ACTE CINQUIÈME
une forteresse pour y expier son crime. Il vient de s'en évader, échappant ainsi à la justice de son roi. Mais doit-il se soustraire à la nôtre? car c’est nous qui avions envoyé ces cent mille ducats à l’électeur Charles-Albert pour l’aider à disputer, par les armes, la couronne d’Autriche à Marie-Thérèse? Grâce à l’appui de la France, à la bravoure des soldats de Louis XV, Charles-Albert vient d’étre proclamé roi do Bohème et empereur d’Autriche sous le nom de Charles VII : Marie-Thérèse est en fuite, notre but est atteint, nos vénérables sont vengés ! Mais il n’a pas dépendu de cet homme qu’il en fut autrement, car, à la suite de sa trahison, et dans l’impossibilité où il s’est vu de payer ses troupes, notre allié a désespéré, un moment, du succès de la campagne. Sans le secours de la France ii était perdu, et le sacrifice que nous nous étions imposé était inutile!... Eh bien?. .. le coupable est en votre puissance... laisserez-vous son crimo impuni? Non, mille fois non ! qu’il apprenne à nous connaître, et que son châtiment soit un exemple terrible pour tous ceux qui seraient tentés do nous nuire.
LE PRÉSIDENT, à Kerner.
r Quelle peine demandez-vous ?
KERNER.
La peine de mort.
TRENCK, au président.
La peine de mort! Et quel devrait être le châtiment de celui qui, n’osant se mesurer loyalement avec son ennemi au grand jour, face à face, s’introduirait parmi vous pour surprendre votre conscience et votre justice, qui, abritant sa haine et sa lâcheté sous le masque, s’etforcerait par le mensonge et l’hypocrisie, de vous faire les complices aveugles de sa vengeance ? Vos lois secrètes ont-elles prévu cela, et pour ce faux frère ont-elles un châtiment. Eh bien! d’accusé que j’étais, je me fais accusateur à mon tourl
LE PRÉSIDENT
Que voulez- vous dire?
TRENCK, montrant Kerner.
Je dis que je vais arracher le masque de cet homme que sa voix m’a fait reconnaître : A nous deuxl A nous deuxl capitaine Kerner!
LE PRÉSIDENT, sévèrement.
Silence ! Le nom sous lequel nous sommes connus dans la vie, ne doit pas se prononcer ici.
Soit! maisjo le répète : à mon tour, j’accuse! Écoutez donc, juges invisibles, et jugez 1 Depuis le jour où j’ai châtié ce misérable qui insultait et menaçait une femme, sa haine m’a sans cesse poursuivi dans l’ombre. Espion du
l’officieh de fortune
roi, il s’est fait mon délateur, no reculant ni devant le mensonge ni devant la calomnie. S’il ose, aujourd’hui, m’accuser devant vous de l’infamie dont il me sait innocent, c’est qu’il ne doutait pasqu’aussitôt libre, je l’aurai lement... ? Voila comment il accepte le défi? c’est un lâche. Quant à la cause de mon silence, soyez sûrs qu’elle ne pourrait que me faire honneur.
KERN ER, violemment.
Prouvez-le donc ! Une preuvo ! une prouve !
LE PRÉSIDENT, à Trenck.
Pouvez-vous fournir la preuvo de ce que vous venez de dire ?
TRENCK
Si j'avais pu révéler la vérité, je n’aurais pas attendu jusqu’à ce jour, j’aurais parlé au camp.
KERNElt, triomphant.
Vous lo voyez! Il no parlera pasl
LE PRÉSIDENT
A défaut de preuve suffisante, nous devons nous en rapporter au témoignage do notre frère, (il montre Kerner.) Il a juré qu’il dirait la vérité, se dévouant à la mort, s’il était convaincu de parjure.
TRENCK, vivement.
Mais co serment, je suis prêt à le faire aussi.
LE PRÉSIDENT
Nous ne devons pas l’accepter. Le droit de siéger, parmi nous, confère un titre sacré, auquel les profanes no peuvent prétendre. Le serment d'un initié ne peut être récusé que par un des menbres de ce tribunal, (s’adressant aux juges.) En est-il un, parmi vous, qui, au nom de l’accusé, oppose son serment à celui do notre frère ?
Tout le monde se tait.
KERNER.
Alors, prononcez la sentence ?
LE PRÉSIDENT
Frédéric de Trenck, le tribunal des Invisibles vous a comdamné. Préparez-vous à mourir.
TRENCK, avec flerlé.
Je suis toujours prêt! (Avec ironie.) Voilà donc les jugements de cette société, qui promet la lumière aux enfants et l’égalité devant la loi à tous les hommes?... Ah ! rayez comme autant de mensonges, les mots qui composent votre fière devise? Unité , dites-vous?... Oui, vous êtes unis en effet, mais dans les ténèbres, et pour frapper l’innocent. Liberté? Mais c’est une raillerie ou une insulte? Est-ce que je suis libre ? Je suis ici par surprise et j’y suis retenu par la loi
s provoqué loya- G’est un lâche !
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