L'Ecce Home, en hauteur
The Ecce Homo. — Der grosse Ecce Homo. — G. 83; C. W. 82; Bl. 52; Mid. 200; Dut. 84. — 20.4 X 16.6.
I état; de la planche non terminée; le groupe du Pilate avec les Juifs n'est pas encore gravé. Signé: Rembrandt fec. 1635. Brit. Muséum, deux épreuves; l'une d'elles retouchée au bistre (par Rembrandt?); Amsterdam.
II état; de la planche terminée, signée: Rembrandt f. 1636 cum privile. Harlem; Coll. Auguste II; Boerner 3750 fr. (1889; la marge d'en bas coupée; retenue pour ce prix par le marchand).
III état; la jambe droite du Christ est allongée de 5 lignes. Amsterdam; Brit. Muséum; Albertina; Berlin (4750 fr.); Wien Hof-B.; Paris; Cambridge; Lord Brodhurst. Vente Didot 600 fr. exempl. mal conservé.
IV état; le visage du juif placé au-dessus de celui qui tient un roseau est ombré de contretailles. Ventes: 200 à 900 fr.
V état; on lit dans la marge du bas: Rembrandt pinxit, Malbouse excudit, rue Saint- Jacques au-dessus de saint-Benoit à Vimprimerie de taille douce. 40 à 60 fr.
On payait cette estampe en 1711, 40 florins et c'est pour quoi on la nommait la pièce de 40 florins (voyez le № 74).
Lady Eastlake possède un dessin en grisaille tout-à-fait conforme au II état de notre gravure, mais en contre-partie. Ce dessin était dans la collectiou du bourgemestre Six et fut vendu en 1734 au prix de 160 fr. (acheté par Eastlake pour 2700 fr.); il est mentionné dans le registre des effets de Rembrandt fait en 1656. Du-
tuit le trouve assez médiocre et travaillé par une main trangère, sous la direction de Rembrandt. Quant à la gravure même, Mr. Seymour-Haden l'attribue à Lievens; selon son opinion cette populaire mais grossière planche, pour laquelle on a donné d'aussi grosses sommes, et que les rédacteurs ont tous également louée, n'est en somme qu'une copie habile, avec des retouches de Rembrandt, et publiée par lui seulement dans un but commercial. Voici ses propres paroles:
«L'Ecce Homo (Ba. 77). Ici encore nous avons des preuves extérieures. D'abord l'esquisse peinte originale gracieusement mise à la disposition du Club par lady Eastlake; puis la photographie d'une épreuve de la planche non terminée et en voie d'exécution par le copiste, et deux épreuves de la même planche terminée, et enfin plusieurs eauxfortes, grandes et petites, exécutées à la même époque par Rembrandt, telles que la «Mort de la Vierge», «la Présentation au Temple» et la «Jeunesse surprise par la Mort». Nous n'avons qu'à comparer entre eux ces divers matériaux pour acquérir l'assurance que cette estampe populaire mais grossière, pour laquelle on a donné des sommes énormes et que les rédacteurs de catalogues ont tous également louée, n'est en somme qu'une copie habile avee de nombreuses retouches de Rembrandt, et publiée par lui dans un but uniquement commercial. Pour faciliter notre démonstration nous avons fait faire, dans notre édition anglaise, un facsimilé en réduction d'une partie de l'épreuve non terminée. Il mérite d'être examiné, car nous y observons le procédé d'exécution, la médiocrité des têtes dans l'angle inférieur gauche, et ce fait patent que le copiste travaillant des deux côtés de son cuivre en allant vers le centre, en véritable artisan qu'il est, a reproduit les ombres projetées par les pieds du fauteuil de Pilate, avant même de graver les pieds de ce fauteuil. Feu le regretté conservateur des estampes du British Muséum disait, de cette épreuve non terminée, qu'il était bien singulier qu'un grand artiste tel que Rembrandt eût procédé d'une si étrange façon dans son travail, allant des côtés de la planche vers le centre. Deux choses évidemment n'avaient pas frappé M. Carpenter: le qu'un grand artiste n'aurait ni voulu ni pu procéder ainsi; 2e que c'était tout le contraire lorsqu'il s'agissait d'un copiste. Enfin que nous trouvons dans d'autres planches de Rembrandt, que le copiste lui laissait des espaces blancs à remplir, témoin le «Peseur d'or» dans les
épreuves du premier état. Mais ce qui rend tout ce que nous avançons ci-dessus encore plus clair, c'est que nous possédons, au British Muséum, une seconde épreuve de cette planche en cours d'exécution couverte de travaux de la main même de Rembrandt, corrigeant l'oeuvre de son élève. Ici, grandes taches de bistre pour lui indiquer que le travail devait être plus accentué; là, de violentes ratures indiquant que le travail devait être effacé et repris; en un mot, des retouches magistrales comme Turner savait en faire sur les épreuves d'essai de son «Liber studiorum». Pour bien nous rendre compte du véritable travail de Rembrandt à cette époque, qu'on examine les trois pièces citées plus haut, et pour établir la ressemblance avec celui de Lievens, que nous désignerons sans hésitation comme auteur de cette planche, celles de ses eaux-fortes qui sont citées à la page 14 (S.- Haden, Rembrandt 1880; 24).
