‹ L'œuvre de RodinChapitre 17 sur 43 · LA CARLVTIDE TOMBÉE, PORTANT SA PIERRE · texte numérisé non relu

LA CARLVTIDE TOMBÉE, PORTANT SA PIERRE

^'oilà une des conceptions les plus saisissantes, en même temps que des plus propres à faire comprendre le génie poétique de Rodin. L'art grec avait conçu la cariatide impassible, souriante même, supportant son fardeau avec sérénité. L'art moderne assimila les cariatides à des créatures humaines ; leur tache sembla un châtiment, et elles le subirent en grimaçant de fatigue et de douleur : telle les cariatides de Puget à Toulon. Rodin, en grand poète plastique de l'accablement, de la tristesse, qui pèsent sur lêtre humain de nos âges, a, dans une inspiration soudaine, vu la cariatide abattue, n'en pouvant plus, renonçant à porter sa pierre, mais la portant tout de même encore. Rien n'est plus poignant que cette figure si robuste et pourtant si écrasée ; rien n'est plus émouvant que cette conception sculpturale de la force ellemême vaincue, et d'autant plus vaincue qu'en elle la résistance est morte.

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