SCÈNE II
LE ROI, KERNER.
Ils paraissent au fond de la galerie, et s’avancent en causant.
LE ROI
Maintenant que nul ne peut nous entendre... ce que vous
l’officier de fortune
désiriez sans doute... me direz-vous, capitaine, dans quelle intention vous avez dirigé ma promenade de ce côté?
KERN ER
Un peu de patience, sire; quand la fenêtre de ce pavillon s’éclairera, vous comprendrez que ce n’est pas sans raisons, que je vous ai conduit ici.
LE ROI
Soit! mais, en attendant, dites-moi donc la cause de ce duel qui, depuis un mois, vous a tenu éloigné de nous, et qui, paraît-il, a mis vos jours en danger?
Le service do votre Majesté expose à tous les périls... et quand il s’agit de son honneur...
LE ROI, l'interrompant.
Que voulez-vous dire? Vous allez me persuader maintenant, que c’est en mon honneur que vous avez tiré l’épée? Voilà une étrange prétention, et je vous Saurai gré de préciser.
KERN ER
En votre honneur... pas précisément... Sire.. . mais, pour l’honneur d’une personne qui vous touche de près.
LE ROI, avec vivacité.
Ah! encore!... prenez garde, capitaine... c’est la seconde fois, déjà que vous faites planer des soupçons sur ma sœur, la princesse Amélie; et je vous préviens que si ces soupçons ne sont pas justifiés, appuyés sur des preuves, je les punirai comme une calomnie I
KERNER.
On ne peut pas toujours fournir la preuve de ce que l'on voit etde ce que l’on entend. Du reste, -le ton avec lequel me parie votre Majesté me fait suffisamment comprendre que j’ai été égaré par mon zèle, et, à l’avenir, je saurai me taire ou fermer les yeux
LE ROI, vivement.
Je ne l’entends pas ainsi. Ce que les autres peuvent voir ou savoir, je dois en être instruit le premier... surtout en ce qui concerne les miens. Si je veux teindre de l’ignorer, ceci est une autre affaire et ne regarde que moi. Parlez donc, et dites tout.
KERNER.
Eh bien! Sire, il y a quelque temps, le hasard m’ayant conduit à un endroit situé dans les environs et qu’on appelle, je crois, le Relais-Royal...
LE ROI
Ah ! je le connais... continuez.
KERNER.
J’ai été fort étonné d’y rencontrer son altesse qui, évidemment y était venue incognito, et, à ce qu’il m’a semblé, pour