Blanc, au contraire voit dans cette gravure «une belle planche, la plus considérable de l'oeuvre de Rembrandt» (Cat. 1859; I, 192). Le Comte de la Borde, dans sa Notice sur les estampes qui sont exposées au Cabinet de Paris, trouve de même, que «C'est la planche la plus importante par les dimensions, et, au point de vue de l'exécution, la plus scrupuleusement étudiée peut-être de toutes les estampes qui constituent son oeuvre; le nombre d'esquisses, de dessins partiels, de croquis de toute sorte, se rattachant à cette composition, et que l'on conserve dans les collections publiques ou particulières, montrent avec quel zèle le maître s'était préparé à sa tâche; la manière dont il l'a accomplie, le soin exceptionnel qu'il a apporté dans l'imitation matérielle de chaque détail dans le rendu de chaque forme, font de l'Ecce Homo un chef- d'oeuvre de gravure, comme l'invention même de la scène en fait un des plus élequents speciments de ce qu'étaient chez Rembrandt l'ame et l'imagination».
En référant ces opinions contradictoires Dutuit (ainsi que M. Middleton), tout en reconnaissant le génie de Rembrandt dans la composition du tableau, ajoute «qu'il est bien difficile de croire que Rembrandt ait gravé d'un bout à l'autre cette pièce, qui aurait certainement coûté six mois de son temps. Avec la fougue qui le caractérise, aurait-il pu s'asservir si longtemps à un travail presque mécanique»? (Catal. 1881; 1,42).
Je me range parfaitement à cet avis: la composition et le dessin sont de la main de Rembrandt; tous les travaux secondaires sont faits par
ses élèves et principalement par Vliet, après quoi les figures et les têtes ont été retouchées par la main du maître. Et c'est pour ça même qu'il n'y a aucune raison de retrancher cette planche de son oeuvre, de même qu'on ne pense pas à retrancher des oeuvres d'un Rubens et d'un Raphaël, les tableaux qu'ils ont peints conjointement avec leurs élèves.
Atlas: 252. British Muséum I, réduction; 253. Coll. Auguste II à Dresde II; 254. Berlin III, réduction; 255. Rov. IV, réd.
78. Les trois Croix. — Our Lord crucified between the two thieves. — Die drei Kreuze, Nachtstiick. — G. 80; C. W. 81; Bl. 53; Mid. 235; Dut. 85. — 16.8 X 14.4.
I état ; la tête du vieillard affligé, que quelques personnes emmènent vers la gauche de l'estampe, n'est qu'au trait; il y a une figure en tiare près du bord droit de la planche; elle n'est pas ombrée. British Muséum; Paris (velin); Bruxelles; Auguste II; Albertina (extra); Harlem (papier); Seymour-Haden; Bar. Ed. Rotschild (velin); Lord Brodhurst; Lord Holford etc. Vente Didot 1100 fr.; Schloesser 3.800; Buccleugh 7300.
SI état; la figure en tiare est couverte de contre-tailles. Brit. Muséum (papier); Paris; Auguste IL
Ш état; avec lenom: Rembrandt f. 1653. La tête du vieillard affligé est ombrée. Brit. Muséum; Amst.; Berlin; Albertina; Wien Hof-Bib.; Dutuit; Rov. etc. Didot 7000 fr.; Buccleugh 1000.
SV état; toute la planche est retravaillée et ce IV état diffère entièrement des états précédents; la scène se passe clans des ténèbres. Didot 455 fr.; Hébig 710; Webster 400.
II y a des épreuves avec des effets de lumière (places blanches) obtenus par l'impression. Albertina; Rov. etc.
