‹ L'œuvre de RembrandtChapitre 60 sur 169 · La Maiiresse blanche · texte numérisé non relu

La Maiiresse blanche

On nomme ainsi le buste d'une femme qui est évidemment une négresse ou une mulâtresse, quoique son visage ne soit pas teinté. Elle est vue plus que de profil et tournée vers la gauche, d'où vient la lumière; elle paraît assise près d'une table. Elle est coiffée d'un voile retroussé et pendant derrière la tète, avec une plume sur le haut. On lui voit autour du cou un mouchoir qui pend plus sur le devant que sur le dos, et qui n'est gravé qu'au trait ainsi que le bras droit.

On en connaît deux états que Claussin et Wilson ont décrits :

Premier état. La planche est plus grande : elle porte 114 millimètres de hauteur au lieu de 96, et 87 millimètres de large au lieu de 75. On distingue au haut de la planche le monogramme de Rembrandt : Rt, écrit à rebours. Cet état est fort rare; nous ne l'avons vu que dans les Cabinets de Paris et d'Amsterdam.

Second état. Le monogramme a disparu, la planche ayant été coupée et réduite aux dimensions ci-après :

Hauteur, 0,091!; largeur, o.ojti.

IIARISCH, 357, IIL.VCSSIN, 347, WILSON, 35l.

Cette \'ive et spirituelle estampe justifie d'une manière frappante ce que nous avons dit, dans la Grammaire des arts du dessin, au sujet du dessin et de la couleur. « La supériorité du dessin sur la couleur est écrite dans les lois mêmes de la nature ; elle a voulu, en effet, que les objets nous fussent connus par ce qui les dessine et non par ce qui les colore. Elle s'est servie du dessin pour définir les objets et de la couleur pour les nuancer. Je suppose que le peintre étende sur la toile le ton juste de la chair humaine, ce ton ne nous donnera point l'idée de l'homme, tandis qu'il suffira des plus grossiers contours pour nous rappeler cette idée. On voit même le dessin devenir expressif sans le secours de la couleur, au point de la suppléer en l'indiquant. « Les « premiers peintres de l'antiquité, dit Philostrate (dans la Vie d'Apol- « loniiis), ont peint avec une seule couleur, et rien n'empêche qu'on ne « distingue dans de pareilles peintures les formes, les caractères, les

« passions. Si vous faites le portrait d'un nègre avec un crayon blanc, « le trait ne laissera pas, il est vrai , de paraître blanc aux spectateurs ; a mais les formes de son nez aplati, de ses cheveux crépus, de ses « joues saillantes, de ses lèvres épaisses, le noirciront suffisamment à « leurs yeux. »

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