‹ L'Œuvre des Oblats dans l'Ouest canadienChapitre 3 sur 3 · III. — Les Oblats apôtres du Nord-Ouest · texte numérisé non relu

III. — Les Oblats apôtres du Nord-Ouest

Ca fut en 1845 que les Oblats arrivérent à la Riviére- Rouge pour se joindre aux premiers raissionnaires, qui avaient commencé l'évangélisation du pays, et pour les remplacer bientôt.

Les sauvages avaient ouï parler de ces hommes extraordinaires, qu'ils avaient entendu nommer la « Robe noire », l’« Homme de la prière ». En lès voyant arriver à eux, non pas pour s’enriéhir à leurs dépens, mais pour leur’ communiquer les biens éternels, lès rechercher parce qu'ils les aimaient sans les avoir jamais vus, -— et ils les aiinaiont au point qu'ils avaient, quitté famille, patrie:et traversé les mers pour venir à eux — les sauvages 6 laissrent toucher. Ils se laissent toucher par les’ accents, de ces homwes, ils se laissent suhjuguer par cette Religion

‘extraordinaire, ils tombent 4 genoux au pied de la Croix :

l'eau saints coule sur leur front, et ils se lèvent régénérés, commençant une vie nouvelle et faisant revivre dans ces solitudes des vertus dignes des premiers chrétiens formés par les apôtres.

L'un d'eux revenait à. la mission après une annés d'absence, et il demandait au missionnaire s'il ailoit lui donner le Pain qui est Jésus-Gbrist. — « Oui, dit le Pôre, mais il faudra ta confesser d'abord. — Et pourquoi? demande ie sauvage. — Pour dire tes péchés. — J'ai été baptisé ; et, après qu’on a été fait enfant de Dieu, on De peut plus faire de péchés. » *

La bonnes Nouvelle se répandit; les missionnaires suivaient iss chasseurs dans les prairies à la poursuite du buffle, dans leg forêts à la recherche des fauves; ils préchatent, enseignaïent, catéchisaiont, baptisaient, dressaient partout des autels sur lesquels le Victime sainte était immolée. Et ils arrivèrent ainei jusqu'aux limites du continent, sur les bords de la Mer Glaciale, après vingt années de courses apostoliques.

En 41864, le P. Grollier arborait l’étendard de la Croix dans ces lointaines régions. Jeune encore, à l’âge de trentehuit ans, épuisé par des travaux excesaifs, des privations de tout genre, il était arrivé au terme de sa carrière. Couché dans sa misérable cabane, avec son crucifix et son chapelet entre les mains, les yeux levés vers le ciel, sentant qu'il allait quitter la terre, après avoir recommandé de lenterrer au milieu des sauvages, il expira, murmurant ces paroles : « Je mourrai content, maintenant que j'ai vu l'étendard de Notre-Seignour élevé jusqu'aux extrémités de la terre. »

Le premisr triomphe de la religion, par l'apostolat des misatonnaîires, c'est extension du royaurne de Jésus-Christ, in fines orbis terræ, jusqu'aux extrémités du monde.

Mgr Ray, évêque auxiliaire de Québec, dans son sermon à l'inauguration de ia cathédrale de Saint-Boniface, disait :

« J'ai suivi avec émotion les routes pénibles et presque sanglantes par où sont arrivées en ce pays la f£Q{ catholique et se compagne inséparable, la vraie civilisation. Kt je me demande s'il est dans l’histoire de l'Eglise beaucoup de pages, je ne dis pas supérieures, mais égales à celleslà. » Et encore : « L'évangélisation du Nord-Ouest est le plus beau fleuron de la couronne que portent les fils de Mgr Marenod. » Enfin, il citait un protestant qui disait au siéole dernier : « Ce siècle ne peut rien montres da plus grand que ia figure du Missionnaire Oblat. »

