‹ L'oiseau blesséChapitre 131 sur 136 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

SALVIÈRE

Tu es libre, maintenant. Je te laisse.

MADELEINE, allant vivement à lui.

Ne t'en va pas... Tu peux rester. Mais tu dois deviner dans quel état je suis ! quelle obscurité il y a depuis hier dans mon esprit ! N'avoir plus confiance en toi est une douleur que je n'avais pas prévue et à laquelle je n'étais pas préparée. Je ne peux pas la conserver plus longtemps... Je venais ici pour tâcher de connaître tes intentions véritables à l'égard de cette femme... ta pensée intime que tu me caches et que je ne devine pas. Je venais savoir si sa mère était d'accord avec elle et avec toi... Et puis, je serais partie. Tu n'aurais plus trouvé en moi de résistance, je me serais inclinée.

SALVIÈRE

Comme tu te tortures ! Comme tu t'appliques à douter ! Et tu es plus victorieuse que tu ne crois !

MADELEINE

Victorieuse, moi ! Et quand même je l'emporterais sur elle, maintenant, quand même tu la quitterais un jour, comme tu dis. . . tu n'en auras pas moins ressenti pour elle une tendresse, une émotion d'une qualité particulière et rare, que tu n'as jamais éprouvée pour moi, et qui t'empêchera de l'oublier.

C'est possible... Mais ce souvenir et cette émotion seront liés à la douleur que je t'ai infligée, à l'angoisse où je t'ai vue. Et mon amour pour toi les absorbera peu à peu et s'en agrandira encore.

MADELEINE

Oui... oui, jelecrois, je le crois... Certes, Yvonne est intéressante, mais je le suis, moi aussi, je t'assure... Et, moi aussi, j'ai souffert depuis qu'elle est entre toi et moi. Et qui sait si je ne souffrirai pas plus longtemps qu'elle !

(Entre madame Janson.)

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