‹ L'œuvre de Richard Wagner à Paris et ses interprètesChapitre 14 sur 23 · EVA · texte numérisé non relu

EVA

MAGDELENA

Dir.

Taffanel,

1897 (Opéra).

Alvarez.

Delmas.

Renaud.

Vaguet.

Gresse.

CI\ami>on.

Bréval.

Grandjean.

Courtois.

Noté.

Beyle.

Laflitte.

Bosnian.

Beauvais.

Vaguet.

Hattu.

Rigaux.

Mura tore.

Dubois.

Hiddez.

Xiiilto.

Lindsay.

Gare- Lucas.

Goulancourt.

Franz.

Campagnola.

Dubois.

Journet.

Gall.

Daumas.

Lejeune.

Fabert.

Daumas.

Sizes.

Charny.

LANNEAU DU NIBELUNC (1869-1876)

La tétralogie a été, comme on sait, introduite ici dans l'ordre le plus fantasque, avant de pouvoir apparaître dans sa suite logique et en son entier. La Valkyrie, qui était particulièrement réclamée, sans doute à cause de la curiosité qu'avaient excitée les pages exécutées dans les concerts, monta tout dabord en scène, dès 1893. Puis ce fut le tour de Siegfried, neuf ans plus tard. Ensuite vint le Crépuscule des Dieux. Enfin, en 1009 seulement, rOr du Rhin compléta le cycle, qu'il eût dû précéder, puisqu'il en est proprement le prologue.

A. — L'Or dl Rhin (1869).

Il est juste, toutefois, de tenir compte de l'audition qui avait été préparée, des principales pages de ce prologue, la veille de la première représentation de la Valkyrie, le 6 mai 1893, avec une conférence. Je l'ai déjà mentionnée plus haut. On ne fut pas sans trouver étrange ce parti de faire chanter à l'Opéra, au piano, et sous forme de concert de salon, une partition ([u'il eût été tellement plus logique de mettre en action. On remarqua aussi que plus d'un maître critique eût été mieux en droit que celui qui prenait alors la parole, de se qualifier « Nvagnérien de

la première heure ». N'importe, le succès fut vif et mérité, soit .pour l'interprétation de Pugno et de Debussy, sur deux pianos à queue, soit pour l'ampleur donnée par Fournets aux phrases de Wotan, le mordant de Renaud dans la partie d'Albérich, la belle sonorité de Mme Richard dans Erda et l'une des Filles du Rhin, la finesse de Vaguet dans Loge, sans oublier Mmes Bosman et Marcy dans les autres rôles.

11 va sans dire que cette audition n'eut pas de lendemains; mais peut-on affirmer qu'elle ne retarda pas la représentation même? On prit trop facilement l'habitude de se contenter d'entendre l'œuvre au concert. On admit trop aisément que sa mise à la scène était impossible et que l'effet en serait médiocre, sinon fâcheux. L'effort accompli en 1909, par la nouvelle direction Messager-Broussan, prouva une fois de plus que Wagner n'avait rien imaginé d'irréalisable, et que sa conception, au contraire, avait tout à gagner à prendre corps.

En tète des interprètes se retrouvait Van Dyck, dont le personnage de Loge était une des plus célèbres incarnations. (C'est en 1890, à Vienne, qu'il avait commencé de l'évoquer, mais l'Angleterre et TAmérique, sans oublier Monte-Carlo, l'y avaient aussi applaudi à Tenvi.) L'avant-goùt qu'il venait de nous en donner, dans les exécutions de l'œuvre à la salle Gaveau, était justement l'un dos exemples les plus topiques qu'on put voir de la supériorité (le la représentation sur le concert. Loge, vif et mobile comme la llnmme, fantasque et crépitant comme elle, est tout mouvement, en scène. Il n'est |)as un geste, un sursauL un cri, fjui ne soit suggéri' |)ar la niusi(jue.

Ce caractère essentiel du |)ersonnage, « celte correspondance

L'ANNEAU DU MBELUNG. 63

étroite, cette union intime du chant et de l'orchestre, qui met sans cesse l'acteur et le chanteur à sa véritahle place dans l'ensemble sonore, au centre de la musique et de l'œuvre », seul un artiste comme celui-ci pouvait l'évoquer. Et M. Pierre Lalo que je cite ici, a trouvé un mot particulièrement iieureux pour expliquer ce qu'une pareille interprétation offrait de créateur ; « Avec une connaissance profonde du contenu poétique et musical de l'œuvre, M. Van Dyck sait qu'à telles paroles, qu'à tel détail mélodique de son rôle répond dans l'orchestre tel thème, tel dessin instrumental; il les appelle, il les fait jaillir par la vie intense de-sa diction et de son accent. »

Et quel relief prenait ce langage incisif, qui menait tout le drame, qui secouait en quelque sorte à son gré la passivité' des autres personnages! On ne peut, sans un frémissement intime retrouver dans le souvenir la façon dont il lançait ce mot, svmbolique de toute la tétralogie et fatal conseil où se prévoit déjà le crépuscule de ces dieux : .< Le voll » — Tranchant comme un coup de hache, il semblait, dans le soudain arrêt, h' brusque silence de tout l'orchestre, glacer jusqu'au fond de lame.

Oui. succédant de près au Siegfried du Crépuscule des Dieux le Loge de TOr du Rhin aura été le couronnement de la carrière d'Ernest Van Dyck à l'Opéra. 11 surprit, après tant de purs et nobles héros. Mais un tel contraste, si violent soit-il, c'est précisément la beauté spéciale d'une interprétation iïiluitive comme celle dont Van Dyck a donné constamment l'exemple. Elle a pour bases « l'autorité de diction et le sens de l'action ([ue Wagner déclarait qualités nécessaires entre toutes ». Je cite cette fois Fourcaud, qui s'y connaissait mieux que pas un, — et qui

ajoute: « il aune verve, une joie enfiévrée, une ruse ironique, une mordante fantaisiequ'on ne saurait trop reconnaître. Il est la vie de cette réalisation scénique. Illaisse vraiment dans l'esprit de ceux qui le voient et l'entendent l'impression franche de l'art wagnérien. »

On eût souhaité plus d'homogénéité entre lui et les autres interprètes; on eût attendu également plus de vie et de lumière de l'orchestre et moins d'à peu près de la mise en scène, souvent plus heureuse et plus expressive. On ne put d'ailleurs que louer Delmas, qui incarnait naturellement Wotan et sa fière allure, mais en faisant hien sentir l'inconscience foncière de ce dieu autoritaire et indécis à la fois. Alberich, c'était le jeune baryton Duclos, excellent pour sa voix sonore et sa ferme articulation: Mime, Fabert, déjà remarqué dans ce hideux personnage lors des représentations de Siegfried.

LOr du Rhin a obtenu ainsi 15 représentations, comme début, mais n'a plus reparu dès lors que pour les exécutions totales de la tétralogie, c'est-à-dire cinq fois.

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