Nous pourrions facilement, en reproduisant ce qu'ont publié nos Missions, justifier les affirmations de notre vénérabls et bienveillant ami. 11 nous suffira de rappeler quelques traits de l’apostolat dea Oblats au Nord-Ouest canadien pour faire apprécier la grandeur de-la tâche: et les vertus béroïques qui l'ont accomplie. ;

Il en coûte des sacrifices à des missionnaires qui s’en vont convertir des nations sauvages et faire de barbares cruels d’humbles disciples de Jésus-Christ. Ces missionnaires, partis de la France et du Canada, pénètrent dans ces solitudes immenses du Nord-Ouest, — immensités de forêts et de prairies. C'est là qu'errent les restes de vingtdeux tribus de sauvages. C’est là qu'ils vont exercer leur ministére, qu’ils fournissent — en raquettes, en traîneaux à chiens ou en canot d'écorce -— des courses de 409 lieues; ne trouvant d'autre abri la nuit que la forêt, si la forêt est Ià, d’autre couche que la lerre ou ja neige giacée ; se gelant parfois presque entiérement le visage, mais l’Ame heureuse etle cœur content, quand, au terme de leurs rudes étapes, ils entendent, comme le P. Gasté, quelque vienx sauvage s'écrier : « Oh! que je suis heureux que tu sois venu vers nous! Mon cœur aurait pleuré si tu t'étais montré paressoux ; mais en te voyaut, en voyant ton visage défiguré, je reconnais sujourd'hui que ta religion est forte, puisque ni la longueur de la route ni la rigueur du froid ne t'arrétent. «

J1 y a des prâtres, il. y a des évêques dans ces contrées sauvaggs. À un évêque il faut un palais épiscopal. Un jour, ils auront pour palais épiscopal une cabane de vingt pieds de long, vingt pieds de large et sept pieds de haut, — quelquefois une simple tente de toile an milieu des neiges, ou uns hutte faite de troncs d'arbres, — pour parquet le sol glacé, por fauteuil une bûche, pour nourriture un peu de viande sèche et du poisson des lacs, sans assaisonnement, et... jamais de pain. Mgr Grandin, avec ses prêtres, pendant trente-cinq ans, n’a pas eu une bouchée de pain à manger. |

Est-ce que tant de privaiions les ont jamais découragés ? Non. Une année (1848), le P. Aubert écrivait au P. Taché et au P. Fâraud : « La révolution survenue en France tarira peut-être les ressources de la Propagation de la Foi; peut-être aussi serons-nous obligés de laisser l'œuvre commencée..…. » En son nom et au nom du P. Faraud, le P.Taché répondit : — « Mon révérend Père, nous ne pouvons supporter l’idée d'abandonner nos chers néophytes et nos nombfreux catéchumènes. Nous espérons qu'il nous sera toujours possible de nous procurer des pains d’autel et du vin pour le saint Sacrifice. À part cette source de consolation et de force, nous ne vous demandons qu'une chose : la permission de continuer nos missions. Les poissons du lac suffiront à notre existence, les dépouilles des bôtes fauves à notre vêtement. De grâce, ne nous rappelez pas. »

Dans une circonstance mémorable,. où un grand nombre de sauvages, de différentes tribus, étaient réunis pour entendre les explications des. missionnaires, — c'était au commencement de l’apostolat des Oblats — des chefs, des hommes qui pratiquaient ia jonglerie et autres superstitions, conseillaient aux sauvages de résister à la parole de la Robe noire. C'était le P. Lacombe qui était là pour rencontrer cette multitude. Un chef s'avance hardiment au milièu de l'assemblée et, s'adressant au P. Lacombe : «« Tu nous dis que c’est Dieu qui t'envoie ; mais quelle assurance

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peux-tu nous donner que ta parole est vraié ? » Et il continue sur ce ton, faisant une impression mauvaise sur l'esprit des sauvages.