Note de P. Yver. «On prétend qu'il y a trois épreuves différentes de ce dernier état, tel qu'il nous est décrit par Mr. Gersaint, comme il parait entr'autres par les Catalogues de M. M. Van Hulst (J\ï 1059) et de Burgy (JVs 410—413), lesquelles se distinguent en ce que dans la première, on n'aperçoit que le commencement des ténèbres, dans la seconde plus de ténèbres, et dans la troisième les ténèbres entières; mais il nous a paru, en comparant ces épreuves qu'elles n'ont point de changements essentiels, et que toute la différence qui se trouve entr'elles, consiste en ce que la planche à été plus ou moins poussée au noir»
(c. à d. pendant l'impression). Cat. Yver. Amst. 1756; p. 32.
¥ état; avec l'adresse: ('Francis Gardse excudit». Brit. Mus.; Didot 170 fr.
Mr. Middleton dit, que la planche en son III état était fort usée, qu'elle a passé dans des mains étrangères et que le IV état n'est pas de la main de Rembrandt; «the plate... was defaced by some inferior artist who could neither understand the conception nor imitate the technic», (cat. 1878; p. 231). Je n'ai jamais vu d'épreuves du III état de la planche fortement usée; les épreuves de cet état sont extrêmement rares, aussi rares que les épreuves du I et du II état, et beaucoup plus belles que celles-ci. Quant à la composition et au travail du IV état, l'opinion de Mr. Blanc est tout-à-fait contraire à celle de Mr. Middleton: d'après lui la planche dans le IV état est tout-à-fait superbe "elle est peinte à Veau-forte» (Cat. 1859; p. 199).
Note de Bartsch: «Une note de Helle et Glomy (Daulby aussi) ajoutée à cet article, dans le catalogue de Gersaint, a fait naître l'opinion, que cette troisième épreuve vient d'une seconde planche entièrement différente. Pour se convaincre du contraire, on n'a qu'à l'examiner avec un peu d'attention, et l'on y découvrira les traces de presque toutes les figures telles qu'on les trouve dans la première et la seconde, et que Rembrandt n'avait pas pris soin d'effacer entièrement. On distingue surtout encore la figure effacée de l'un des juifs, qui descendent le calvaire, ainsi que la main gauche de l'un des hommes, qui emmènent le vieillard affligé».
Voici l'opinion de Mr. Seymour-Haden sur les différents états de cette planche et sur sa valeur: «Malgré la différence apparente des dates, nous avons classé l'un à côté de l'autre, dans notre collection, le Christ présenté au peuple et les Trois Croix, deux pièces se faisant pendant non seulement par leurs dimensions, mais par la nature de la composition et de l'exécution; elles ne forment en quelque sorte qu'une oeuvre qui, dans les différentes phases de sa conception, de sa préparation, de son exécution et de son tirage, a certainement occupé, non pas une semaine comme les auteurs du catalogue semblent le supposer, mais une année ou plus du travail de l'artiste. Cet arrangement n'est pas un anachronisme, car il est clair que les dates indiquées sur les deux planches ne se rapportent dans aucun cas à l'année de leur production, mais seulement à celle dans laquelle
des épreuves d'état postérieur ont été imprimées, ce qui laisse absolument dans l'indécision la question de savoir laquelle des deux à été composée la première. Les figures grossièrement indiquées des personnages dans les Trois Croix, qui avaient fait présumer que cette production était une oeuvre primitive, n'avaient été dessinées ainsi que parce qu'elles devaient être ultérieurement fondues dans des travaux de clair-obscur s'accordant avec le pas- 'sage des évangiles: «alors, depuis la sixième jusqu'à la neuvième heure, l'obscurité se répandit sur toute la terre et le voile du temple se déchira du haut en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent». Cette planche en effet, dès l'origine était destinée à devenir un de ces morceaux sombres dans le genre du Christ mis au tombeau, il était par conséquent inutile de faire, plus que d'indiquer des figures qui ultérieurement devaient presque disparaître.
Cela étant, nous demanderons comment il se fait que cette rude ébauche d'une planche en clair-obscur, car en somme ce n'est pas autre chose, ait si peu favorablement impressionné qu'on l'ait prise pour une oeuvre de jeunesse, tandis qu'aux yeux de collectionneur elle à de telles qualités qu'il en donne volontiers trois fois autant que des épreuves du troisième état, lorsque l'artiste a estimé être parvenu au complet développement de sa pensée». (S.-Haden, Rembrandt; Paris 1880: 29).
Atlas: 256. Paris I; réduction; 257. Paris lî; 258. Rovinski III; 259. Rovinski IV.