‹ L'officier de fortuneChapitre 29 sur 97 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

TRENCK, sons la tonnelle, KERNER et La DEUXIÈME

Dame en ba8.

TRENCK, à lui-même.

Pourquoi cette femme a-t-elle fait sur moi une si vive impression... comme si cette rencontre allait décider de toute ma vie ?... C’est étrange!

LA DEUXIÈME DAME, à Kerner.

Je vous écoute. Monsieur de Weingarten, disiez-vous, ne viendra pas.

KERNER.

Non, madame, car Iss lettres que vous lui avez redemandées, ne sont plus en sa possession. (Le3 montrant.) Les voici.

LA DEUXIÈME DAME, étonnée.

Mes lettres?... entre vos mains? Comment vous les êtesvous procurées ?

KERNER.

Je pourrais ne pas répondre, mais je vais vous donner l’exemple de la franchise ; Sa Majesté ayant ordonné, il y a quelque temps, une perquisition secrète chez le Résident d’Autriche, c’est moi qui en ai été chargé, et, en faisant les affaires du Roi, j’ai fait aussi les miennes.

LA DEUXIÈME DAME

Les vôtres ?

TRENCK, à lui-même.

Joli métier que fait ce monsieur-là ! mais... je ne veux cependant pas, écouter.

LA DEUXIÈME DAME, avec ironie.

Quel intérêt ayiez-vous donc à vous emparer de cette correspondance ?

KERNER, avec amertume.

J’étais le plus soumis, le plus dévoué de vos esclaves, madame. Pour une faute que j’ai commise, dans un moment de folie, vous m’avez traité avec le dernier mépris, vous m’avez banni de votre présence ! Et quel était mon crime, de vous aimer, de vous admirer !

LA DEUXIÈME DAME, avec hauteur.

Assez, monsieur, vous m’avez offensée déjà lorsque vous avez eu l’audace de me le dire, et en me le répétant, ici, vous m’offensez encore.

KERNER, d’un air de doute.

Est-ce bien l’aveu qui vous a offensée, et n’était*ce pas

l’ofpicier RE fortune

plutôt celui qui vous le faisait entendre, celui-là n’avant pas le bonheur de vous plaire.

LA DEUXIÈME DAME

Mais vous ne répondez pas à ma question, monsieur. Quel intérêt aviez-vous à vous emparer ainsi de ces lettres ?

KERNER.

En voyant les assiduités de M. de Weingarten auprès de vous, j’avais supposé...

LA DEUXIÈME DAME, continuant.

Que M. de Weingarten m’aimait, et qu’il s’était permis de me le dire? A inerveillo ! Eh bien, monsieur, puisque vous les avez lues, ces lettres, vous devez savoir que vous vous êtes trompé.

KERNER.

J’en conviens.

LA DEUXIÈME DAME

Et vous allez me les rendre, alors !...

KERNER.

Cela dépendra de vous.

LA DEUXIÈME DAME, avec dédain.

Ah 1 des conditions ? Vous ne vous conduisez pas en gentilhomme.

KERNER.

Je ne le suis pas encore, madame.

TRENCK, entre ses dents.

Cela se voit de reste 1 Oh ! le vilain monsieur ! Ah ça ! mais comment faire pour ne pas entendre...

LA DEUXIÈME DAME

Et ces conditions ?

KERNER.

Une seule; l’oubli du passé, c’est-à-dire ma rentrée en grâce auprès de vous?

LA DEUXIÈME DAME

C’est trop cher ! Gardez donc ces lettres, monsieur, nous verrons quelle arme elles seront entre vos mains.

KERNER.

Une arme plus dangereuse que vous ne le croyez, car il y est question de politique. Vous oubliez, madame, qu’elles renferment certain projet de petite conspiration, tramée de complicité avec madame de Weingarten, intrigue dont le mari était le confident et le dépositaire... Si je les mettais sous les yeux du roi...

LA DEUXIÈME I) A M E , vivement.

Mais vous ne ferez pas cela, monsieur. Rendez-moi ces lettres à l’instant; je l’exige, je le veux !

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