ACTE QUATRIÈME
la vérité, en vous regardant, en vous écoutant, elle m'arrive au cœur malgré vous.
SALVIÈRE
Non, Yvonne, j'ai pour vous de si tendres sentiments, de si sincères, de si profonds, que vous ne pouvez douter de moi, que vous ne pouvez savoir le chagrin, la douleur que j'éprouverais si jamais vous pensiez à moi avec amertume !
YVONNE
Oh ! je le sais bien, que vous êtes sincère et que, hier soir, pendant ces quelques heures que nous avons passées ensemble, vous avez été tendre et charmant. . . Mais cependant, ijon, non, vous n'étiez plus le même. Qu'est-ce que vous pensiez? Je l'ignore... Ah! il y a toujours un des deux qui ne sait pas ce que l'autre pense : c'est celui qui aime... Pourtant, je l'ai un peu deviné... Ce n'est plus à moi que vous songiez, c'est à votre ménage, à votre femme, à tout ce que je suis venue troubler.
SALVIÈRE
Je songeais que vous m'aurez créé le plus exquis, le plus jeune souvenir de ma vie... que vous avez en moi l'ami fidèle et intime qui n'oubliera pas... voilà à quoi je songeais.
YVONNE
C'est gentil ce que vous me dites là, Raymond. Seulement, allez, je comprends... Mon Dieu! mon Dieu ! que je suis bête quelquefois... Mais je sais très bien ce qui va arriver, ce qui est fatal, et je n'ose pas me l'avouer à moi-même, carrément, courageusement. J'ai toujours été comme ça, d'ailleurs. Je ne suis courageuse et énergique que lorsqu'il est trop tard et que j'ai fait toutes les bêtises. Alors, par exemple, ça va bien. Je me retrouve, je me reprends. Avec ce caractère-là, on n'est jamais heureux, c'est vrai, mais au moins, on ne se jette pasàTeau. C'est une compensation. Oui, Raymond, oui, c'est fatal. Il faudra que nous nous séparions un jour, peut-être bientôt, vous y serez forcé, je le sais, je le sais... Ah !