Le P. Lacombe lui répondit én s'adressant aux autres sauvages : « Cet homme n’a pas de cervelle. Il n’est pas sûr que la Robe noire dit la vérité. Regarde. Tu vois le prêtre : il vit seul dans la forêt : il n’a pas de famille; il mourra peut-être seul dans sa cabane; il n’aura pas un frère, une sœur, son père ou sa mère prés de lui ; ce sera un étranger qui lui fermera les yeux. Il voyage, il se fatigue, il souffre le froid et la faim ; ce n’est pas pour le commerce, pour faire de l'argent, non ; qu'est-ce qu'il cherche? C’est l’Ame du sauvage qu'il aime, l’âme du sauvage qu'il veut mener dans le ciel du Grand Esprit. La Robe noire dit la vérité, et c'est le Grand Esprit qui l’envoie pour enseigner au sauvage à le connaître, à l'aimer et à le servir pendant la vie, pour se réjouir avec Lui dans le temps qui durera toujours. »

Si le dévouement des missionnaires ne sufflt pas pour attendrir le cœur du sauvage et le gagner, il est un autre dévouement plus touchant auquel il pourrs difficilement résister : c’est celui de la Sœur de charité. Parmi les tribus sauvages, une des plus farouches, et des plus attächées à ses superstitions, est celle des Gens du sang, que les Anglais appellent Blood Indtans. La parole du missionnaire ne faisait guère d'impression sur ces cœurs endurcis par le vice. Les missionnaires pensèrent alors à leur mettre sous les yeux le spectacle d’un autre dévouement que la religion inspire : celui dela Sœur de charité.

Ils s'adressérent au gouvernement pour obtenir la constraction d’un hôpital destiné À recueillir les pauvres sauvages malades ; ils s’engageaient à fournir les gardesmalades.

Le gouvernement, à son honneur, voulut bien consentir à soconder les vues charitables des missionnaires, et les Sœurs de charité de Nicolet acceptèrent la tâche honorable

de se dévouer à cette œuvre qui demandait une générosité peu commune. Et l'on vit alors ees bonnes religieuses quitter leur pays, où elles avaient goûté tant de bonheur, et s’en aller dans ce pays lointain se vouer au service des sauvages les plus barbares du Nord-Ouest.

Trois ans après leur arrivée, le P. Lacombe, instigateur de cette œuvre, visitait les Sœurs à leur hôpital, La Supérieure le conduisit à la salle des malades où se trouvaient huit à dix sauvages malades. Et il vit deux jeunes Sœurs occupées à panser les plaies dégoûtantes d’un vieux sauvage, d’un vieux guerrier de la tribu, remarquable par sa force et sa cruauté. {l avait plus d'une fois enlevé la chevelure à ses ennemis ; et le Père le connaissait, — il avait vainement tenté de le convertir.

— « Eh bien, dit le Père Lacombe au sauvage, comment te trouves-tu dans cette maison ? » Et lui, répondant dans son langage imagé : « Ces Sœurs-là ont dans les doigts une vertu qui guérit. » — « Et que penses-tu des Sœurs ? » — Le vieux sauvage ému lui répondit : « Ces Sœurs ne sont pas mères, mais elles ont des cœurs de mère. »

En voyant de pareils dévouements et une charité si grande, le sauvage a pu comprendre la différence qu’il y a entre un prêtre de l'Eglise catholique et un ministre du protestantisme, — connaître la vraie religion par les œuvres de ses ministres et de ses enfants. Le sauvage a pu dire sans hésitation : « La Robe noire, c’est l’homme de la prière ; et la prière qu’il nous enseigne, c’est la bonne, c'est celle du Grand Esprit. » Louis GLapv, O. M. I.

Cliché-Panorama de la Sorcellerie Crise.

Donc, je ne viens pas faire la monographie du sorcier, jongieur ou médecin, ni décrire les mystères de son art plus ou moius surnaturel, dans tous ses développements, complications, bifurcations, divisions et variétés.

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