'eux l'a peint suivant son humeur; mais presque tous l'ont représenté barbotant à l'auge ou se vautrant avec délices dans le fumier de la basse-cour. Rembrandt n'a dessiné le cochon qu'une seule fois, et il l'a regardé au moment où, les pieds liés avec des cordes, il va être saigné, la pauvre bête! et va mourir ainsi de cette mort lente, qui n'a pu être inventée que par le plus cruel des animaux, par l'homme... Déjà un garçon sans pitié montre, en ricanant, l'instrument qui va saigner le porc à la gorge, et tient la vessie qui doit recevoir le sang de l'animal... Mais, à ne considérer que le talent du graveur, je veux dire le maniement de la pointe et l'art de peindre à l'eau-forte, Rembrandt a surpassé tous les artistes que nous venons de nomrner, par la vérité de l'expression et par le sentiment merveilleux du modelé. Il est impossible, en effet, de faire rnieux sentir sous l'épaisseur
d'une peau velue, la construction d'un animal dont la graisse cache en partie les formes, et il faut désespérer, si l'on est graveur, d'exprimer avec plus de bonheur, plus d'esprit, et cependant d'une pointe plus libre, la tendresse ou plutôt la tendreté d'un groin de truie, la finesse de son œil, la fermeté des tendons du pied, la mollesse du ventre et la saillie des tétins, mais surtout le caractère de ces poils longs et roides, qui tantôt se hérissent en brosse, tantôt, couchés sur la peau, imitent si bien la douceur et les refiets de la soie... J'étais un jour au Cabinet des estampes de la Bibliothèque, à examiner cette jolie pièce sur le bureau du conservateur, lorsqu' entra un de nos plus illustres graveurs, Henriquel Dupont, qui, apercevant cette gra\'ure surprenante, vint la regarder longtemps et me dit ensuite ; « Ce Rembrandt est le magicien de notre art ! »
33 1. Étude de chien,
La planche ne contient que Tétude d'un épagneul dont la !ète est seule actievée, et qui est tournée vers la droite. Cette étude est placée dans le bas de la gauche et ne remplit qu'un coin de la planche, le reste étant vide. Extrêmement rare.
Hauteur, 0,117; '^rgeur, u, 1 5o.
BAKTSCH, 371. CL.^USSIN, 36l.WlL30.\, 365.
Ce n'est pas uniquement pour son extrême rareté que j ai fait graver ce petit morceau sur un calque rapporté par moi de Hollande; c'est aussi parce qu'il est fort bien dessiné. La planche ne contenant pas autre chose dans toute son étendue que l'étude de chien, nous avons pensé qu'il suffirait de copier la partie gravée de l'estampe et qu'il serait puéril d'en reproduire les dimensions.