Feuille de six têtes, dont cinq de femmes
Six tètes gravées sur une même planche. Au milieu on remarque une tète de femme, vue de face et coiffée en cheveux avec un voile. A côté, sur la droite, est une autre tète de jeune femme , vue de face et gravée seulement au trait La bouche est cachée par la main gauche du modèle. Au-dessous, dans le milieu, on voit en profil une tête de femme dont les yeux sont baissés, et à la droite de ce profil une tète de femme en cheveux, qui est vue de trois quarts et tournée vers la droite. A la gauche du même profil est gravée une quatrième tête de femme vue de face et coiffée d'un chapeau à larges bords , et plu.s haut, du même côjé, la tête d'un vieux Turc i turban, vue presque de profil et dirigée vers la droite. Cette tête de Turc fait pendant à la cinquième tête de femme, qui est un peu tournée vers la droite, d'où vient le jour, et qui a une main sur sa bouche. Au bas de l'estampe, vers le milieu, est écrit : Rembrandt /., et au-dessous : i636.
On ne connaît qu'un seul état de cette planche. Cependant il est possible d'en distinguer les premières épreuves, d'abord i quelques légers traits qui salissent un peu le fond et qui ont peu à peu disparu par l'effet du tirage; ensuite i une tache faite par le brunissoir sur la signature de Rembrandt, et qui s'est également effacée au fur et .\ mesure de l'impression; mais il y a sur la tête de femme vue de profil quelques autres taches de brunissoir qui sont, au contraire, la marque des épreuves postérieures.
Hauteur, n,i5o; largeur, 0,12.^.
n ARTSCil , 3 6 5. CL A USS [ N , 3 5 5. WILS o.v, 3 5n.
Le cuivre de cette feuille de croquis existe encore dans le cominerce. Il faisait partie du fonds de la veuve Jean. 11 n'est donc pas impossible
que, les marques de brunissoir et les légères salissures du fond a}'ant disparu par le seul fait du tirage, on les ait rétablies sur le cuivre pour imiter les premières épreuves. Les amateurs devront donc regarder surtout à la fraîcheur et à la beauté de l'impression. Ce qui est certain, c'est que la tête vue de profil, au bas de l'estampe, présente aussi sur la joue et sur le haut du front des traces de brunissoir et quelques légers traits qui ne se trouvent pas dans les épreuves anciennes, ainsi que me l'a fait remarquer le conservateur du Print Room au British Muséum, M. Carpenter.
25o. Étude de trois têtes de femmes.
De ces trois têtes, la plus apparente est placée au milieu du haut. Elle est vue de face et couverte d'un voile ; la mairi droite, dont les doigts sont écartés, est posée sur son visage et en cache un côté depuis le haut ilu front jusqu'au bas de la joue, les doigts s'appuyant sur la tempe et se perdant dans les cheveux, La seconde tète est gravée audessous, vers la droite; elle est tournée légèrement du même côté. Sa coiffure n'est point achevée, La troisième tête vue de face n'est qu'une ébauche au trait ; elle est placée à gauche. Ce morceau est rare; il en existe deux états.
Premier état. Il est d'une extrême rareté. On n'y voit qu'une seule tête, celle qui est au haut de la planche et un peu cachée par une main. Le fond est rempli de traits et d'égratignures. Le Musée d'Amsterdam et le Cabinet des estampes jde Paris possèdent une épreuve de ce premier état, li s'en voit encore une troisième au British Muséum, mais celle-là est rognée.
Second état. C'est celui où sont gravées les trois têtes,
Haiteur, o, !2(j ; largeur, o, rci3.
BAKTSCIl, 3G7. CLAUSSIN, 3 5 7. WILSON, 3 [j I .
On entend souvent dire que les Hollandais en général et Rembrandt en particulier ont eu le cidte du laid. 11 serait pourtant difficile de voir dans les eaux-fortes italiennes une tète plus jolie, plus vivante et plus charmante que celle qui est ici gravée seule dans le premier état. C'est encore la femme de Rembrandt qui a servi de modèle à ce délicieux croquis, ou plutôt qui en a été le motif. En effet, le caractère de la tète
est changé. Il y a plus de vivacité dans l'œil, plus d'expression dans la bouche, plus de sentiment dans toute la physionomie. Ce n'est plus cette Frisonne à la chevelure d'un blond fade, au tempérament lymphatique, à l'air endormi, dont le portrait a déjà passé sous nos yeux plus d'une fois : c'est une femme que la pensée anime, que l'esprit éclaire. Les doigts longs de sa main potelée ont un mouvement plein de grâce ; elle a été saisie dans un moment où une idée de bonheur, peut-être une velléité de coquetterie, venait de la transfigurer. Ou bien c'est le peintre qui l'aura vue ainsi à travers son imagination, et qui se sera plu à réveiller par une morsure d'eau-forte cette nature indolente et assoupie.
Rembrandt, il est vrai, n'a pas écarté la laideur de son œuvre. Il a regardé autour de lui, et tout ce qui vit sous le soleil lui a paru digne de ses couleurs, les êtres les plus difformes étant rachetés à ses yeux par la présence d'une âme. Mais toutes les fois que ses regards ont rencontré une figure aimable, une belle tête, il en a senti la grâce ou la beauté comme un grand maître qu'il était. — Les amateurs nous sauront gré d'avoir reproduit ici le premier état, doublement précieux, de cette rare eau-forte.
'25 1 . Trois têtes de femmes, dont une qui dort.
La femme qui dort est placée au haut de l'estampe, vers la gauche, la tète appuyée sur sa main droite. La seconde tète, gravée à la droite de la première, est vue de trois quarts, tournée vers la gauche et couverte d'un voile noir relevé en forme de bonnet. La troisième est au-dessous des deux autres dans le milieu de la planche; elle est vue un peu plus que de profil, tournée vers la gauche et les yeux baissés ; elle porte un voile qui est seulement indiqué au trait. On lit au haut de l'estampe, vers le milieu : Rem brandi, et au-dessous : /. 1G37.
Nous avons vu dans la collection de M. Emile Galichon une épreuve qui, d'après les indications écrites de M. Guichardot, aurait été imprimée avant quelques travaux repris dans les ombres, et constituerait conséquemment un premier état.
Hauteur, o.I.Î:;; largeur, 0,096.
BARTSCH, 368. CLAUSSIN, 358. WILSON, 36î.
i3o L'ŒUVRE DE REMBRANDT.
Ce morceau n'est pas moins heureusement venu que le précédent; s'il eût été aussi rare, nous l'eussions fait graver en fac-similé par le très-habile Flameng; mais les amateurs, pouvant se le procurer sans de trop grandes difficultés, voudront posséder en original une pièce qui est au nombre des meilleures et des plus jolies.