‹ L'œuvre de RembrandtChapitre 99 sur 169 · Vieillard à longue barbe blanche et à tête chauve · texte numérisé non relu

Vieillard à longue barbe blanche et à tête chauve

Il est en buste, vu de trois quarts et tourné vers la droite. Sa tête est pencliée et chauve sur le devant, avec quelques cheveux au sommet. Son corps est couvert d'une robe i long poil avec un collet. La lumière, qui vient de la droite, éclaire vivement son front, son nez et sa barbe, qui est blanche, large et très-longue. Le fond n'est ombré que légèrement et sur la gauche, au-dessus de l'épaule. Dans le haut de la gauche est gravé : Rt. i63o.

Hauteur, 0,0913; largeur, 0,081.

BARTSCil, 3og. CLAUSSirj, 305. WILSON, 310,

Le modèle qui a posé pour ce portrait, un des plus beau.x parmi les anonymes, paraît être le même qui est reproduit dans les deux morceaux précédents. C'est une belle figure de vieux juif comme il s'en voit encore à Amsterdam, où la race d'Israël s'est mieux conservée que partout ailleurs. Mais il est clair que Rembrandt n'a pas voulu précisément faire un portrait : il s'est servi de ce modèle comme d'un motif heureux pour étudier divers effets de lumière sur la figure humaine. Donner tout son relief à une tête chauve que l'âge a sillonnée, rendre la légèreté des rares cheveux qui la couronnent, traduire et varier les tons de la barbe en y mettant assez de travaux pour qu'elle parût épaisse, et assez peu pour qu'elle parût d'un blanc çà et là jauni, faire glisser un rayon du jour sur cette tête penchée en avant, sur les paupières abaissées et sur la saillie des pommettes, c'était là le principal objet de son attention. Aussi la même physionomie lui a-t-elle fourni des portraits différents, suivant qu'il la voyait en pleine luinière ou dans l'ombre, ou dans la pénombre, suivant qu'il l'avait surprise en un moment de sommeil ou en mouvement. La ressemblance individuelle le préoccupait beaucoup moins que l'art de modeler la chair, d'exprimer la vie. Cet art, il le possédait si bien à vingt-quatre ans, lorsqu'il gravait les estampes dont nous parlons, que par la suite il ne s'y est pas

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surpassé lui-même. Vieux, il traitera la nature en maître, il en abrégera le modelé, il la verra d'un peu loin et en grand ; jeune, il l'imite avec les soins attentifs d'un amoureux; il en détaille la beauté observée de près; il s'intéresse aux moindres plis de la peau, aux accidents les plus fugitifs et aux plus délicates nuances du clair-obscur; mais il sait déjà saisir et faire triompher l'ensemble.

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